« La mutation… C’est la clé de notre évolution. C’est elle qui nous a menés de l’état de simples cellules à l’espèce dominante sur notre planète. Le processus est long, et remonte à la nuit des temps. Mais tous les deux ou trois cents mille ans, l’évolution fait un bond en avant. » C’est ainsi que Charles Xavier, alias le Professeur X, lance la franchise X-Men au cinéma en 2000. Cette grande famille mutante fait partie des piliers de l’univers Marvel, au même titre que les Avengers et les 4 Fantastiques, et a été déclinée en 14 longs métrages en 24 ans.
Dans la saga X-Men, le monde est donc confronté à des êtres génétiquement améliorés par Mère Nature : on ne parle pas ici de magie comme Doctor Strange, de science comme Captain America et Hulk ou d’accidents comme Spider-Man et Daredevil, mais de mutations génétiques qui confèrent à ces individus des super-pouvoirs variés, qui vont de la télépathie au contrôle des métaux, de la météo, du feu ou de la glace en passant par la régénération et la téléportation. Au sein de ce groupe minoritaire mais surpuissant, deux visions s’opposent : le pacifisme de Charles Xavier qui souhaite vivre en harmonie avec les Humains, et la domination prônée par Erik Lehnsherr qui voit dans les mutants le prochain stade de l’évolution.
Pour des raisons financières -les droits de la franchise X-Men étaient détenus par la Fox alors que Disney intégrait Marvel dans son écurie en 2009-, les mutants n’ont jamais pu côtoyer les autres personnages du MCU à l’écran. Jusqu’au rachat du studio par The Walt Disney Company à la fin des années 2010, qui a ouvert de réjouissantes perspectives aux fans de super-héros. Ainsi, certains X-Men ont commencé à faire des apparitions dans les productions du Marvel Cinematic Universe (Quicksilver dans Wandavision, le Professeur X dans Doctor Strange in the Multiverse of Madness, le Fauve dans The Marvels), il y a eu la rencontre entre Wolverine & Deadpool qui tisse des liens profonds avec le multivers du MCU, et certains personnages iconiques ont depuis été annoncés au générique du très attendu Avengers : Doomsday (2026)... en attendant un reboot de la saga mutante espéré avant 2030.
Pour patienter, JustWatch vous propose de redécouvrir la saga dans l’ordre de l’histoire pour un visionnage chronologique des aventures mutantes. Toutefois, on vous recommanderait plutôt de rester sur l’ordre de sortie des longs métrages. En effet, certains événements ou caméos auront une plus forte résonance si vous avez vu la trilogie originale avant.
X-Men : Le Commencement (2011)
Toute histoire a un commencement. Et si le tout premier mutant de l’Histoire (Apocalypse) ne sera dévoilé que deux films plus tard, X-Men : Le Commencement (2011) raconte les débuts du groupe super-héroïque et la rencontre entre deux amis qui deviendront frères ennemis. Flashback en 1962, alors que le monde est en pleine Guerre Froide. Le télépathe Charles Xavier (James McAvoy) fait la connaissance de Erik Lehnsherr (Michael Fassbender), survivant de la Shoah capable de contrôler le métal. Les deux hommes sont recrutés par le gouvernement pour former une unité afin d’empêcher un autre mutant surpuissant, Sebastian Shaw (Kevin Bacon), d’aggraver les hostilités entre les deux blocs…
Sans l’iconique Wolverine (qui fait tout de même une apparition savoureuse au comptoir d’un bar), on ne donnait pas cher de ce prequel. C’est pourtant une réussite totale. Et l’un des meilleurs films -si ce n’est le meilleur- de la franchise. Devant la caméra de Matthew Vaughn (le film est au croisement de son Kick-Ass et de son Kingsman), on découvre une histoire certes spectaculaire mais qui ne laisse jamais l’action prendre le pas sur ses personnages et son émotion (le mal-être de Mystique et Hank, Charles aidant Erik avec ses pouvoirs et sa colère, l’amitié brisée des deux hommes…).
