Penser à Ben Stiller donne immédiatement le sourire tant son potentiel comique est immense. Mais, c’est surtout un acteur qui n’a cessé de se réinventer : il a joué l’idiot, le rêveur, le fou, le père protecteur, et il est même passé derrière la caméra et a participé à la création de la série Severance (2022) !
Cette sélection JustWatch revient sur ses meilleurs rôles, ceux qui montrent à quel point il peut être à la fois triste, touchant, inquiétant, ou carrément héroïque. L’idée ici n’est pas de dresser un palmarès, mais plutôt de parcourir sa carrière. Si vous pensez encore que Ben Stiller se résume à des grimaces, ces personnages devraient vous faire changer d’avis.
Greg Focker — Mon beau-père et moi (2000)
Avec Mon beau-père et moi (1h48), Ben Stiller trouve l’un de ses rôles les plus emblématiques : Greg Focker, infirmier un peu gauche, persuadé qu’il ne sera jamais à la hauteur de la belle-famille parfaite de sa compagne. L'archétype du type bien qui se transforme en catastrophe ambulante dès qu’il est stressé. Coincé entre ses mensonges et l’œil perçant de Robert De Niro en beau-père paranoïaque, il transforme chaque dîner, chaque week-end en enfer comique.
La pression monte à chaque scène et finit par nous gêner au point où on a envie de quitter la pièce. On le voit s’enfoncer, mentir, se laisser faire, casser des trucs, et le malaise devient palpable. Ce qui fonctionne si bien, c’est la précision avec laquelle Stiller joue l’humiliation. Greg est ridicule, oui, mais jamais méprisable. On ne rigole pas contre lui, mais avec lui, car on partage cette angoisse et on s’identifie à lui.
David Starsky — Starsky & Hutch (2004)
Dans Starsky & Hutch (1h41), Ben Stiller dynamite l’image du flic cool des années 70. Son David Starsky est un inspecteur beaucoup trop appliqué, obsédé par les règles, premier de la classe -pire qu’Amy Santiago !- qui se ridiculise dès qu’il tente d’être cool. Face à lui, Owen Wilson joue le parfait contrepoint relax, et le duo trouve très vite une vraie alchimie, faisant de ce film un buddy cop movie qu’on ne peut qu’adorer. Dans le rôle de Starsky, Ben Stiller fait quelque chose qu’il fait souvent : prendre la posture de mâle alpha, le torse bombé, la fierté exacerbée…. Pour mieux la démonter. Il est dans une rupture constante entre « je suis un dur à cuire » et « je panique totalement » et je trouve ça hilarant.
Si vous aimez les détournements de séries cultes, Starsky & Hutch montre à quel point Stiller sait jouer avec la nostalgie sans se contenter de faire un clin d’œil paresseux. Car, personnellement, j’ai adoré la série sortie en 1975 et j’ai vraiment apprécié de voir qu’un renouveau était possible. On retrouve un peu la même impression que face à Brooklyn Nine-Nine (2013-2021) : les personnages ont plein de défauts, ils sont souvent caricaturaux, mais que c’est drôle !
Larry Daley — La Nuit au musée (2006)
Avec La Nuit au musée (1h48), Ben Stiller devient un héros familial à part entière. En Larry Daley, gardien de nuit paumé qui découvre qu’un musée entier prend vie après la fermeture, il joue le type ordinaire plongé dans un chaos magique. Ce qui pourrait n’être qu’un rôle « service minimum » pour enfants fonctionne parce qu’il y met une vraie chaleur.
Pourtant, sur le papier, je trouvais que ça avait tout d’un piège. Une grosse machine hollywoodienne, sortie au moment de Noël, ça ne présage rien de bon. Pourtant, comme de nombreux spectateurs, j’ai beaucoup aimé, et c’est en partie grâce à Ben Stiller. Il s’investit vraiment, apporte une bonne dose de tendresse, et réagit, un peu niaisement, aux dinosaures, aux pharaons et aux cow-boys miniatures, ce qui permet aux gags d’exister sans cynisme. Et c’est toujours un immense plaisir de voir Robin Williams dans le rôle de Theodore Roosevelt.
Ted Stroehmann — Mary à tout prix (1998)
Impossible de ne pas parler de Mary à tout prix (1h59), ce film culte dans lequel Ben Stiller incarne Ted, adolescent empoté marqué à vie par un rendez-vous catastrophique avec Mary (Cameron Diaz). Devenu adulte, il est toujours obsédé par ce premier amour. On se retrouve avec une comédie romantique volontairement trash, comme Hollywood savait en faire dans les années 90. L’acteur est dans son élément et ça se voit : il se lance la tête la première dans les situations humiliantes, et installe un malais constant. Du Ben Stiller tout craché.
Ce qui tient le film, c’est justement cette capacité à encaisser. Ted est un punching-ball humain, mais Stiller ne le rend jamais pathétique : il en fait quelqu’un de profondément attachant, un type qui croit encore à la possibilité d’une histoire simple dans un monde complètement barré. C’est la force de Ben Stiller dans chacun de ses films : réussir à rendre ses personnages si profondément humains qu’on n’oserait se moquer d’eux.
