20 minutes d’applaudissements : ce film espagnol a bouleversé Cannes 2026

20 minutes d’applaudissements : ce film espagnol a bouleversé Cannes 2026

Öykü Sofuoğlu
Öykü Sofuoğlu

Publié le 25 mai 2026

Mis à jour le 25 mai 2026

Le 79ème Festival de Cannes manquait relativement d’éclat par rapport aux éditions précédentes, non seulement en raison de la qualité des films présentés en compétition, mais aussi à cause de l’absence des grandes productions américaines telles que Top Gun : Maverick (2022) ou Indiana Jones et le Cadran de la destinée (2023). Avec des retours moyens et modérés sur la majorité des films, les avis controversés -et le buzz que ces réactions ont provoqué- n’étaient effectivement pas aussi puissants que ceux suscités, par exemple, par Emilia Pérez (2024) et The Substance (2024).

À deux minutes du record !

Il n’y avait pas non plus l’enthousiasme unanimement partagé qu’avait suscité Anora (2024) auprès des spectateurs. Jusqu’à ce que les « Los Javis », le duo de cinéastes composé de Javier Ambrossi et Javier Calvo, débarquent sur la Croisette avec La Bola negra (2026) et marquent l’histoire du Festival de Cannes de manière totalement inattendue ! Les cinéastes ont d’ailleurs été récompensés par le Prix de la mise en scène, partagé ex æquo avec Paweł Pawlikowski (Fatherland). Mais si La Bola negra fait autant parler de lui, c’est surtout parce qu’il a presque battu un record historique en devenant le film ayant reçu la deuxième plus longue standing ovation de l’histoire du festival (20 minutes !), juste derrière Le Labyrinthe de Pan (2006).

Maintenant que le festival est terminé, tout le monde se demande quel impact ces récompenses auront sur la trajectoire des films durant la saison des prix 2027. Selon les rumeurs, Netflix serait sur le point de conclure l’acquisition des droits américains de La Bola negra, dans le cadre d’un accord record dont la valeur est estimée entre 4 et 5 millions de dollars. Une odeur d’Oscars flotte-t-elle déjà dans l’air ? Eh bien, oui ! Tout juste rentrée de Cannes, je vous explique pourquoi ce film est en train de s’imposer, contre toute attente, comme le grand favori de l’année 2026 et, plus tard, de la saison des récompenses 2027.

La Bola Negra

De quoi parle La Bola negra ?

Qu’ils soient positifs ou négatifs, tous les avis critiques sur La Bola negra s’accordent sur un point : le film est épique à plusieurs égards. Inspiré de la pièce de théâtre La piedra oscura d’Alberto Conejero, il prend la forme d’une vaste fresque dramatique articulée autour de trois récits se déroulant à différentes périodes de l’histoire espagnole. Plusieurs commentateurs ont également évoqué Emilia Pérez en raison de sa dimension musicale. Pourtant, malgré ses nombreuses séquences chantées, la sensibilité esthétique de Los Javis se révèle bien plus raffinée et sincère dans son expression des sentiments, loin du style volontairement « mauvais goût » qui caractérise la mise en scène d’Emilia Pérez.

Il n’y a d’ailleurs guère de mystère quant aux liens qui unissent les trois arcs narratifs du film, situés respectivement en 1932, 1937 et 2017. Ce choix ne constitue toutefois pas un problème, puisque le film ne repose pas sur l’effet de surprise ou une révélation spectaculaire. Il s’intéresse plutôt, de manière très concrète, à la façon dont les relations affectives se nouent entre les personnages.

La Bola negra fait référence au roman inachevé du poète Federico García Lorca, assassiné durant la guerre civile espagnole, et l’une des trois sections du film s’inspire précisément de ce projet littéraire. Il faut également souligner que les personnages au centre de chacun des trois récits sont gays, et que leurs expériences respectives reflètent différentes facettes de l’identité queer à travers le temps. C’est pourquoi Lorca apparaît ici moins comme une figure monumentale de la littérature que comme un homme habité par des désirs et des amours qu’il souhaitait vivre pleinement. Cette relecture queer de l’histoire se révèle particulièrement généreuse, car elle invite également celles et ceux qui vivent dans le présent à renouer avec des personnalités dont l’identité queer a longtemps été invisibilisée par le récit historique officiel, au profit d’autres accomplissements jugés plus acceptables ou consensuels.

