
Mandalorian est le cow-boy de l'espace parfait... et c'est grâce à John Wayne !
C’est un interdit fondamental du credo mandalorien : ne jamais retirer son casque, encore moins devant des ennemis. Dès lors, comment donner une vie et une incarnation à un héros -ou plutôt un anti-héros- issu de cette culture mystérieuse et guerrière entre-aperçue avec Boba Fett puis Jango Fett dans les films pour lancer la toute première série live-action Star Wars ? Quand il développe The Mandalorian (2019-2023) pour Lucasfilm et Disney+, Jon Favreau a l’idée géniale de séparer la voix et le corps, et de les réunir par la magie du montage et de la post-production.
La voix sera celle de Pedro Pascal, qui s’autorise quelques entorses au credo en dévoilant son visage au cours de rares scènes dans la série et une séquence centrale dans le film The Mandalorian & Grogu (2026), quand le chasseur de primes est jeté en pâture à un serpent-dragon par les Hutts. Le corps, ce sera celui d’un certain Brendan Wayne, un acteur passé par les bancs de l'USC et diplômé de l’American Academy of Dramatic Arts. Wayne ? Comme… John Wayne !

Le petit-fils de John Wayne sous l’armure
Quand on pense « cowboy de cinéma », trois noms viennent en tête : Gary Cooper, Clint Eastwood et John Wayne. John Wayne est une légende du genre, et une icône hollywoodienne. Au cours de sa carrière étalée sur cinq décennies, de ses débuts (La Piste des géants, 1930) à son dernier rôle (Le Dernier des géants, 1976), « The Duke » tourne une centaine de westerns parmi lesquels La Chevauchée fantastique (1939), La Rivière rouge (1948), Rio Grande (1950), Rio Bravo (1956), La Prisonnière du désert (1956), Alamo (1960), L'Homme qui tua Liberty Valance (1962) ou Cent dollars pour un shérif (1968). Des monuments du genre, qui font de ce colosse de 1m93 une silhouette immédiatement identifiable sous un stetson.
C’est justement en s’inspirant de son illustre grand-père que Brendan Wayne a su donner un corps et un body language à Din Djarin, alias The Mandalorian. « Durant mon audition, j'ai remarqué qu'ils recherchaient une ambiance très western », explique t-il à Vulture. « Alors j'ai ralenti le rythme de mes mouvements. Toutes mes démarches, absolument tout. C'est une question de gainage. (...) Mon grand-père était si gracieux, malgré son mètre quatre-vingt-quinze et ses 118 kilos, et c'était grâce à sa force. Cela lui permettait de se mouvoir d'une certaine manière. De plus, il avait de tout petits pieds. Il mesurait un mètre quatre-vingt-quinze et ses pieds étaient aussi grands que les miens, c'est-à-dire une pointure 44. Il marchait donc sur la pointe des pieds, comme un danseur. J'ai imité ce geste. C'était vraiment amusant de trouver ce rythme. »
Dans les colonnes de Variety, il ajoute : « Vous voyez les angles quand il est assis, le buste penché ? Il y a une raison pour laquelle les gens disent : ‘On dirait John Wayne.’ C’est parce que c’est moi. C’est ma posture naturelle au repos. (...) J'adore les westerns. J'adore le code des cowboys. Ma mère exigeait qu'il fasse partie intégrante de ma vie. J'ai souvent échoué à le respecter, mais j'ai toujours aspiré à cette idée : ‘Si je réussis, nous réussissons tous. Ce n'est jamais moi, c'est toujours nous.’ C'est ainsi que j'ai été élevé, avec aussi cette idée d'individualisme farouche. J'ai un avis très différent du vôtre, et c'est normal que vous ne soyez pas d'accord avec moi. Mais je suis assez intelligent pour comprendre pourquoi je crois en ce en quoi je crois. Le plus drôle, c'est que tout cela a influencé Mando, car dès le premier jour, sa démarche consiste à essayer de comprendre pourquoi il croit en ce credo. »

« Oh mon Dieu, c'est Boba Fett ! »
