La Saint-Valentin est là, et avec elle l’overdose annuelle de guimauve, de restaurants trop chers et de cartes avec des cœurs. Si les comédies romantiques sirupeuses vous donnent envie de casser votre télé, vous êtes au bon endroit. Ici, on range les violons, on oublie les baisers mouillés sous l’orage et on se lance dans les ruptures sanglantes, les vengeances, et la joie d’être seul(e).
Pour JustWatch, j’ai compilé des œuvres qui parlent de relations (ou de leur absence) avec honnêteté, violence, tristesse et parfois avec beaucoup d’humour. Joyeuse anti Saint-Valentin !
Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004)
Que dire d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004) ? Déroutant ? Créatif ? Original ? Dérangeant ? Michel Gondry nous offre une épopée onirique sur le deuil amoureux qui reste, pour moi, l'un des plus grands films de ce siècle. Il nous fait penser l’amour, et la douleur qu’il engendre, autrement. Jim Carrey joue Joel qui, dévasté par sa rupture, décide d'effacer de sa mémoire Clementine (Kate Winslet) ainsi que toute la relation qu’il a pu vivre avec elle. On le voit alors faire face à la douleur, son effacement, et la réalisation que cette douleur est peut-être indispensable à ressentir.
C’est une œuvre particulièrement complexe, avec une mise en scène qui relève parfois du bricolage (mais un bricolage de génie), un scénario incroyable et une bande son qui arrive à lier le tout. C’est le genre de film dont on ne sort pas indemne, mais grandi et convaincu que la souffrance fait partie de la vie. Si vous êtes fans du côté dramatique de Jim Carrey, s’il a réussi à vous émouvoir aux larmes dans le magnifique The Truman Show (1998), si vous voulez voir une excellente Kate Winslet, alors ce film est fait pour vous. Pour prolonger la poésie visuelle et bricolée de Michel Gondry, jetez-vous sur La Science des rêves (2006). Et si vous voulez pousser l’exploration de la douleur et du souvenir encore plus loin, Aftersun (2022) va vous briser le cœur.
Gone Girl (2014)
Gone Girl (2014) ou l’un des meilleurs films pour dissuader quelqu’un qui hésite à passer la bague au doigt. Avec ce thriller, David Fincher nous montre que l’amour n’est pas un long fleuve tranquille. L’histoire commence pourtant simplement. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparaît mystérieusement : tous les soupçons se tournent alors vers son mari, Nick. C’est sans doute l’un des meilleurs rôles de Ben Affleck, mais aussi de Rosamund Pike. Les deux arrivent à respecter l’exigence du cinéaste et à livrer une performance bluffante et glaçante.
Ici, le mariage, loin d’être un refuge, est présenté comme une zone d’ombre dans laquelle on ne connaît jamais vraiment l’autre. Je n’en dis pas plus, car les films de Fincher doivent se vivre, mais c’est sombre, brillant, cynique. Une masterclass de manipulation qui donne envie de rester seul avec son chien pour le siècle à venir.
(500) jours ensemble (2009)
Ne vous laissez pas berner par l’esthétique indie-pop et la bande-son parfaitement composée de (500) jours ensemble (2009). Marc Webb déconstruit le mythe du « Grand Amour » en nous montrant l'obsession de Tom (Joseph Gordon-Levitt) pour Summer (Zooey Deschanel), une fille qui lui a pourtant dit dès le départ qu'elle ne voulait rien de sérieux. C’est une œuvre parfaite sur la projection de nos propres désirs et sentiments sur l’autre. Tom n’est finalement pas tant amoureux d’elle que de l’idée qu’il se fait d’elle.
J’ai vraiment aimé que le montage soit au service de l’histoire et de son message. Le fait qu’il soit non-linéaire permet de souligner le fossé entre les attentes et la réalité. C’est le film parfait pour tous les fans des Smiths, de bonne musique, de bonne humeur. Mais c’est aussi l’œuvre parfaite pour comprendre que ce n’est pas parce qu’elle est belle et qu’elle a des goûts musicaux incroyables qu’elle est votre âme sœur.
Marriage Story (2019)
Noah Baumbach signe, avec Marriage Story (2019), l’anatomie d’un divorce, entre tendresse et cruauté. On y suit le naufrage de Charlie (Adam Driver) et Nicole (Scarlett Johansson), un couple d’artistes qui s’aime encore mais qui ne sait plus comment faire pour s’aimer plutôt que de se haïr. C’est de la pure torture émotionnelle. On voit la flamme encore vivante, alors que les avocats s’empressent de l’éteindre pour gratter des honoraires.