En mêlant espionnage et super-héros dans une ambiance 60s parfaitement restituée, le film s’impose presque comme un James Bond mutant qui sert de cadre à la genèse du schisme entre les futurs Professeur X et Magneto, porté par deux comédiens dont l’alchimie et l’intensité font des merveilles. Avec une mention spéciale pour Michael Fassbender, dont la scène dans le bar argentin est une immense claque.
X-Men : Days of Future Past (2014)
Comme son titre le laisse entendre, X-Men : Days of Future Past (2014) navigue entre deux temporalités : un avenir sombre et apocalyptique où les mutants sont traqués et éliminés par des robots géants baptisés Sentinelles ; et les années 70 où Wolverine (Hugh Jackman) est renvoyé (du moins sa conscience dans son corps de l’époque) pour convaincre Charles et Magneto de refaire équipe pour mettre un terme aux travaux de Bolivar Trask (Peter Dinklage), le futur créateur des machines meurtrières. C’est un peu compliqué à la lecture, mais vous verrez que c’est limpide à l’écran !
Au-delà du plaisir de voir les X-Men naviguer dans des décors et costumes 70’s, cette suite est un tour de force visuel et scénaristique, qui parvient à croiser deux temporalités de la même franchise avec cohérence (ou presque, les fans relèveront quelques petits soucis de continuité) et humanité. Si Wolverine (Hugh Jackman) et Mystique (Jennifer Lawrence) sont centraux dans le récit, on est ravis d’alterner entre le tandem James McAvoy / Michael Fassbender et le duo Patrick Stewart / Ian McKellen en Xavier / Magneto du passé et du futur, mais aussi de retrouver d’autres mutants iconiques (Halle Berry en Tornade, Shawn Ashmore en Iceberg, Elliot Page en Kitty Pride) tout en découvrant de nouveaux personnages comme Quicksilver (sa séquence au ralentie est un film dans le film) ou Bishop (joué par notre Omar Sy national !).
A noter qu’en revisitant certains événements dans le même esprit que le casse temporel de Avengers: Endgame (2019), le long métrage sera peut-être un peu complexe à appréhender pour les non-initiés. Mais ça reste un épisode solide au casting digne d’un Comic-Con.
X-Men Origins : Wolverine (2009)
Certes, cette origin-story autour du mutant griffu débute en 1845, quand le jeune James Howlett découvre que des pointes osseuses lui sortent des mains. Mais l’essentiel de l’intrigue de X-Men Origins : Wolverine (2009) se déroule en 1979, alors que le personnage (l’incontournable Hugh Jackman) travaille comme bûcheron dans les forêts canadiennes après avoir opéré pour une unité spéciale du gouvernement américain composée de mutants (on y retrouve notamment son demi-frère Victor / Dents-de-Sabre et un certain… Wade Wilson / Deadpool !). Alors que les anciens membres du commandos sont éliminés les uns après les autres par Victor (Liev Schreiber), Wolverine est approché par son ancien supérieur pour le stopper grâce à une amélioration majeure : des griffes en adamantium.
Qu’on se le dise, X-Men Origins : Wolverine n’est pas le film le plus abouti de la franchise. Certes, il lève le voile sur le passé du anti-héros (rendant de fait sa quête identitaire de la trilogie originale moins prenante pour le spectateur, c’est l’un des écueils du visionnage chronologique). Mais il propose un générique d’ouverture assez génial qui voit les deux frères mutants traverser toutes les guerres américaines ensemble. Et Hugh Jackman est toujours aussi charismatique.
Toutefois, en faisant de Wolverine le personnage central (alors qu’il est plus efficace dans une distribution chorale), il occulte d’autres personnages adorés des fans (Gambit, dont le temps à l’écran est trop limité et surtout Deadpool dont le traitement a mis les spectateurs en colère). Et l’enjeu du long métrage n’est au final pas si passionnant que ça. C’est donc un épisode en demi-teinte, dont l’accueil critique a carrément stoppé les velléités de la Fox de développer d’autres spin-off originels. Mais au moins, on sait pourquoi Wolverine a un squelette métallique. Et pourquoi Ryan Reynolds se moque de cette version de Deadpool dans les autres films qu’il consacrera au « mercenaire à grande bouche ».
