
Mes coups de cœur de Cannes 2026 : 6 films à ajouter absolument à vos watchlists
La 79ème édition du Festival de Cannes s’est terminée samedi dernier avec la cérémonie de remise des prix. Même si le jury a décidé d’attribuer la Palme d’Or à Fjord (2026) de Cristian Mungiu, de nombreux critiques ne sont pas tout à fait d'accord avec le palmarès, qu’ils jugent injuste envers certains films et certaines performances. Je fais, moi aussi, partie de ces mécontent.es qui auraient préféré voir la Palme attribuée à d’autres cinéaste, par exemple Arthur Harari !
Même si le festival est terminé, il est certain que l’on entendra beaucoup parler des films de la sélection à mesure que la saison des récompenses, qu’il s’agisse des Oscars ou des César, avancera. Pour sortir un peu des sentiers battus, surtout si vous êtes lassés d’entendre toujours parler des mêmes œuvres, j’ai préparé une liste de mes coups de coeur de cette sélection cannoise. Voici six pépites, à ajouter absolument à votre watchlist JustWatch !
Depuis l’annonce des films en compétition, L’Inconnue (2026) figurait parmi ceux que j’avais le plus envie de voir, et je suis très contente qu’Arthur Harari ne m’ait pas déçue. Même si le long métrage est reparti les mains vides du festival, je suis convaincue qu’il fera beaucoup parler de lui. Il sera surtout apprécié par les spectateurs qui aiment les mystères dont l’objectif est moins d’être résolus que de faire succomber le public à l’incertitude et à l’angoisse.
Adapté d’une BD signée Lucas et Arthur Harari, L’Inconnue va bien au-delà de son intrigante prémisse de body swap. La question de l’identité -qu’elle soit abordée sous l’angle de la sexualité ou de la psychologie- suscite de nombreuses réflexions métaphysiques. Certes, le récit demeure parfois ambigu, voire confus, mais si vous êtes amateur·rice des films de Michelangelo Antonioni, de David Lynch ou du Cronenberg tardif, vous êtes en bonne compagnie. Et puis, quelles performances incroyables de Léa Seydoux et Niels Schneider ! J’espère que leurs prestations seront récompensées ailleurs.
Je ne peux pas m’empêcher d’accuser l’équipe du festival d’avoir programmé L’Aventure rêvée (2026) le dernier jour de Cannes, c’est-à-dire à un moment où les esprits n’ont plus la capacité de digérer les films, encore moins ceux qui sont longs et lents ! Ne vous fiez pas aux retours sur le nouveau film de Valeska Grisebach qui le qualifient d’ennuyeux : au contraire, pour moi, la projection a été l’expérience la plus spéciale et captivante de tout le festival. Je sais que je ne suis pas la seule à partager cet avis : les tableaux d’étoiles des revues de cinéma ainsi que le Prix du Jury qu’il a reçu en témoignent.
Au sein d’un microcosme rural situé près de la frontière entre la Bulgarie et la Turquie, la cinéaste parvient à nous immerger dans un récit slowburn qui détourne les codes habituels du film criminel. Avec une durée approchant les trois heures, le film est une réussite par sa simplicité et par son approche réaliste convaincante, portée notamment par les contributions de comédiens non professionnels. Un néo-western balkanique qui plaira avant tout aux fans du cinéma de Kelly Reichardt.
Ne soyez pas surpris si vous entendez des descriptions « La Zone d’intérêt (2023) mais filmé dans le style de The Office » à propos de Notre salut (2026) ! Même si cette combinaison peut paraître incongrue, c’est bien la volonté du réalisateur Emmanuel Marre : exposer les systèmes hiérarchiques et le langage bureaucratique qui ont rendu possibles des formes de violence inhumaine. Le fait que le film ait obtenu le Prix du scénario n’est pas anodin, car le cinéaste se sert des correspondances entre son arrière-grand-père et son arrière-grand-mère pour réaliser un portrait cinématographique d’un homme qui cherche à se faire une place au sein de l’administration du régime de Vichy. Le personnage inspiré de son arrière-grand-père est un idéaliste aveuglé par ses propres convictions, qui croit pouvoir sauver la France grâce à sa propre ascension politique.