Les deux acteurs sont excellents, la dispute est intense, intime, et nous donne envie de regarder ailleurs par pudeur et par respect. C’est une belle piqûre de rappel pour nous montrer ce qui se passe quand un mariage ne fonctionne pas, avec une plongée impitoyable dans les détails logistiques qui tuent l’amour à petit feu. C’est un Kramer contre Kramer (1980) du XXème siècle.
High Fidelity (2000)
High Fidelity (2000) est le manuel de survie du mélomane sentimental, celui qui préfère sa collection de vinyles aux relations compliquées. Adapté du roman de Nick Hornby, le film suit Rob Gordon (John Cusack, le parfait anti-héros), propriétaire d’un disquaire à deux doigts de la faillite. Il décide de recontacter le Top 5 de ses plus grosses ruptures pour comprendre pourquoi il finit toujours seul après s’être fait larguer par Laura.
Avec ce film, Stephen Frears capture l’immaturité masculine et le voyage du protagoniste vers la compréhension de lui-même, de ses défauts, ses attentes, ses qualités. C’est drôle, c’est méchant, bourré de références musicales. Le film parfait pour celles et ceux qui aiment s’entourer de 33 tours. Récemment, le livre a aussi été adapté en série du même nom (2020), avec Zoë Kravitz en mélomane névrosée. Une réussite qui vaut le détour. Si vous voulez une autre histoire d’exploration des relations passées, alors la série Lovesick (2014) est assurée de vous faire rire !
Kill Bill : Volume 1 (2003)
Quoi de plus approprié pour une soirée anti-romantique qu'une mariée qui se réveille d'un coma pour massacrer celles et ceux qui ont ruiné son mariage ? Quentin Tarantino signe un hommage sanglant au cinéma de genre où Uma Thurman manie le katana avec une grâce féroce. Kill Bill (2003) est le film à regarder si vous êtes seul.es le 14 février, ou si vous êtes en couple mais que vous avez réussi à rester fun ! L’histoire est simple : La Mariée se réveille après quatre ans de coma avec une seule idée en tête : tuer Bill et son entourage.
On oublie les sentiments, ici on parle de vengeance pure. Nous sommes loin d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind, à essayer d’effacer des souvenirs. Les souvenirs, on les garde, mais on efface l’ex de la surface de la Terre. Le katana remplace le bouquet de fleurs dans un exutoire total. On se concentre sur la vengeance pure. Le 14 février, si vous voulez vous faire une soirée vengeance avec 1 kilo de popcorns, lancez aussi le film japonais Lady Snowblood (1973), l’une des plus grosses inspirations de Tarantino !
La Revanche d’une blonde (2001)
Parfois, la meilleure des vengeances, c’est le succès. Du moins, c’est ce que prouve La Revanche d’une blonde (2001), loin de la comédie romantique classique. Quand Elle Woods (l’incroyable Reese Witherspoon), une bimbo au cœur d’or, se fait larguer par un snob la trouvant trop « légère » pour sa future carrière politique, elle décide de ne pas subir. Elle intègre Harvard, son chihuahua sous le bras, et montre qu’elle est très bien toute seule.
C’est un beau doigt d’honneur à l’idée que les femmes ont besoin d’un homme pour exister, et un poing levé pour les femmes indépendantes. Au final, c’est un film qui fait du bien, qui ne prend pas la tête, avec un message clair et limpide. C’est réellement l'œuvre parfaite pour un coup de boost si vous avez le blues de la Saint-Valentin en solo. Ici, nous sommes sur la version soft et girl boss de Kill Bill. Si vous voulez rester dans la femme en talons qui gravit les échelons comme une queen, alors Le Diable s’habille en Prada (2006) est évidemment un incontournable.
The Lobster (2015)
Yórgos Lánthimos nous plonge dans une dystopie absurde où le célibat est littéralement un crime contre la société. Dans The Lobster (2015), les célibataires sont arrêtés et transférés dans un hôtel où ils ont 45 jours pour trouver l’âme sœur parmi les autres résidents. Celles et ceux qui échouent sont transformés en animal (!) de leur choix avant d’être relâchés dans la nature.
C’est un très beau pied de nez à une société qui nous incite à nous mettre en couple à tout prix, même si c’est pour aller droit dans le mur et finir par un divorce. The Lobster démontre d’une manière totalement absurde que l’amour forcé est impossible. Le film parfait pour conclure cette liste puisqu’il pourrait être sous-titré « vaut mieux être seul que mal accompagné » (ou « vaut mieux être un homard que mal accompagné »). Colin Farrell est incroyable dans ce film et arrive, comme souvent, à mettre de l’absurde dans le drame, et du drôle dans le triste.


















































































