X-Men Apocalypse (2016)
Annoncé par l’énigmatique scène post-générique de X-Men : Days of Future Past (2014), X-Men Apocalypse (2016) confronte Charles Xavier et son équipe super-héroïque à une menace millénaire. Premier mutant de l’Histoire, immortel et invincible, le quasi-dieu Apocalypse (Oscar Isaac) se réveille en 1983 après des millénaires d’hibernation. Déçu par notre monde moderne, il décide de faire table rase de l’Humanité pour créer un monde à son image, avec l’aide de quatre lieutenants surpuissants (un équivalent marvélien des fameux cavaliers de l’Apocalypse évoqués dans le Nouveau Testament) : Tornade, Psylocke, Angel et… Magneto. Les X-Men vont tout faire pour l’en empêcher.
Les fans avaient manifesté leur déception face à l’absence de mutants iconiques dans les deux précédents opus : ils ont été entendus et le long métrage intègre de jeunes Cyclope (Tye Sheridan), Jean Grey (Sophie Turner), Diablo (Kodi Smit-McPhee) et Tornade (Alexandra Shipp) aux côtés de nouveaux personnages (Psylocke, Caliban) et des protagonistes récurrents depuis X-Men : Le Commencement. Si sur le papier le film a tout pour emporter les suffrages des fans, il divise, la faute à un trop plein d’effets visuels, un méchant décevant (il y avait mieux à faire avec le brillant Oscar Isaac qu’un tyran violet au design peu engageant) et une intrigue finalement assez classique d’union contre une menace planétaire (à ce titre, c’est un peu le Justice League ou Les Eternels de la franchise X-Men).
Il reste, heureusement, des éléments pour se réjouir : les jeunes X-Men, l’ambiance 80’s, un sauvetage au ralenti ultra-spectaculaire de Quicksilver, le crâne rasé de James McAvoy, l’interprétation intense de Michael Fassbender et l’apparition rapide de Hugh Jackman en Weapon X (version très violente de Wolverine).
X-Men : Dark Phoenix (2019)
On a revisité les 60’s avec X-Men : Le Commencement, les 70’s avec X-Men Days of Future Past et les 80’s avec X-Men : Apocalypse : place aux années 90 dans X-Men : Dark Phoenix (2019) qui, comme son titre le laisse entendre, se focalise sur Jean Grey (Sophie Turner) alias le Phoenix aux pouvoirs destructeurs. Après une mission spatiale durant laquelle un incident cosmique décuple sa puissance, la jeune femme devient instable, incontrôlable et donc dangereuse pour le monde, comme pour sa famille mutante, l’opposant ainsi à aux X-Men de Charles Xavier…et à Magneto.
Quatrième et dernier volet de « l’arc prequel » de la franchise X-Men, Dark Phoenix n’a convaincu ni la critique ni le public. La faute à une intrigue déjà (mal) exploitée dans L’Affrontement final mais surtout à une formule mutante qui commence malheureusement à tourner un peu à vide alors qu’elle amène peu de nouveautés ici, si ce n’est une mystérieuse méchante extraterrestre campée par Jessica Chastain. Confronté à une production compliquée émaillée de reports, de réécritures, de reshoots et de la perspective d’un reboot de la franchise suite au rachat de la Fox par Disney, le film n’offre pas une conclusion à la hauteur de ce que promettaient les films précédents, notamment en sacrifiant l’importance de personnages attachants comme Quicksilver et Mystique. Même Wolverine est aux abonnés absents…
En termes d’ambiance et de rendu, on est globalement dans un film proche de Captain Marvel sorti la même année. Néanmoins, convenons que Sophie Turner -qui a tourné le film entre deux saisons de Game of Thrones - est crédible en Jean déchaînée (la séquence spectaculaire du train en atteste), au point de dominer un Magneto (Michael Fassbender) dépassé.