Tourné avec une esthétique quasi documentaire, rappelant les reportages des années 1940, le film résonne beaucoup avec notre époque contemporaine – et pas uniquement grâce à l’usage anachronique des chansons ! C’est vrai que, si on n’est pas très familier avec l’histoire de France, Notre salut peut paraître un peu ennuyeux ou incompréhensible. Mais je pense que le film réussit à dépasser le cadre national et apporte un commentaire critique beaucoup plus universel sur le fonctionnement des idéologies fascistes. D’ailleurs, chapeau à Swann Arlaud, dont la performance incroyable ne sera, j’espère, pas ignorée par les César !
Ecoutez… Je n’ai jamais été très fan du cinéma de James Gray. D’ailleurs, il me semble que le Festival ne l’est pas non plus, car il ne reçoit jamais de récompenses, le pauvre ! Malgré mes réticences initiales à l’égard du film, Paper Tiger (2026) a curieusement très bien fonctionné pour moi ! Structuré autour d’un récit dépouillé, le film se concentre sur deux frères qui, alors qu’ils voulaient lancer une entreprise rentable, se retrouvent en grand péril à cause de la mafia russe. Les deux frangins, Irvwn et Gary, sont incarnés par Miles Teller et Adam Driver, et le casting est complété par Scarlett Johansson, qui joue la femme d’Irwin.
Quand des comédiens très connus doivent jouer des gens ordinaires, le résultat est souvent raté, car ils n’arrivent pas à se débarrasser de leur propre persona. Mais ici, les trois comédiens parviennent vraiment à nous faire oublier qu’il y a des vedettes hollywoodiennes derrière leurs personnages. Paper Tiger est un film qui exprime ses émotions sans crier gare. À travers un style et une tonalité qui rappellent le cinéma américain des années 1990, le film va certainement satisfaire les appétits de ceux qui aiment savourer un sentiment de nostalgie.
Radu Jude figure parmi mes cinéastes préférés de tous les temps, mais j’ai trouvé son avant-dernier film, Dracula (2025), trop excessif et empreint de mauvais goût pour mes standards. Heureusement, avec Le Journal d’une femme de chambre (2026), présenté à la Quinzaine des Cinéastes, il revient à un style plus modéré. Il s’agit d’ailleurs de son premier film tourné à l’étranger, en l’occurrence en France. À travers son personnage principal, Gianina, une immigrée roumaine travaillant pour une famille bourgeoise vivant à Bordeaux, le cinéaste s’attaque au sujet du travail à l’étranger -un sujet assez complexe qui concerne de nombreux pays européens.
Avec un ton empreint d’humour noir, Jude expose les inégalités sociales, souvent invisibles, et, plus important encore, il montre comment ces inégalités s’inscrivent dans une certaine hiérarchie. Si vous n’avez jamais vu un film de ce cinéaste roumain, celui-ci peut constituer une porte d’entrée idéale, surtout si vous décidez de le jumeler avec Kontinental ’25 (2025), dont le style visuel et narratif est assez similaire à celui du Journal d’une femme de chambre.
Comme pour Radu Jude, le précédent films de Bruno Dumont, L’Empire (2024), m’avait malheureusement semblé raté. Mais avec le cinéaste, il est toujours difficile de savoir si je vais aimer un film ou non, car il n’a pas peur de changer de direction, au risque d’obtenir de très mauvais résultats, pour défier sa propre esthétique. À vrai dire, je n’avais pas beaucoup d’attentes pour Les Roches Rouges (2026), présenté lui aussi à la Quinzaine, mais ce petit film dont le casting est uniquement composé d’enfants extrêmement mignons a fini par être l’un de mes coups de cœur. Mon appréciation est sans doute en partie liée au mood joyeux du public lors de la projection, qui a été encore renforcé par les rires des enfants qui regardaient et se découvraient eux-mêmes à l’écran !
Pour résumer l’intrigue -très simple d’ailleurs- le film se déroule autour d’une bande d’enfants qui passent leurs journées à nager, à circuler dans le paysage de la Côte d’Azur et à sauter à l’eau depuis de grandes roches rouges au bord de la mer. Mais leur quotidien paisible est bouleversé par un triangle amoureux ! Les Roches Rouges est un film étonnamment doux pour un cinéaste comme Bruno Dumont, et c’est vraiment incroyable qu’il puisse trouver de nouvelles manières de capturer les émotions et les expressions des enfants à travers la caméra.


























