
22 minutes d’applaudissements à Cannes ! Quel film a le record de la plus longue standing ovation ?
La 79e édition du Festival de Cannes bat son plein depuis le 12 mai, après une ouverture avec La Vénus électrique (2026) de Pierre Salvadori. Alors que les films de la compétition se dévoilent progressivement au public, JustWatch met en lumière une tradition devenue majeure pour les spectateurs comme pour les médias : cette fameuse standing ovation de fin de projection, dont la durée permet aux festivaliers de livrer leurs premiers pronostics quant au succès potentiel du film, aussi bien pendant qu’après le festival.
Mais, comme l’histoire de Cannes en a témoigné, ces tonnerres d’applaudissements ne se traduisent pas toujours par un succès immédiat et renvoient, au contraire, à une histoire de réception beaucoup plus complexe. Pour célébrer le Festival de Cannes, ainsi que pour anticiper les ovations record de cette édition 2026, je vous propose de découvrir les dix standing ovations les plus longues de l’histoire du festival. Vous êtes prêt.es ? Alors direction la Croisette !
15 minutes de standing ovation
Connue pour ses films avant tout marqués par un réalisme magique idiosyncratique, la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher a présenté Heureux comme Lazzaro (2018) lors de la 71e édition du Festival de Cannes. Bien que la popularité de la réalisatrice ait considérablement augmenté avec La Chimère (2023) -et grâce au charisme de Josh O’Connor- c’est avec Heureux comme Lazzaro qu’elle a véritablement réussi à captiver l’audience cannoise au sein du Grand Théâtre Lumière. Le film, qui s’inspire directement du récit de Lazare, dépeint une histoire presque fabuleuse se déroulant au sein d’une communauté féodale à l’époque moderne. Au-delà des 15 minutes de standing ovation, qui ont laissé toute l’équipe et le casting en larmes, cette proposition narrative riche en imagination créative a été très appréciée par le jury, et le film a également été récompensé par le Prix du scénario à la fin du festival.
15 minutes de standing ovation
Bien que huit années se soient écoulées depuis son dernier film, à l’époque où elle est passée à la réalisation de longs métrages, Nadine Labaki était considérée comme l’une des figures les plus prometteuses du circuit festivalier. Et le succès de Capharnaüm (2018) auprès du public cannois en est certainement la preuve. Personnellement, je ne suis pas très fan des récits misérabilistes sur les milieux défavorisés, mais lorsqu’il s’agit de Capharnaüm, face à cette standing ovation historique de 15 minutes, je fais sûrement partie de la minorité. Avec un budget de 4 millions de dollars, le film a par la suite récolté 68 millions de dollars au box-office mondial. Le film raconte l’histoire d’un jeune garçon nommé Zain, qui vit dans un quartier pauvre de Beyrouth et subit de nombreuses difficultés en raison de la négligence de sa famille. Les thèmes abordés -surtout parce qu’ils sont liés aux conditions de vie des enfants- sont durs à regarder, mais si vous vous intéressez aux questions humanitaires, le sentiment d’urgence de Capharnaüm résonnera sûrement en vous.
15 minutes de standing ovation
Face à l’aspect mélodramatique de Capharnaüm, qui est à la limite de devenir excessif, je peux dire que je préfère le réalisme social bien dosé des Frères Dardenne. Vétérans de la compétition depuis Rosetta (1999), le duo de cinéastes a toujours su créer des récits à taille modeste mais universellement humains et accessibles, dans lesquels ils explorent la tension entre les individus et les réalités sociales qui contraignent leurs existences. Présenté lors de la 67e édition du Festival de Cannes, Deux jours, une nuit (2014) se distingue comme l’un de leurs exemples les plus soignés et intenses et mérite sûrement les 15 minutes d’applaudissements que l’audience cannoise lui a accordées. Les frères Dardenne sont connus pour leur préférence à travailler avec des acteurs non professionnels, mais avec quelques exceptions, comme ici où Marion Cotillard incarne une femme qui doit convaincre ses collègues de renoncer à leurs primes afin qu’elle ne perde pas son travail. La performance de l'actrice dans le film est exceptionnelle et, même si j’aime Julianne Moore, je ne comprends toujours pas comment elle a reçu le prix d’interprétation féminine à sa place !
