Les 10 dernières Palmes d’or de Cannes : quels films ont résisté à l’épreuve du temps ?

Les 10 dernières Palmes d’or de Cannes : quels films ont résisté à l’épreuve du temps ?

Öykü Sofuoğlu
Öykü Sofuoğlu

Publié le 19 mai 2026

Mis à jour le 25 mai 2026

Nous venons d’entrer dans la deuxième semaine de la 79ème édition du Festival de Cannes. Sur les 22 films de la sélection officielle, 12 ont déjà été dévoilés aux festivaliers, et les cinéphiles commencent à formuler leurs pronostics pour les prix qui seront décernés le soir du 23 mai. À l’approche de la cérémonie de remise des prix, je fais un pas en arrière pour raviver les mémoires avec les lauréats des dix dernières années et analyser les tendances qui ont marqué l’histoire récente de la Croisette.

Avec ses films socialement et politiquement engagés, Ken Loach est, à côté des frères Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne, le cinéaste le plus incongru dans le cadre d’un festival comme Cannes dont les publics s’intéressent généralement au glamour et au luxe. C’est pour cette raison que la victoire obtenue avec Moi, Daniel Blake (2016) est particulièrement marquante. Présidé par George Miller, le jury de la 69ème édition a remis à Loach sa deuxième Palme d’or, dix ans après celle obtenue avec Le Vent se lève (2006). Comme beaucoup de critiques l’ont constaté avant moi, Moi, Daniel Blake n’est pas vraiment le meilleur film du cinéaste et, personnellement, j’aurais préféré que Toni Erdmann (2016) de Maren Ade ou encore Elle (2016) de Paul Verhoeven remportent la prestigieuse récompense. Mais ce récit minimaliste, qui se concentre sur les difficultés bureaucratiques qu’un menuisier traverse après avoir perdu son travail à la suite d’une crise cardiaque, semble avoir davantage impressionné Miller et son Jury.
The Square
The Square

The Square

2017

Ruben Östlund avait déjà été remarqué par le milieu critique lorsqu’il a présenté Snow Therapy (2014) dans la section Un Certain Regard, mais c’est avec The Square (2017) que le réalisateur suédois a obtenu une reconnaissance à l’échelle internationale. Dans l’histoire du Festival de Cannes, il existe certaines éditions durant lesquelles le choix de la Palme d’or ne reflète pas forcément les réactions du public, et où l’on oublie rapidement le film gagnant (Dheepan de Jacques Audiard en 2015 en était certainement un bon exemple). Et puis il y a d’autres films, comme The Square, pour lesquels l’enthousiasme du public coïncide avec la décision du Jury. Avec ce film qui s’attaque à bras-le-corps, et avec un humour noir très singulier, au monde de l’art, Östlund a véritablement réussi à susciter une effusion d’enthousiasme critique et à prouver qu’un film n’avait pas besoin de traiter de sujets dramatiques et sombres pour pouvoir être récompensé dans le milieu festivalier.
Depuis Distance (2001), Hirokazu Koreeda se distingue comme l’un des réguliers de la compétition cannoise. Auteur d’un ensemble d'œuvres qui traite systématiquement l’idée de filiation et le concept de famille comme construction sociale, le réalisateur japonais a enfin été décoré par la Palme avec Une affaire de famille (2018). Sous la présidence de Cate Blanchett, le jury a accordé le plus prestigieux prix du festival a un film qui, malgré son apparence douce et sincère, cache une réalité beaucoup plus sombre sur la réalité sociale des classes défavorisées. Koreeda a certainement signé l’un des plus mémorables films de sa carrière, surtout dans sa manière de mettre en épreuve le sphère intime et social du famille nucléaire en le faisant confronter à des inégalités sociales et des positions morales relativement douteuses. Je me permets aussi d’ajouter qu’Une affaire de famille a été le dernier « grand film » du cinéaste car tous ceux qu’il a réalisés après semble être restés dans l’ombre de celui-ci, avec ses thèmes et ses problématiques devenant presque répétitifs.
Parasite
Parasite