La dimension épique du récit trouve son prolongement dans la direction artistique, tant les efforts de l’équipe technique pour restituer avec justesse l’atmosphère de chaque époque sont perceptibles. Cette précision n’étouffe pourtant jamais la mise en scène ; au contraire, La Bola negra est un film foisonnant, débordant de couleurs, de passion et de musique. Les apparitions de Penélope Cruz -méconnaissable sous une perruque blonde- et de Glenn Close -qui joue la quasi-totalité de ses scènes en espagnol- constituent des atouts supplémentaires. Mais s’il faut avant tout saluer quelqu’un, ce sont Guitarricadelafuente, Carlos González et Miguel Bernardeau, qui portent le film grâce à des interprétations à la fois touchantes et vibrantes.

La Bola Negra

Qui sont Los Javis, le duo formé par Javier Ambrossi et Javier Calvo ?

Avant La Bola negra, le milieu cinéphile international n’était pas particulièrement familier avec l’œuvre de Los Javis. Bien que le duo ait signé un premier long métrage, Holy Camp! (2017), sa popularité s’est surtout construite grâce à ses séries télévisées ainsi qu’à sa forte présence médiatique, qui a consolidé sa place au sein de la culture populaire et queer espagnole.

Leur première série, Paquita Salas (2016-2019), a connu un succès inattendu dès sa diffusion initiale avant d’être reprise par Netflix. Centrée sur une agente artistique qui donne son nom à la série, elle est rapidement devenue un véritable phénomène populaire et a contribué à raviver l’imaginaire de la culture télévisuelle espagnole des années 1990 et 2000. Avec leur mini-série Veneno (2020), les cinéastes ont renforcé leur statut de figures majeures de la culture queer en consacrant une œuvre biographique à l’une des personnalités trans les plus célèbres d’Espagne. Puis est venue La Mesías (2023), leur création la plus ambitieuse à ce jour, dont l’ampleur dramatique et émotionnelle n’est pas sans rappeler La Bola negra, même si son récit demeure concentré sur l’histoire d’une seule famille.

Pour évoquer leur place dans la culture populaire espagnole, on rappelle souvent que Los Javis ont également officié comme juges pendant quatre saisons de Drag Race España (2021-2024). Au vu de l’accueil enthousiaste réservé à La Bola negra, leur popularité ne devrait que continuer à croître dans les années à venir.

La Bola Negra

Los Javis sont-ils vraiment les héritiers de Pedro Almodóvar ?

Cette 79èùe édition du Festival de Cannes revêtait une importance particulière pour le cinéma espagnol, avec trois films nationaux en compétition pour la Palme d’Or. La présence simultanée de Pedro Almodóvar, avec Autofiction (2026), et de Los Javis a constitué l’un des événements marquants de cette quinzaine. Si Javier Ambrossi et Javier Calvo apparaissent brièvement dans Autofiction sous la forme d’un caméo, le maître du cinéma espagnol a également participé à La Bola negra en tant que producteur associé, par l’intermédiaire de sa célèbre société de production El Deseo.

Cette collaboration n’est pas un cas isolé. En 2023, Los Javis ont réalisé Pedro x Javis, une série documentaire en trois épisodes consacrée à l’œuvre d’Almodóvar. Cette proximité artistique nourrit chez certains admirateurs l’idée que le duo chercherait à s’imposer comme les héritiers spirituels du cinéaste multi-récompensé. Une telle filiation existe sans doute en partie, notamment dans leur intérêt commun pour les mélodrames flamboyants, les identités marginalisées et une sensibilité profondément queer. Il convient toutefois de rappeler qu’Almodóvar est indissociable de la Movida madrileña, mouvement culturel d’avant-garde qui a profondément transformé l’Espagne de l’après-franquisme. Son influence a largement dépassé le seul cadre du cinéma pour marquer durablement la culture espagnole dans son ensemble.

Avec seulement deux longs métrages et trois séries majeures à leur actif, Los Javis sont encore au début de leur parcours artistique. Il est donc sans doute prématuré de leur attribuer un héritage comparable à celui d’Almodóvar. Les prémices d’une œuvre importante sont néanmoins bien présentes. Reste à voir comment leur collaboration évoluera au fil de leurs futurs projets.

Set across three timelines — Republican Spain in 1932, the Civil War in 1937, and contemporary Spain in 2017 — the film follows a constellation of interconnected lives centered on three young men, whose emotional and political echoes gradually reveal themselves.
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À propos de cette liste

Titres

1

Durée totale

2h 35min

Genres

Drame

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