Quand il est approché par les équipes de Jon Favreau pour le rôle, en 2018, Brendan Wayne ne sait de quoi il s’agit. On le convoque pour un essai-costume très mystérieux. « L'atmosphère était différente de celle des essayages ou des auditions habituelles. C'était bizarre. Ils ont ouvert un carton, je l'ai regardé et j'ai dit : ‘Oh mon Dieu, c'est Boba Fett !’ Et ils ont tous répondu : ‘Non, ce n'est pas Boba Fett ! Il est mort !’ Et j'ai insisté : ‘Si, c'est bien Boba Fett, mais je ne le dirai à personne.’ Et ils ont rétorqué : ‘Ce n'est PAS lui.’ Ils étaient vraiment furieux contre moi. (...) Je l'ai ensuite essayé et, bizarrement, il m'allait, même s'il avait été conçu, je crois, pour une personne d'une taille différente. Ils ont commencé à me prendre en photo devant un fond bleu, et je me suis dit : ‘C'est beaucoup d'efforts pour un simple essayage !’ »
Quand on le rappelle, deux semaines plus tard, c’est pour prolonger ce premier contact avec le casque. Cette fois en mouvement. Écoutant son intuition, Brendan Wayne achète, en amont, un casque de Boba Fett pour travailler sa démarche et sa gestuelle. Il pressent que le body-language sera essentiel pour ce projet top secret. « Quand ils m’ont regardé faire mon essai, ils se sont dits : ‘Ce type est plutôt gracieux pour quelqu'un qui vient juste d'enfiler ça.’ » Confiant dans sa proposition, le comédien se permet même, lors de ce deuxième round, de commenter la taille du fusil-blaster ou la manière dont l’arme doit être accrochée dans son dos pour faciliter le moment où il dégaine. « Je parlais comme si c'était mon costume. » Très vite, ce sera le cas.
Sous le casque de Mando
Engagé sur le projet, Brendan Wayne retrouve Jon Favreau, pour qui il avait déjà tourné sur Cowboys & Envahisseurs (2011) dans un petit rôle. C’est le tournant de la carrière de cet immense fan de Star Wars (et spécifiquement de Boba Fett !), qui avait enchaîné jusque-là les petites apparitions dans quelques films (S.W.A.T., Fast & Furious 4) et séries (Les Agents du S.H.I.E.L.D., Sons of Anarchy). Même si la promotion met en avant Pedro Pascal, c’est bien Brendan Wayne qui tourne une grande partie des scènes sous l’armure en beskar. Il est présent sur tous les épisodes des trois saisons, apportant au personnage une densité émotionnelle palpable malgré l’absence de visage. Dans les attitudes de Mando, il y a le poids d’un credo, une certaine assurance mêlée de nonchalance, une ligne de conduite inflexible et un attachement à Grogu. Il fallait que tout cela traverse le costume : « apprendre à rayonner plutôt qu'à montrer », comme l’explique le comédien au micro de Vulture.
« Jon Favreau a été formidable, car il m'a appris énormément de choses sur les mouvements de la tête. Si je ne fais pas attention, surtout avec ce costume, j'ai l'air d'une figurine à tête mobile. Jon m'a donc expliqué l'importance d'un regard lent, d'un regard rapide et d'un regard vague. » Brendan Wayne n’est pas qu’un corps, il donne vie à ce anti-héros mutique, au point de terminer en larme le tournage de l’épisode Sanctuary (S1E4) et ce moment-charnière où le flingueur se voit offrir une autre vie aux côtés de Omera (Julia Jones). Et finalement, c’est sa performance qui infuse dans le jeu de Pedro Pascal, qui doit adopter sa démarche et s’ajuster au langage corporel établi par Brendan Wayne pour que l’illusion soit parfaite quand Mando retire son casque. Mais si, à l’écran, c’est impossible pour le spectateur de faire la différence, Brendan Wayne sait quand c’est « son » mandalorien qui opère. Ses enfants aussi !
Sa présence sous l’armure de 28 kilos -avec d’autres doublures cascades dont Lateef Crowder- a été éventée dès la première saison. Ce qui aurait pu être camouflé par Lucasfilm a, au contraire, été assumé, comme en témoigne l’apparition de leurs noms dans le générique qui ouvre The Mandalorian & Grogu, dans un cadre d’habitude réservé aux stars. C’était la meilleure chose à faire : embrasser le fait que que le cinéma est un art collectif, et que plusieurs talents contribuent à créer des figures iconiques. C’est encore plus vrai pour Star Wars. Après tout, n’a t-il pas fallu les talents conjugués de David Prowse, James Earl Jones, Sebastian Shaw, Bob Anderson, Hayden Christensen, Spencer Wilding ou Daniel Naprous pour donner vie à Dark Vador ?

