15 minutes de standing ovation
On s’approche souvent des films américains en compétition avec une légère dose de scepticisme, car ils réservent souvent de mauvaises surprises. Bien que Paperboy (2012) de Lee Daniels ait échoué au box-office, l’accueil cannois du film a été assez complexe à décortiquer -recevant 15 minutes d’applaudissements, mais aussi, selon certains journalistes critiques présents, des huées préfigurant déjà ses résultats catastrophiques au box-office. Racontant l’histoire d’un journaliste qui retourne dans sa ville natale en Floride pour enquêter sur un meurtre, le casting du film est composé de stars comme Matthew McConaughey, Zac Efron, David Oyelowo, Macy Gray, John Cusack et Nicole Kidman. La première cannoise, laissant cette dernière en larmes, reflétait certainement davantage l’enthousiasme envers les acteurs eux-mêmes que les mérites du film… Eh oui, on connaît bien cette logique des festivals !
15 minutes de standing ovation
Dans la liste des records cannois, celui qui est le plus impressionnant selon moi est Il était une fois en Amérique (1984) -surtout parce que l’accueil du film illustre un niveau d’enthousiasme assez rare à une époque où la cinéphilie n’était pas encore autant démocratisée et répandue dans différentes tranches d’âge et couches sociales. Bien évidemment, les 15 minutes de standing ovation que le film a reçues sont en grande partie dues au génie de Sergio Leone, qui y signe l’un des récits épiques les plus captivants du cinéma. Quand on voit des films comme Killers of the Flower Moon (2023) se retrouver dans des rangs relativement inférieurs au sein des louanges cannoises, voir le chef-d’œuvre de Leone recevoir le crédit qu’il mérite procure certainement un plaisir cinéphilique. D’ailleurs, l’accueil du film est devenu d’autant plus iconique en raison de la version que les distributeurs américains ont fait sortir en salles, massacrant presque le montage de Leone. Un cas exemplaire pour comprendre les différences institutionnelles et économiques entre les festivals et les sorties commerciales des films.
17 minutes de standing ovation
Film d’horreur marqué par une esthétique très raffinée, The Neon Demon (2016) de Nicolas Winding Refn a provoqué des réactions relativement similaires à celles de The Paperboy. Enfant terrible talentueux du cinéma de genre, au goût prononcé pour la transgression et l’excès, on n’en attendait pas moins de Refn, c’est sûr ! Même si le film est reparti bredouille du festival, il a déclenché une véritable tempête d’applaudissements pendant 17 minutes, prouvant ainsi l’attrait du public pour le cinéma de genre -un phénomène qui semble se confirmer de plus en plus avec la reconnaissance critique de films comme Titane (2021) et The Substance (2024). Personnellement, je ne pense pas que The Neon Demon soit le meilleur film du cinéaste, mais la performance d’Elle Fanning y est tellement inoubliable que je considère qu’aucune minute de ces applaudissements n’était imméritée !
18 minutes de standing ovation
L’attaché de presse de Matthew McConaughey a probablement dû travailler non-stop lors de la 65e édition du Festival de Cannes car l’acteur américain, en plus de Paperboy, a aussi occupé la tête d’affiche de Mud : Sur les rives du Mississippi (2012), qui a d’ailleurs dépassé Paperboy à « l'applaudimètre » cannois, en recevant 18 minutes d’ovation au Grand Théâtre Lumière. Signé par Jeff Nichols, le film propose un récit de Southern Gothic et se concentre sur deux jeunes garçons qui cherchent à aider un fugitif à s’évader et à retrouver sa bien-aimée. Célébré notamment pour la performance de Matthew McConaughey, Mud délivre un récit dramatique captivant raconté à travers le regard des enfants, rempli d’imaginaire et de mythologies américaines. Pour un film qu’on pourrait qualifier de retenu et sobre sur les plans esthétique et narratif -le film restant très ancré dans la réalité du Sud-, il est d’autant plus incroyable qu’il ait été accueilli avec autant d’enthousiasme, ce qui me donne encore plus envie de défendre le succès du film face à des propositions, disons, très ostensiblement provocatrices.