X-Men (2000)
Le film X-Men (2000) s’ouvre sur une scène très forte (et très étonnante pour un film de super-héros). Dans un camp de concentration de la Seconde Guerre mondiale, un jeune homme séparé de ses parents par les gardiens dévoile son pouvoir de contrôle du métal sous l’effet de la peur et de la rage. Si vous avez regardé la saga dans l’ordre chronologique de cette liste, vous aurez reconnu le prologue de X-Men : Le Commencement (2011).Des années plus tard, on retrouve Erik Lehnsherr et Charles Xavier dans un congrès mondial dénonçant la menace mutante croissante et on saisit les deux visions qui opposent les deux hommes : l’un veut convaincre qu’une vie en harmonie entre humains et mutants est possible, l’autre est persuadé que l’humanité est déjà de l’histoire ancienne et échafaude un plan pour installer une nouvelle ère. Une jeune femme qui se fait appeler Malicia (Anna Paquin) et un mystérieux mutant amnésique baptisé Wolverine vont se retrouver malgré eux au centre de cet affrontement idéologique… et de l’école très spéciale du Professeur X.
C’est le film qui a tout lancé. Et un vrai pari pour la Fox à l’époque, qui tentait ici une déclinaison sérieuse d’un matériau super-héroïque. Confié à Bryan Singer, étoile montante d’Hollywood après Usual Suspects (1995) et Un élève doué (1998), le film étonne par son approche mature et son esthétique post-Matrix qui évite le piège des costumes colorés. Et qui convoque des comédiens solides, à l’image de Patrick Stewart et Ian McKellen qui donnent une vraie aura à leurs personnages, version marvélienne de l'opposition Martin Luther King / Malcolm X.
Le résultat ? Un divertissement réjouissant traversé de thèmes profonds, qui résonne comme une allégorie des luttes contre les discriminations. Le film inscrit instantanément les X-Men dans la pop culture (à part quelques lecteurs de comics, peu de gens connaissaient l’univers en France) et dévoile un comédien au charisme hallucinant immédiatement adoubé et adopté par les spectateurs (Hugh Jackman). Et surtout, il lance la nouvelle vague super-héroïque qui suivra (Spider-Man, Hellboy, Batman Begins, V pour Vendetta…). Finalement, le vrai gros défaut du film… c’est sa durée ! 1h44, c’est bien court. Et même frustrant.
X-Men 2 / X2 (2003)
Quand X-Men 2 (ou X2 pour les puristes) sort en 2003, il a des allures de X-Men 1.5 puisqu’il creuse essentiellement la plupart des thèmes qui étaient déjà au cœur du premier opus. Ici, les X-Men et la Confrérie de Magneto vont devoir temporairement unir leurs forces pour affronter un certain William Stryker (souvenez-vous, c’est le militaire qu’on voyait déjà dans X-Men : Days of Future Past et X-Men Origins : Wolverine), chargé par le gouvernement américain d’éradiquer la menace mutante. Un homme qui possède par ailleurs les clés du passé de Wolverine, enjeu scénaristique qui tombe complètement à plat si vous regardez les films dans l’ordre chronologique !
Dans ce long métrage, l’enquête que mène le mutant n’avance pas forcément beaucoup, mais on découvre à travers ses yeux la base secrète où son squelette a entièrement été recouvert d’adamantium. L’occasion pour lui d’affronter une semblable, en la personne de Lady Deathstrike (Kelly Wu), sur les lieux même de sa transformation en Arme X. Le reste de ce chapitre est de très bonne facture, dans le haut du panier des films X-Men grâce à une meilleure maîtrise de l’univers (on sent que le premier opus n’était finalement qu’un « brouillon » pour convaincre le studio), un budget plus confortable et une ambition visuelle décuplée.
A ce titre, le prologue qui voit Diablo (Alan Cumming) attaquer le Président des Etats-Unis au cœur de la Maison-Blanche grâce à son pouvoir de téléportation est un véritable ballet. Et on survalide l’évasion de Magneto et l’assaut sur l’école du Professeur X défendue par un Wolverine enragé. Comme Blade II (2002) et Spider-Man 2 (2004), X-Men 2 est considéré comme l’un des meilleurs films de super-héros des années 2000. Et c’est mérité.