Parasite

2019

La 72ème édition était particulièrement notable lorsqu’on pense à l’histoire récente du festival, car c’est à partir de cette année-là que le public du festival a commencé à dépasser considérablement le milieu des professionnels de l’industrie pour toucher un public cinéphile plus élargi grâce aux réseaux sociaux et aux liens que Cannes a établis avec les Oscars, c’est-à-dire l’industrie hollywoodienne. Présidé par Alejandro González Iñárritu et composé de cinéastes talentueux comme Yorgos Lanthimos, Pawel Pawlikowski, Kelly Reichardt et Alice Rohrwacher, le Jury de la compétition a récompensé Parasite (2019) de Bong Joon-ho. En signant ce film qui porte sur les différences de classe et les limites brutales de l’ascension sociale, le cinéaste sud-coréen a pavé la voie à l’expansion des productions audiovisuelles coréennes à l’étranger. Cette Palme est devenue d’autant plus exceptionnelle après les Oscars 2020, car Parasite est également devenu le premier film à remporter à la fois l’Oscar du Meilleur film et l’Oscar du Meilleur film international.
Drunk
Drunk

Drunk

2020

Je dois préciser avant tout que Drunk (2020) n’a pas obtenu la Palme d’Or à l’issue de la 73e édition du festival car, en raison de la pandémie de COVID-19, le festival n’a pas eu lieu comme la direction l’avait envisagé. En 2020, les projections physiques n’ont pas eu lieu et, à leur place, le festival a annoncé une sélection divisée en plusieurs catégories, qui différaient considérablement des compétitions auxquelles on était habitués. Parmi les films labellisés « Cannes 2020 », celui qui se distingue le plus par son succès à l’international est certainement le long métrage de Thomas Vinterberg. Donc, même si cette année-là le festival a été annulé pour la première fois depuis 1968, je considère Drunk comme l’un des films les plus forts de la sélection et, pour moi, les prix que le film a obtenus en dehors de Cannes -notamment aux Oscars, avec la statuette du Meilleur film international- sont cent pour cent mérités ! Vous ne regardez pas vous aussi, de temps en temps, cette danse incroyable de Mads Mikkelsen dans la séquence finale du film ?
Titane
Titane

Titane

2021

Après Parasite, le gagnant de la 74ème édition a, à son tour, provoqué un immense retentissement autour du cinéma de genre. L’année 2021 a également été particulièrement marquante en raison de la qualité des films présentés, plusieurs cinéastes ayant reporté le tournage de leurs œuvres ou conservé leurs films pour une première post-COVID. Parmi les grands noms présents cette année-là, comme Paul Verhoeven, Ryusuke Hamaguchi et Wes Anderson, c’est Titane (2021), le deuxième long métrage de Julia Ducournau, qui a remporté la Palme d’Or. Avec ce film repoussant les limites du body horror à la manière de David Cronenberg, la réalisatrice a offert une visibilité encore plus importante au cinéma de genre, ouvrant également la voie au succès de films comme The Substance (2024). La victoire de Ducournau -devenue la deuxième réalisatrice à recevoir la Palme d’Or, 28 ans après Jane Campion-  a néanmoins été marquée par l’erreur désormais iconique du président du jury Spike Lee, qui a annoncé le nom du gagnant dès le début de la cérémonie au lieu d’attendre la fin !
Sans filtre
Sans filtre