19 minutes de standing ovation
Les standing ovations ont toujours été un sujet de discussion pour les amateurs de festivals, mais la véritable raison pour laquelle elles sont redevenues si populaires comme critère de succès auprès des internautes cinéphiles -mais aussi des studios- était sûrement les 19 minutes d’applaudissements reçues par Valeur sentimentale (2025) l’année dernière. C’était peut-être l’intimité du récit qui faisait que cette réaction de la part du public était perçue comme inattendue, mais je me souviens très bien que, le lendemain de la projection du film, tout le monde voyait déjà la Palme d’Or comme acquise. Même si cela n’a finalement pas été le cas à la fin du festival, Joachim Trier et son film, qui mettait en scène une relation père-fille profondément blessée par les décisions de son géniteur, que celui-ci cherchait à réparer à travers le cinéma, ont bénéficié d’un énorme succès critique et public. Le réalisateur norvégien était déjà bien connu du circuit festivalier européen, mais il est désormais certain qu’il est pleinement entré dans le radar d’Hollywood et, comme beaucoup d’autres cinéphiles, je suis très curieuse de voir l’effet que cela va produire sur la carrière du cinéaste.
20 minutes de standing ovation
Si vous voulez connaître l’âge d’une personne, le nom de Michael Moore pourrait vous servir d’excellent indice, car les boomers comme moi le connaîtront sûrement comme l’un des plus importants documentaristes des années 2000, capturant une période politique extrêmement tumultueuse de l’histoire moderne des États-Unis. À l’époque où son Fahrenheit 9/11 (2004) a été présenté au festival, le film a battu des records à plusieurs niveaux. Même si son record d’ovation de 20 minutes a été détrôné par Guillermo del Toro deux ans plus tard, il a marqué l’histoire de Cannes en devenant le deuxième -et à ce jour dernier- documentaire à recevoir la Palme d’Or, 48 ans après Le Monde du silence (1956) de Louis Malle. Bien que beaucoup aient interprété la décision du jury comme étant liée au contexte politique de l’époque, Fahrenheit 9/11 reste un opus crucial, par sa position singulière et sa capacité à témoigner des politiques de Bush et du contexte ayant mené à l’invasion de l’Irak par les États-Unis. Une position qui nous paraît aujourd’hui assez improbable, compte tenu de l’atmosphère médiatique dans laquelle nous vivons, où le discours devient de plus en plus dispersé et confus.
20 minutes de standing ovation
L’histoire retiendra le Festival de Cannes 2026 comme une édition faible en qualité. Mais, comme c’était déjà le cas avec Valeur sentimentale en 2025, un film a cristallisé l’essentiel du buzz festivalier. Il s’agit de La Bola negra (2026), réalisé par le duo de cinéastes Javier Ambrossi et Javier Calvo, connus sous le nom de Los Javis. Opus monumental dont les sources d’influence puisent dans l’histoire, le théâtre et la poésie -en particulier celle de Federico García Lorca- La Bola negra a provoqué une réaction électrisante chez les spectateurs à Cannes. Les applaudissements ont duré près de 20 minutes, la deuxième plus longue durée dans l’histoire du festival. Le film occupe en effet cette position ex aequo avec Fahrenheit 9/11, étrange coïncidence pour un film qui a également dû partager son prix de la mise en scène au palmarès !






















