X-Men : l'Affrontement Final (2006)
Le plan final de X-Men 2 (2003), dans lequel une forme enflammée semblait naviguer sous les eaux d’un lac, avait annoncé le retour de Jean Grey (Famke Janssen), sacrifiée à la fin du film pour sauver ses compagnons. Et surtout l’avènement du Phoenix. C’est ce qui survient dans X-Men : l'Affrontement Final (2006), qui voit la télépathe rejoindre la confrérie de Magneto alors qu’un nouveau traitement propose de guérir les mutants en effaçant leurs pouvoirs. Un choix qui divise jusqu’au sein des X-Men, et notamment Malicia (Anna Paquin) qui ne supporte plus sa condition et sa mutation qui la prive de pouvoir toucher autrui…
En mai 2006, Hugh Jackman, Halle Berry et l’équipe de X-Men : l'Affrontement Final gravissent les marches du 59e Festival de Cannes. La présentation du long métrage Hors Compétition dans ce cadre prestigieux atteste de l’importance prise par les super-héros dans le cinéma mondial et de la place des mutants dans le cœur des spectateurs. Néanmoins, ce chapitre final de la trilogie originale laisse tout le monde de marbre. Beaucoup de personnages, beaucoup d’enjeux, beaucoup d’argent… mais un résultat assez décevant qui n’est pas à la hauteur de ce que les fans pouvaient attendre.
La faute notamment à une durée limitée (à peine 1h44) qui précipite le récit vers des séquences certes spectaculaires (le rajeunissement numérique de Magneto et Xavier, la confrontation avec Jean proche d’un film d'exorcisme, le combat dans la forêt, la bataille du Golden Gate…) mais sans réelle profondeur. Comme Spider-Man 3 ou Les 4 fantastiques et le Surfer d'argent, sortis l’année suivante, on a un petit sentiment de gâchis devant tant de surenchère et de précipitation. Et si vous avez vu X-Men : Dark Phoenix (2019), vous aurez en plus une sensation de redite…
Wolverine : Le Combat de l'Immortel (2013)
Le X-Men griffu au Japon : voilà un arc qui était extrêmement attendu par les lecteurs des comics imaginés par Chris Claremont et Frank Miller en 1982. Après les événements de X-Men : l'Affrontement Final (2006), Wolverine (Hugh Jackman, fidèle au poste) se rend au Pays du Soleil Levant à la demande d’un vieil ami, qu’il avait sauvé de l’explosion nucléaire de Nagasaki en août 1945. Mourant et très riche, ce dernier propose au mutant de le débarrasser de son pouvoir de régénération. L’occasion pour Wolverine de pouvoir enfin mourir, lui qui est rongé par la culpabilité de la disparition de Jean Grey ?
En quittant le sol américano-canadien pour explorer avec respect l’univers des yakuzas, des ninjas, des samouraïs et du code d’honneur nippon (comme Tom Cruise l’avait fait avec Le Dernier Samouraï dix ans plus tôt), la franchise X-Men se réinvente visuellement (on pense à Tokyo Vice ou Black Rain) et permet à Hugh Jackman d’explorer d’autres facettes, plus sombres et plus torturées, de son personnage. Et de livrer, aussi, des combats dantesques où sa musculature et sa rage font forte impression (mention spéciale à sa marche déterminée alors que les flèches le criblent de tous côtés).
Si on peut regretter un dernier tiers un peu kitsch (le Samouraï d’Argent est assez balourd), Wolverine : Le Combat de l'Immortel (2013) a le mérite de pouvoir creuser en profondeur les failles et la vulnérabilité de son personnage principal alors qu’il n’y a pas d’autres X-Men avec qui partager le temps d’écran. D’ailleurs, le titre original -The Wolverine- atteste de cette volonté de livrer un récit presque définitif autour du anti super-héros. Presque, car la rencontre entre Hugh Jackman et le réalisateur James Mangold va accoucher d’un excellent troisième opus quatre ans plus tard. On y reviendra.
Deadpool (2016)
Souvenez-vous, Wade Wilson alias Deadpool avait fait ses premières armes dans X-Men Origins : Wolverine (2009), avec une utilisation du personnage qui avait déçu les fans comme Ryan Reynolds, immense fan du « mercenaire à grande bouche ». Oubliez tout ça pour découvrir LE vrai Deadpool (2016), un anti-héros unique dans l’univers Marvel qui ne respecte rien, qui verse très facilement dans l’ultra-violence et qui brise le quatrième mur dès qu’il le peut en s’adressant au spectateur. Dès sa première scène, à l’arrière d’un taxi, le ton est annoncé : ce film ne ressemblera à aucun autre au sein de la saga X-Men, et plus largement dans le monde des super-héros. L’intrigue -Deadpool veut retrouver celui qui l’a laissé défiguré et pour mort- est ici le prétexte à un délire méta totalement réjouissant.
