
De Pulp Fiction à Grease, les meilleurs films de John Travolta
On l’a connu en minet gominé, pantalon pattes d’eph’ et peigne toujours à portée de main pour lisser ses tempes rebelles, le doigt en l’air et le déhanché facile. On l’a connu plus pataud, dos un peu courbé, philosophant sur le « Big Mac » avec Samuel L. Jackson. Entre les deux, mon coeur balance alors que je parle bien de la même personne : John Travolta a autant incarné le fantasme disco des années 70 que le cool un peu déglingué des années Tarantino.
Difficile, du coup, de ne pas replonger dans une filmographie aussi chaotique que fascinante. Carrière en dents de scie, traversée du désert spectaculaire puis renaissance encore plus spectaculaire : peu d’acteurs hollywoodiens auront connu autant de vies en une seule filmographie. Des néons de Saturday Night Fever aux dialogues cultes de Pulp Fiction, voici les meilleurs films de John Travolta, ceux qui, selon moi, racontent à eux seuls cinquante ans de pop culture américaine.
Est-ce que ce ne serait pas le come-back le plus cool de l’histoire du cinéma ? En tous cas, pas le plus discret ! Pour les besoins de Pulp Fiction (1994), Quentin Tarantino récupère l’acteur alors qu’Hollywood l’avait gentiment rangé au rayon souvenirs disco, et lui offre Vincent Vega comme une seconde peau. Un tueur à gages bavard chargé, avec son partenaire Jules Winnfield (Samuel L. Jackson), de récupérer une mystérieuse mallette pour leur patron Marsellus Wallace (Ving Rhames).
Costume noir un peu flottant, regard fatigué, héroïne dans les veines et discussions existentielles sur les burgers français : Travolta invente ici une nouvelle version de lui-même. Plus adulte, plus ironique, plus dangereux aussi. Mais avec cette ref du passé qui affleure partout. Derrière le tueur blasé, exceptionnel de nonchalance, on sent encore le danseur charmeur des années 70, mais passé à travers la fumée des clubs et les désillusions des années 90.
Dans l’inconscient collectif, John Travolta restera probablement toujours Danny Zuko. Et franchement, difficile de lutter : peu d’acteurs auront été aussi naturellement faits pour une comédie musicale. Dans Grease (1978), Zuko, leader des T-Birds, bande de blousons noirs d’un lycée américain ultra fantasmé des années 50, tombe amoureux de Sandy, jeune fille sage venue d’Australie. Mais lorsque les cours reprennent et qu’ils se retrouvent dans le même lycée, Danny préfère jouer les durs devant ses copains plutôt que d’assumer ses sentiments. Toute l’histoire repose alors sur leur romance contrariée, entre chansons cultes, rivalités adolescentes et concours de danse.
Le film est kitsch et irréaliste du début à la fin car personne n’a jamais chanté avec autant de classe dans un garage automobile… mais Travolta le rend totalement crédible grâce à son charisme démesuré. La banane impeccable, le perfecto noir ajusté et les déhanchés millimétrés suffisent à transformer Danny Zuko en fantasme pop éternel.
Le cinéma d’action des années 90 n’a probablement jamais produit concept plus idiot ni plus génial que celui de Volte/Face (1997). Échanger les visages de John Travolta et Nicolas Cage aurait pu virer au nanar total mais John Woo en fait une sorte d’opéra sous stéroïdes. John Travolta joue Sean Archer, agent du FBI obsédé par Castor Troy, terroriste psychopathe responsable de la mort de son fils. Après avoir enfin arrêté son ennemi, Archer découvre qu’une bombe a été cachée quelque part à Los Angeles. Pour obtenir les informations nécessaires, il accepte une opération délirante : échanger chirurgicalement son visage avec celui de Castor Troy afin d’infiltrer son entourage. Sauf que le criminel se réveille plus tôt que prévu… et prend à son tour l’identité d’Archer.
Le concept pouvait sembler bancal et pourtant le film fonctionne à merveille grâce au sérieux total avec lequel John Woo filme ce délire. Travolta joue Cage jouant Travolta avec une gourmandise hallucinante. Fusillades au ralenti, colombes qui s’envolent et explosions de violence : tout est excessif, archi-spectaculaire, et c’est précisément ce qui rend le film aussi culte aujourd’hui.
Avant Tarantino, il y avait déjà ce film-là. Dans Blow Out (1981) de Brian De Palma, Travolta abandonne le charme bravache pour quelque chose de beaucoup plus fragile. Il joue un ingénieur du son qui enregistre accidentellement ce qui pourrait être un assassinat politique, et le film glisse peu à peu vers une paranoïa poisseuse typiquement seventies.
Travolta y est étonnamment sobre, presque mélancolique. On oublie souvent à quel point il pouvait être un excellent acteur dramatique quand il acceptait de ralentir un peu le jeu. Et cette fin… probablement l’une des plus cruelles du cinéma américain des années 80.
On réduit souvent La Fièvre du samedi soir (1977) à ses costumes blancs et à la bande-son des Bee Gees alors que le film est bien plus triste qu’on ne s’en souvient. Travolta joue Tony Manero, jeune vendeur de peinture de Brooklyn qui passe ses semaines à étouffer entre un travail sans avenir, une famille oppressante et un quartier dont il rêve de s’échapper. Son seul espace de liberté se trouve sur la piste du club disco où, chaque samedi soir, il devient une véritable star locale grâce à son talent pour la danse.
Au-delà de Travolta, c’est toute la frustration sociale d’une jeunesse ouvrière coincée dans une vie trop petite pour elle que John Badham raconte. Et Travolta apporte à son personnage vulnérabilité et arrogance de circonstance. À seulement 23 ans, il porte déjà le film comme une immense star.
Adapté du premier roman de Stephen King, Carrie (1976) suit une adolescente timide et harcelée par ses camarades de lycée, élevée par une mère ultra religieuse et autoritaire. Après une humiliation particulièrement violente orchestrée par plusieurs élèves, Carrie découvre peu à peu ses pouvoirs télékinésiques. Tout bascule lors du bal de promo, dans une des scènes les plus célèbres du cinéma d’horreur.
Travolta joue Billy Nolan, petit caïd agressif et idiot du lycée, impliqué dans le piège cruel tendu à Carrie. Bien avant de devenir une superstar mondiale, il possède déjà cette présence physique immédiate qui attire l’œil, même dans un rôle secondaire. Il réussit surtout à rendre Billy réellement inquiétant, mélange de violence adolescente et de bêtise pure.
Ce n’est pas son plus grand rôle en terme de présence à l’écran. Dans La Ligne rouge (1998) de Terrence Malick, immense fresque philosophique sur la Seconde Guerre mondiale, Travolta apparaît dans le rôle du brigadier général Quintard. Le film suit plusieurs soldats américains durant la bataille de Guadalcanal, dans le Pacifique, alors que chacun tente de survivre au chaos, à la peur et à l’absurdité de la guerre.
Comme beaucoup de stars présentes dans le film (Sean Penn, George Clooney ou Woody Harrelson), Travolta n’apparaît finalement que quelques minutes. Mais il impose immédiatement une présence calme et autoritaire, presque fantomatique. Chez Malick, les acteurs deviennent des silhouettes humaines perdues dans quelque chose qui les dépasse, et Travolta s’intègre parfaitement à cette vision.
































