Walter Mitty — La Vie rêvée de Walter Mitty (2013)
Avec La Vie rêvée de Walter Mitty (1h54), Ben Stiller est derrière et devant la caméra. C’est le moment où il a arrêté d’être juste « le mec marrant ». Ici, il raconte l’histoire d’un homme discret qui s’évade dans des fantasmes héroïques avant de se lancer, enfin, dans une vraie aventure. C’est l’un de ses rôles les plus doux et les plus mélancoliques : Walter est un rêveur silencieux, un type qui s’efface, qui n’ose pas, qui veut une vie qu’il ne se sent pas capable de mener et qui finit par se découvrir en allant au bout du monde. Stiller y joue en retenue, loin du bruit de ses comédies les plus hystériques. Nous avons tous été Walter, ce type qui s’imagine sauver un chien d’un immeuble en flammes alors qu’il n’arrive pas à dire bonjour à la collègue de la compta. Ce Walter n’est pas un clown triste, mais un homme ordinaire qui se met progressivement à occuper sa propre vie avec du Arcade Fire ou du Bowie en bande originale.
La mise en scène, très travaillée, rend justice à cette bascule entre fantasme et réalité. Et finalement, ce que le film arrive à montrer, c’est que même un homme ordinaire avec une vie ordinaire est un héros du quotidien. Walter Mitty a dû partir à l’autre bout du monde pour s’en apercevoir. C'est une pépite de mélancolie qui vous donne envie de balancer votre ordinateur par la fenêtre et de prendre le premier billet d'avion pour le Groenland. Si vous ne connaissez de Ben Stiller que ses rôles comiques, ce film est une parfaite porte d’entrée vers son versant plus intime, qu’on retrouve aussi dans son travail de réalisateur sur la série Escape at Dannemora (2018), ou encore dans Severance (2022-), un véritable chef-d'œuvre.
Derek Zoolander — Zoolander (2001)
Zoolander (1h29), c’est l’idiotie élevée au rang d’art moderne. Ben Stiller incarne Derek, mannequin tellement stupide qu’il en devient poétique. Il est persuadé que son regard « Blue Steel » peut tout résoudre alors que ça ressemble plutôt à une constipation intense ! C’est sans doute l’un de ses personnages les plus cultes : un mélange de bêtise assumée, de fragilité infantile et de mégalomanie totale. En tant que réalisateur, Stiller construit autour de lui un univers complètement absurde, peuplé de stylistes mégalos, de défilés grotesques et de complots improbables.
Comme toujours, il donne tout. Il joue ce rôle comme s’il jouait du Shakespeare et incarne Derek avec une gravité assez déstabilisante. Je pense que c’est pour cela que ça marche : c’est un rôle qui lui permet de pousser très loin le burlesque, les grimaces, les poses ridicules, tout en gardant un fond d’innocence qui nous empêche de le détester. Si vous avez envie de débrancher votre cerveau (et je veux dire, VRAIMENT le débrancher), c’est le film parfaitement divertissant, un peu comme un 21 Jump Street (2012).
Tugg Speedman — Tonnerre sous les tropiques (2008)
Tonnerre sous les tropiques (1h47) tient du miracle. Réussir un film comme ça, c’est fort. Ben Stiller interprète Tugg Speedman, star d’action sur le déclin, une sorte de Stallone au rabais qui tourne un film de guerre censé relancer sa carrière. Le pitch est génial : une bande d’acteurs narcissiques lâchés dans la jungle, persuadés de tourner le film du siècle alors qu’ils sont au milieu d’un vrai conflit. C’est méta, c’est absurde, c’est méchant. Stiller tire à balles réelles sur Hollywood et rentre dans la caricature de la caricature, lui permettant d’avoir le champ libre et d’adopter un humour qui dépasse le 2ᵉ et 3ᵉ degré.
Tugg est un concentré de tout ce que Stiller aime explorer : l’insécurité, le besoin maladif de reconnaissance, l’absurdité d’un système qui pousse les acteurs à se perdre. Il joue ce type paumé avec un mélange de sincérité et d’excès, entre crises d’ego et moments de lucidité brutale. On parle souvent de la performance incroyable de Robert Downey Jr. ou du rôle délirant de Tom Cruise, mais Stiller est inoubliable dans ce film. Si vous aimez les œuvres qui se moquent d’Hollywood de l’intérieur et qui osent être dans le politiquement (très) incorrect, alors foncez.
Chas Tenenbaum — La Famille Tenenbaum (2001)
À quoi pensez-vous quand on vous parle de La Famille Tenenbaum (1h50) ? Moi je pense immédiatement au survêtement rouge de Ben Stiller. Il campe Chas, un ancien enfant prodige de la finance devenu père ultra-anxieux depuis la mort de sa femme. Sous ce survet’ et la coupe stricte, il joue un homme en deuil qui tente de tout contrôler pour éviter que le monde ne s’effondre de nouveau. Oubliez le Ben Stiller rigolo, là, c'est avec le visage fermé qu’il joue ce rôle mélodramatique offert par Wes Anderson.
Chas est une cocotte-minute : autoritaire avec ses fils, fermé aux autres, en colère contre son père, incapable de lâcher prise, toujours à deux doigts d’exploser. On l’a vu sur ses films précédents, Ben Stiller sait parfaitement jouer la fragilité cachée par l’agressivité et le viril. La rage de l’acteur contraste parfaitement avec le style symétrique, carré, « maison de poupée » de Wes Anderson, et lorsqu’il finit par craquer, c’est frissons garantis.
















































































