Deadpool est le projet de cœur de Ryan Reynolds, qu’il a porté pendant plus d’une décennie. Et on comprend très vite pourquoi : le comédien canadien ne joue pas Deadpool… il est littéralement Deadpool ! Et il se lâche sous la combinaison rouge et noire, entre mises à morts sanglantes, vannes vulgaires mais hilarantes, désinvolture totale et humour méta qui se moque du genre et de l’univers dans lequel il gravite. Et notamment des X-Men représentés par Colossus (Stefan Kapičić) et Negasonic Teenage Warhead (Brianna Hildebrand).
Irrévérencieux et jouissif, -et visuellement solide avec des scènes d’actions réussies- le film fait souffler un vent de fraîcheur sur un monde de blockbusters qui commence gentiment à ressentir la « superhero fatigue ». Et il s’inscrit dans un ton pop et décomplexé qu’on retrouve dans Kick-Ass (2010), The Boys (2019-), The Suicide Squad (2021) ou Peacemaker (2022).
Les Nouveaux Mutants (2020)
Voilà un véritable OVNI au sein de la saga X-Men. Car oui, Les Nouveaux Mutants (2020) se rattache bien à la franchise puisque le personnage de Illyana Rasputin / Magik est la sœur de Colossus. C’est à peu près le seul lien avec le reste de la saga, puisque le long métrage tend vers le huis-clos horrifique alors que cinq jeunes mutants se retrouvent dans une mystérieuse institution censée leur apprendre à contrôler leurs pouvoirs avant de rejoindre les X-Men. Seulement, les apparences sont trompeuses et les adolescents vont être rapidement confrontés à leurs propres peurs et cauchemars, dont un impressionnant Ours Démon…
Tourné entre 2017 et 2018, Les Nouveaux Mutants ne sort que deux ans et demi plus tard. Sa durée très réduite (à peine 1h34) illustre sa production chaotique qu’on ressent à l’écran. Inaboutie et plombée par une sortie en pleine pandémie de COVID-19, cette tentative entre super-héros, horreur et teen drama ne convainc personne, malgré un réalisateur prometteur aux commandes (Josh Boon, révélé par Nos étoiles contraires en 2014) et un joli casting (Maisie Williams, Charlie Heaton, Anya-Taylor Joy…).
Dommage. Comme dans les séries Runaways (2017-2019) et The Gifted (2017-2019), il y avait ici une vraie volonté de renouveler la franchise, entre traumas adolescents et diversité affichée (notamment une romance LGBTQI+, une première chez Marvel). On préfèrera largement le diptyque Ça (2017/2019), la série The Institute (2025-) ou l’incontournable Stranger Things (2016-2025) à ce qui restera le dernier film X-Men conçu sous la bannière de la Fox.