Sans filtre

2022

En 2022, une deuxième Palme d’Or a été décernée à Ruben Östlund pour son film Sans filtre -une décision qui a frustré pas mal de critiques, y compris moi-même, en raison du mauvais goût gratuit du cinéaste et de son approche satirique prétendument clivante, dissimulée derrière un certain conformisme au système cannois. La victoire d’Östlund était d’autant plus surprenante compte tenu de la présence de Vincent Lindon à la présidence du jury, figure clé du cinéma français davantage connu pour ses performances dans des films réalistes. Sans filtre prolonge les thématiques centrales de The Square. On y retrouve par exemple l’aspect grotesque des milieux privilégiés, en l’occurrence l’univers de la mode et du mannequinat. Réminiscent de Nouvel ordre (2020) de Michel Franco dans sa manière de renverser les positions d’autorité, le film a suscité la polémique -ce qu’Östlund cherchait sans doute en premier lieu- contribuant ainsi à sa popularité lors de la saison des récompenses l’année suivante.
Supercouple talentueux du cinéma français, Justine Triet et Arthur Harari ont connu un immense succès grâce à Anatomie d’une chute (2023), dont ils ont coécrit le scénario. Mais ici, le véritable mérite revient à Justine Triet, la réalisatrice du film. Déjà, il était très rassurant de ne pas devoir attendre plus de vingt ans pour qu’une troisième réalisatrice remporte la Palme d’Or. Mais, blague à part, je pense très sincèrement qu’Anatomie d’une chute a mérité tous les éloges qui lui ont été accordés, tant par sa position lucide et intelligente à l’égard des rôles sociaux imposés aux femmes que par son exploration du concept de vérité. Porté par la performance inoubliable de Sandra Hüller, le film a même voyagé jusqu’à Los Angeles pendant la saison des récompenses et a couronné son parcours avec l’Oscar du Meilleur scénario original. Parmi les Palmes d’Or des dernières années, Anatomie d’une chute fait partie de celles qui restent les plus marquantes.
Anora
Anora

Anora

2024

Qu’il s’agisse d’un festival ou d’une cérémonie de récompenses, il existe parfois des éditions où les jurés honorent davantage le cinéaste-artiste que le film lui-même. On retrouve souvent ce type de situations aux Oscars, mais ces dernières années, les festivals internationaux n’y ont pas échappé non plus -d’abord à Venise avec Pedro Almodóvar et Jim Jarmusch, mais aussi à Cannes avec Jafar Panahi. Au fur et à mesure que le public festivalier découvrait les films, on pressentait déjà que le réalisateur pourrait décrocher la Palme d’Or, d’abord parce que, malgré sa présence régulière en compétition, il n’avait jamais été honoré par le prix principal, mais aussi en raison des liens très étroits entre la présidente du Jury Juliette Binoche et le cinéma iranien. Personnellement, je trouve que le réalisateur a signé des films plus réussis que Un simple accident (2025), mais cela reste un choix pertinent et mérité -et certainement pas controversé- qui n’est pas tant lié au climat politique actuel que certains pourraient le croire.
Qu’il s’agisse d’un festival ou d’une cérémonie de récompenses, il existe parfois des éditions où les jurés honorent davantage le cinéaste-artiste que le film lui-même. On retrouve souvent ce type de situations aux Oscars, mais ces dernières années, les festivals internationaux n’y ont pas échappé non plus -d’abord à Venise avec Pedro Almodóvar et Jim Jarmusch, mais aussi à Cannes avec Jafar Panahi. Au fur et à mesure que le public festivalier découvrait les films, on pressentait déjà que le réalisateur pourrait décrocher la Palme d’Or, d’abord parce que, malgré sa présence régulière en compétition, il n’avait jamais été honoré par le prix principal, mais aussi en raison des liens très étroits entre la présidente du Jury Juliette Binoche et le cinéma iranien. Personnellement, je trouve que le réalisateur a signé des films plus réussis que Un simple accident (2025), mais cela reste un choix pertinent et mérité -et certainement pas controversé- qui n’est pas tant lié au climat politique actuel que certains pourraient le croire.

À propos de cette liste

Titres

10

Coût total de visionnage

10,98 €

Durée totale

21h 8min

Genres

Drame, Comédie, Mystère & Thriller

Où puis-je regarder cette liste en ligne ?

Découvrez ci-dessous les services de streaming qui proposent le plus grand nombre de titres.

Il y a 10 titres dans cette liste et vous pouvez regarder 8 d'entre eux sur Molotov TV. 9 autres services de streaming ont également des titres disponibles aujourd'hui.

  1. 8 Titres Molotov TV
  2. 3 Titres Netflix
  3. 3 Titres Netflix Standard with Ads
  4. 3 Titres SFR Play
  5. 3 Titres Canal+