
Nosferatu : 5 films incontournables sur le célèbre vampire
Si Dracula est l’un des personnages les plus adaptés à l’écran (plus de 500 occurrences depuis 1931 !), il ne faudrait pas oublier que Nosferatu -alias le Comte Orlock- a eu l’honneur d’être la créature au centre du tout premier long métrage vampirique de l’histoire du cinéma.
Cette figure inquiétante -et bien moins charmante que l’élégant dandy aux dents longues campé par Bela Lugosi devant la caméra de Tod Browning- hante le 7e Art depuis les années 20 et un film de F.W. Murnau considéré comme l’un des chefs-d'œuvre de l'expressionnisme.
Retourné à son cercueil pendant quelques décennies, le vampire s’est ensuite réinvité régulièrement sur nos écrans depuis 1979, dont une dernière adaptation marquante signée Robert Eggers et emmenée par Bill Skarsgård et Lily-Rose Depp.
JustWatch vous propose un guide des apparitions majeures d'un personnage devenu icône du cinéma fantastique, classées dans l’ordre des années de production des longs métrages. A regarder avec un pieu, un crucifix et une gousse d’ail à portée de main… et idéalement au lever du soleil !
L’image de l’ombre décharnée et griffue du sinistre Comte Orlock, grimpant les escaliers vers la porte d’une chambre, est l’un des plus emblématiques du cinéma fantastique. Et même du cinéma tout court. Cela illustre l’impact de Nosferatu le vampire (1922) sur le 7e Art… alors même qu’il a manqué de disparaître totalement. En effet, cette histoire d’un agent immobilier envoyé dans les Carpathes pour faire signer un acte d’achat à un mystérieux Comte qui emménage par la suite dans sa ville en y apportant la mort, s’inspire très largement du roman Dracula de Bram Stoker publié en 1897. Et si la veuve de l’écrivain obtient justice pour contrefaçon, certaines copies du long métrage échappent à la destruction, consacrant un chef d'œuvre de l’expressionnisme allemand.
Derrière la caméra, Friedrich Wilhelm Murnau, futur réalisateur de Faust (1926) et L’Aurore (1927), propose une atmosphère unique, avec des jeux d’ombres démesurées, des contrastes appuyés, des décors à l’architecture stylisée et une ambiance gothique et angoissante qui magnifient les apparitions d’Orlock. L’interprétation inhumaine et la silhouette sinistre de Max Schreck (regard fixe, corps raide, crâne chauve, oreilles pointues, costume noir) offrent aux spectateurs la première créature marquante du cinéma d’horreur, monstre maudit en quête de sang frais. Bien évidemment, plus de cent après, un film muet en noir et blanc au jeu très théâtral ne vous fera pas vraiment peur. Mais il faut l’avoir vu pour ce qu’il représente dans l’histoire du cinéma et dont d’innombrables films (Vampyr, La Nuit des morts-vivants, Les Vampires de Salem, Batman le défi, Dracula, The Lighthouse…) se sont nourris.
57 ans après une hibernation dans les archives cinématographiques et les listes des plus grands films de l’Histoire, Nosferatu est extirpé de son cercueil par Werner Herzog. Le cinéaste, qui figure alors comme l’un des chefs de file de la nouvelle vague du cinéma germanique, souhaite revisiter -en couleurs et avec des dialogues (qui seront tournés en deux versions, allemande et anglaise)- le long métrage de Murnau qu’il considère comme une oeuvre immense de la cinématographie teutonne. Le résultat ? Nosferatu : fantôme de la nuit (1979). Aussi méconnaissable mais plus tragique et mélancolique que son modèle de 1922, Klaus Kinski (qui avait tourné Aguirre, la colère de dieu sept ans plus tôt avec Herzog) se glisse sous le maquillage de la créature, face à une Isabelle Adjani qui livre une interprétation marquante, plus habitée et sexualisée que Greta Schröder dans Nosferatu.
Tout en reprenant exactement la même histoire (avec beaucoup plus de rats !), le film développe plus en profondeur la psychologie des personnages (rebaptisés comme les personnages de Dracula, à l’image de Jonathan et Mina Harker, Renfield et Abraham van Helsing), notamment l’errance d’un mort-vivant maudit, damné dans la solitude et l’éternité. L’esthétique picturale et glaciale fait baigner le long métrage dans une ambiance gothique morbide, et se permet quelques références appuyées aux ombres menaçantes et expressionnistes de Murnau. Comme dans son modèle, le rythme est lent et contemplatif, et on appréciera cette proposition pour l’exercice de style qu’elle est, à l’image de Gus Van Sant refaisant le Psychose d’Hitchcock (1960) dans Psycho (1998). Et pour sa fin inédite, aussi, qui a beaucoup divisé.
