
Mungiu, Coppola, les Dardenne... Qui sont les 10 réalisateurs double Palme d'Or à Cannes ?
Alors que la cérémonie de clôture de la 79ème édition du Festival de Cannes s'est tenue ce samedi sur la Croisette, le palmarès s'est révélé relativement modeste en termes de bruit médiatique. Le plus grand événement cinématographique d'Europe a néanmoins marqué un nouveau tournant dans son histoire : le Jury, présidé cette année par le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook, a choisi de décerner la prestigieuse Palme d'Or à Fjord (2026) de Cristian Mungiu.
Une deuxième Palme… et un record
Le cinéaste roumain avait déjà été récompensé par cette distinction suprême en 2007 pour son chef-d'œuvre 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Grâce à cette nouvelle victoire, il fait désormais partie du cercle très privilégié des réalisateurs doublement palmés, que l'on appelait le « Club des 9 » avant son entrée. Mungiu devient ainsi le tout nouveau membre de ce club exclusif, succédant à Ruben Östlund. Il établit au passage un record historique : il est désormais le cinéaste dont l'intervalle de temps entre deux victoires est le plus long de l'histoire du festival, avec de dix-neuf ans d'écart.
Et vous, connaissez-vous les autres réalisateurs qui ont eu la chance de ramener chez eux le trophée le plus célèbre du cinéma d'art et d'essai ? Pas de panique, je vous dis tout sur l'histoire de ce fameux club et sur ces cinéastes qui ont marqué à jamais l'histoire de la Croisette !

Fjord, Palme d'Or 2026
Quels cinéastes font partie du Club des 10 ?
En réalité, le premier réalisateur à remporter à deux reprises la plus haute récompense du Festival de Cannes fut Alf Sjöberg, pour Tourments (1946), puis pour Mademoiselle Julie (1951). Toutefois, cette distinction s’appelait encore le Grand Prix jusqu’en 1955. Sjöberg constitue donc un cas particulier, puisqu’il n’a pas reçu de Palme d’Or à proprement parler. Officiellement, le premier cinéaste à avoir remporté deux Palmes d’Or est donc le maître du cinéma américain Francis Ford Coppola, récompensé d’abord pour son thriller en huis clos Conversation secrète (1974), puis pour son chef-d’œuvre épique et tumultueux Apocalypse Now (1979).
Durant les années 1980, Coppola demeure le seul membre de ce cercle très restreint. Ce n’est qu’à partir des années 1990 que celui-ci commence à s’agrandir : d’abord avec Bille August, qui remporte sa deuxième Palme après Pelle le Conquérant (1988) grâce à Les Meilleures Intentions (1992), puis avec Emir Kusturica (Papa est en voyage d’affaires, 1985 et Underground, 1995) et Shōhei Imamura (La Ballade de Narayama en 1983 et L’Anguille en 1997).
Pourtant, les noms de Kusturica, August et Imamura sont aujourd’hui moins souvent évoqués que ceux des cinéastes ayant décroché leur deuxième Palme d’or dans les années 2000 et 2010, notamment parce qu’ils sont toujours actifs et continuent de réaliser des films. C’est le cas des frères Dardenne (Rosetta en 1999 et L’Enfant en 2005), de Michael Haneke (Le Ruban blanc en 2009 et Amour en 2012), de Ken Loach (Le Vent se lève en 2006 et Moi, Daniel Blake en 2016) ainsi que de Ruben Östlund (The Square en 2017 et Sans filtre en 2022).
Pourquoi les deuxièmes Palmes sont-elles souvent contestées ?
Le raisonnement derrière ce mécontentement est en réalité assez simple. Aux yeux des cinéphiles, un lauréat de la Palme d’Or est un cinéaste dont la virtuosité et le talent sont déjà légitimes et célébrés. Pour mériter une seconde récompense, son nouveau long métrage doit artistiquement dépasser -ou du moins égaler- le chef-d’œuvre qui l'a révélé. Or, les réalisateurs du cinéma d’art et d’essai se caractérisent souvent par un style unique qui traverse toute leur filmographie, porté par des thèmes et des choix esthétiques récurrents. Cette fidélité à leur propre univers rend l'ambition de se renouveler ou de surprendre extrêmement complexe.
C’est précisément en raison de cette exigence que la deuxième récompense accordée à Ruben Östlund a été vivement critiquée. Le même cas de figure s’est appliqué aux frères Dardenne. Comme l’œuvre des deux cinéastes belges suit les mêmes principes esthétiques (réalisme social, caméra à l'épaule) depuis le début de leur carrière, la critique leur reproche souvent de ne pas révolutionner leur propre cinéma, rendant ainsi leurs victoires successives moins spectaculaires ou justifiées aux yeux du grand public.

Anatomie d'une chute, Palme d'Or 2023
Où sont les réalisatrices ?
Comme dans bien d’autres domaines du cinéma, l’absence de réalisatrices dans ce cercle ne devrait pas vous surprendre. En effet, au cours des 79 éditions du Festival de Cannes, seules trois femmes sont parvenues à décrocher la Palme : Jane Campion (La Leçon de Piano, 1993), Julia Ducournau (Titane, 2021) et Justine Triet (Anatomie d’une chute, 2023). À l’heure actuelle, espérer une parité au sein de ce cercle relève encore du rêve lointain ; on peut seulement souhaiter qu’une première présence féminine fasse bientôt son entrée dans ce Gentlemen’s Club. La perspective d’une deuxième Palme pour une réalisatrice semble toutefois plus réaliste du côté de Triet ou de Ducournau, le dernier film de Campion ayant été présenté à la Mostra de Venise plutôt qu’à Cannes. On ignore si elle reviendra un jour sur la Croisette, mais le retour de Triet et de Ducournau ne devrait certainement pas tarder.
Triple Palme d’or : quels cinéastes ont le plus de chances d’y parvenir ?
La deuxième Palme faisant déjà autant de bruit, il est difficile d’imaginer le buzz médiatique qu’un lauréat d’une triple Palme d’or provoquerait ! L’idée de récompenser un cinéaste par une troisième Palme d’Or reste toutefois dans les limites du possible. Parmi les membres de ce club, les réalisateurs ayant le plus de chances d’y parvenir sont Ruben Östlund et les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne, voire Cristian Mungiu lui-même. En raison de leur âge, il paraît en revanche peu probable que ce triple honneur soit atteint par Ken Loach ou Michael Haneke -ce dernier n’ayant d’ailleurs pas réalisé de film depuis 2018. Emir Kusturica constitue également un candidat potentiel, mais son cinéma a depuis longtemps perdu de son éclat, ce qui en fait une possibilité infime, à moins qu’il ne fasse un retour inattendu. Au final, Östlund est sans doute celui qui est le plus proche d’une triple Palme. Cependant, on ne sait pas si cela se fera avec The Entertainment System Is Down, le nouveau film tant attendu du cinéaste, qui a été écarté de la compétition cannoise et dont la sortie en festival ou en salles reste inconnue.



















