Deadpool 2 (2018)
Il l’avait annoncé en robe de chambre dans la cultissime scène post-générique du premier film : Deadpool a tenu promesse et convie Cable (Josh Brolin) dans Deadpool 2 (2018). Ce super soldat (il se définit lui-même comme un « enfant de la guerre ») débarque du futur pour éliminer un redoutable mutant dans son jeune âge afin d’empêcher qu’il ne tue sa famille une fois adulte. Dépressif et suicidaire après la mort de sa chère Vanessa (Morena Baccarin), Deadpool retrouve une raison de vivre en étant recruté par Colossus au sein des X-Men. Attaché à ce nouveau rôle de héros, il se met alors en tête de protéger l’adolescent de Cable, quitte à former sa propre super-équipe pour y parvenir…
Grâce au succès mondial de Deadpool (2016) -plus de 700 millions de dollars de recettes, le plus gros succès d’un film X-Men à l’époque- Ryan Reynolds a les coudées franches pour cette suite un peu plus sombre. Et il se fait plaisir dans son rôle de chef d’équipe de la X-Force (où gravite la chanceuse Domino, incarnée avec coolitude par Zazie Beetz), de chaperon décalé d’un gamin instable et d’adversaire/allié de Cable (son opposition avec le bougon Josh Brolin est réjouissante). Certes, la surprise du premier opus n’est plus là, mais les séquences d’action sont spectaculaires (le réalisateur de John Wick est aux manettes), les vannes encore plus irrévérencieuses et le discours méta plus que jamais jubilatoire (ne ratez pas la scène post-générique qui revisite certaines temporalités !). Et il y a plein d’autres surprises qu’on ne voudrait pas vous gâcher ici…
Logan (2017)
Oui, Wolverine peut vieillir. Et c’est un héros diminué qu’on retrouve dans Logan (2017), alors que ses pouvoirs de régénération déclinent, empoisonnés par l’adamantium qui recouvre son squelette. Dans un futur où les mutants sont rares et traqués, il joue les chauffeurs de limousine tout en s’occupant d’un Charles Xavier à la santé déclinante et dont les crises télépathiques peuvent être extrêmement destructrices. Les deux amis acceptent d’aider une jeune mutante baptisée Laura (Dafne Keen) pour l’aider à rejoindre un hypothétique refuge situé à la frontière américaine. Un dernier baroud d’honneur qui va donner une dimension des plus tragiques à Wolverine…
Très différent du reste de la franchise, le long métrage de James Mangold (touche-à-tout brillant à l'œuvre sur Copland, Walk the Line, Le Mans 66, Indiana Jones 5, Un parfait inconnu…) s’est unanimement imposé comme le meilleur film X-Men. Passée par le Festival de Berlin et les Oscars, cette adaptation du comic-book Old Man Logan de Mark Millar et Steve McNiven s’inscrit plus dans le western crépusculaire que dans le genre super-héroïque, avec une ambiance âpre et désespérée, un rythme lent et une approche intimiste et sans artifice. C’est en cela que Logan pourra décontenancer des spectateurs qui s'attendraient à une proposition pop et explosive : le film est totalement à l’opposé et propose un chant du cygne d’un personnage qu’on accompagne depuis 2000, porté par une interprétation habitée et bouleversante de Hugh Jackman. Souvent comparé à Clint Eastwood, le comédien livre ici son Impitoyable (1992), référence revendiquée de Mangold. Si vous avez aimé Les Fils de l’Homme (2006) et The Last of Us (2023-), vous devriez adhérer à cette œuvre qui fait se rencontrer auteur et blockbuster.
Deadpool & Wolverine (2024)
On pensait que Hugh Jackman avait raccroché les griffes pour de bon avec Logan (2017). Mais son amitié avec Ryan Reynolds a eu raison de sa retraite mutante et le comédien est retourné à la salle de gym pour la confrontation tant attendue entre Deadpool & Wolverine (2024). Avec ce film, le mercenaire à la langue trop pendue fait son entrée officielle dans le Marvel Cinematic Universe. Rapidement confronté au Tribunal des Variations Anachroniques en charge de la stabilité du multivers (introduit dans la série Loki), il se voit confier une mission de la plus haute importance pour sauver sa réalité… et pour cela, il va devoir faire équipe avec celui qu’il n’a cessé de charrier dans ses deux premiers films : Wolverine.
Dire que le face-à-face entre Wolverine et Deadpool était attendu relève de l’euphémisme. Et même si la dynamique entre les deux héros fait un peu doublon avec celle qui animait Cable et Deadpool (le grincheux vs. le vanneur), on s’éclate à voir les deux compères s’amuser ensemble dans le Vortex, sorte de décharge cinématographique où terminent les franchises et personnages délaissés par leurs studios. On ne vous dira pas qui gravite dans cet univers régenté par la propre sœur de Charles Xavier (Emma Corrin), mais vous n’êtes pas au bout de vos surprises tant le fan-service est généreux ! Vous n’êtes pas non plus au bout de vos interrogations, car il faut être sacrément à jour sur vingt-cinq années de super-héros Fox pour saisir toutes allusions et références méta… En tout cas, quand le film s’achève, une seule question vous animera : est-ce que Deadpool et Wolverine vont faire équipe avec les Avengers dans Doomsday ? On croise les doigts (et les griffes) très fort !