A noter que Klaus Kinski a repris son rôle vampirique sans maquillage et avec sa chevelure blonde iconique dans Nosferatu à Venise (1988), qui n’est pas une suite mais une réinterprétation italienne et baroque du film de Murnau.
Remarqué pour le très expérimental et radical Begotten (1991) et ses clips pour Marilyn Manson, le réalisateur underground E. Elias Merhige revisite le film de 1922 avec L’Ombre du vampire (2000), dont l’approche est pour le moins étonnante. A la fois remake de Murnau et documenteur sur les coulisses du tournage du film original, le long métrage navigue entre les genres et les époques et propose sa propre version de certaines séquences cultes (l’arrivée au château, le repas avec Orlock, le final dans la chambre…) devant et derrière la caméra, tout en racontant un tournage qui sombre de plus en plus dans la folie et l’horreur.
La folie, c’est celle de Friedrich Wilhelm Murnau (John Malkovich), totalement habité par sa production et prêt à tout pour concrétiser sa vision. L’horreur, c’est celle incarnée par le mystérieux Max Schreck (Willem Dafoe), dont on ignore la véritable nature tout au long du récit. Acteur adepte de la « Méthode » totalement habité par son rôle… ou véritable goule invitée sur le tournage en échange de la promesse du sang de l’actrice principale ? L’Ombre du vampire joue constamment sur cette ambiguïté, renforcée par l’interprétation inquiétante de Dafoe (nommé aux Golden Globes et aux Oscars). Bref, une vraie curiosité méta à la Ed Wood (1994), entre histoire du cinéma et histoire fantastique, qui parlera surtout aux cinéphiles.
Connaissez-vous Doug Jones ? Sans doute sans le savoir ! Car cet artiste unique est régulièrement plébiscité pour ses interprétations de créatures : Abe Sapien dans Hellboy (2004), le Pale Man du Labyrinthe de Pan (2006), le Surfer d’Argent des 4 Fantastiques (2007), l’amphibien de La Forme de l’eau (2016)... autant d’incarnations qui ont fait de ce mime et contorsionniste un « corps » incontournable du cinéma fantastique. Le voir reprendre le rôle du Comte Orlock est donc aussi évident que surprenant, et ça se passe dans le cadre du projet expérimental Nosferatu: A Symphony of Horror (2023).
Avec ce film monté grâce à une campagne de financement participatif, le réalisateur David Lee Fisher signe un remake parlant de l'œuvre de Murnau -tombée dans le domaine public- en adoptant une approche visuelle innovante. Une nouvelle distribution est ainsi filmée sur fond vert et incrustée dans certains éléments de décors de 1922. C’est donc un véritable collage entre patrimoine et modernité qui est proposé ici, avec ce que cela a de fascinant mais également d’artificiel. Le résultat relève au final plus de la curiosité cinéphile (un peu bricolée) de festival que d’un véritable film, comme Fisher l’avait fait en 2005 avec une nouvelle version du classique Le Cabinet du Dr. Caligari (1920) de Robert Wiene. Le résultat est disponible sur Youtube pour les plus curieux.ses d’entre vous.
Avec son approche formelle très stylisée, Robert Eggers (The VVitch, The Lighthouse, The Northman) a su imposer son style unique dans un cinéma fantastique US souvent stéréotypé. Voir le cinéaste américain -qui a commencé sa carrière dans la conception de décors, cela se sent et se voit !- reprendre le film de Murnau est donc des plus pertinents. Et excitant. Entre film d’horreur et film d’auteur, son Nosferatu (2024) adopte une imagerie glaciale et gothique, dans un clair-obscur proche du noir et blanc, et raconte sur 2h13mn (le film original durait 1h35mn) la même histoire avec de nouveaux effets d’ombres (à l’image de la silhouette derrière le rideau ou de cette main griffue qui s’étend sur la ville).
Ce qui change ici, c’est la plus grande place laissée à la psychologie de l’héroïne, campée par une Lily-Rose Depp habitée et intense. Constamment au bord de la folie, obsédée par la figure du Comte Orlock, elle livre une performance à deux doigts du film d’exorcisme, face à un Nicholas Hoult plus intéressant et moins théâtral que son homologue de 1922. Comme un clin d'œil amusant, on notera aussi la présence au générique de Willem Dafoe en chasseur de monstre après l’avoir incarné dans L’Ombre du vampire (2000). Et ce monstre, alors, à quoi ressemble t-il cent ans plus tard ? Robert Eggers mise sur une réinvention totale d’Orlok, avec un look slave et bestial (et moustachu !). Bill Skarsgård, qui avait déjà marqué avec son interprétation du clown-tueur de Ça (2017 / 2019), donne ici une animalité viscérale au personnage : la scène où il « boit » l’une de ses victimes en chevauchant son torse est ainsi réellement dérangeante.











































