Pedro Almodovar : les 5 films incontournables du réalisateur d’Autofiction

Pedro Almodovar : les 5 films incontournables du réalisateur d’Autofiction

Öykü Sofuoğlu
Öykü Sofuoğlu

Publié le 21 mai 2026

Mis à jour le 21 mai 2026

Alors que Pedro Almodóvar a monté les marches du Grand Théâtre Lumière sur la Croisette avec Autofiction (2026), ce nouveau film sort en même temps dans les salles françaises, pour le plus grand plaisir des cinéphiles qui se pressent de découvrir les œuvres sélectionnées à la 79ème édition du Festival de Cannes. Avant la sortie de ce film, les spectateurs de la région parisienne ont également eu de quoi se régaler, puisque le Centre Pompidou lui a consacré une rétrospective qui s’achèvera le 26 mai.

Les réactions du public devant Autofiction ne manquaient certainement pas d’enthousiasme. Grand maître du cinéma, connu surtout pour ses mélodrames centrés sur les femmes, Almodóvar semble orienter son œuvre vers un territoire plus méta-textuel : à chaque nouveau film, il revient sur ses propres pas afin d’explorer ses visions artistiques et personnelles, qui puisent souvent dans son cercle le plus intime. À l’occasion de cette sortie, j’ai décidé de proposer un top 5, selon mes préférences personnelles, pour les lecteurs et lectrices qui ne seraient pas familier.es avec son univers esthétique mais qui sont prêt.es à se lancer dans une exploration des désirs, des émotions et des couleurs. ¡Vamos!

Pour celles et ceux qui connaissent Pedro Almodóvar à travers ses mélodrames émotionnels hauts en couleurs, peuplés de personnages passionnels piégés par leurs désirs, La Piel que habito (2011) pourrait faire l’effet d’une douche froide. Le film adopte en effet une tonalité assez éloignée de la vision artistique qu’on lui associe généralement, d’où sa place dans cette liste. Rappelant surtout Les Yeux sans visage (1960) de Georges Franju, mais souvent analysé en parallèle avec des œuvres plus récentes du body horror, cet opus d’Almodóvar livre un récit dense et tendu dont les révélations se dévoilent progressivement.

Afin de ne pas gâcher les chocs que le film vous réserve, je me contenterai de dire qu’il suit un chirurgien plasticien qui mène des expériences sur une jeune femme, Vera Cruz, afin de perfectionner la peau artificielle qu’il lui a greffée. Le chirurgien est incarné par Antonio Banderas dans un rôle devenu iconique, qui a également marqué son retour dans la filmographie du cinéaste après près de vingt ans d’absence. La Piel que habito est avant tout un film dont la violence ainsi que les questions controversées liées au consentement et à l’identité frappent durablement le spectateur. Je ne le recommande donc que si vous êtes prêt.es à être profondément perturbé.es par certaines de ses scènes.

Le cinéaste espagnol n’a jamais hésité à aborder ses propres expériences personnelles à travers ses films. Là où ce thème devient encore plus central dans des œuvres comme Douleur et Gloire (2019) ou encore, selon les premières critiques, Autofiction, on en trouve l’un des premiers exemples dans La Mauvaise Éducation (2004). Le réalisateur tourne le film à une époque où son cinéma était davantage associé aux portraits féminins, et La Mauvaise Éducation marque un retour vers un terrain plus personnel, centré sur la sexualité masculine et le désir queer.

Le film se déroule à Madrid dans les années 1980 et met en scène Enrique Goded, un cinéaste renommé qui reçoit la visite de son ami d’enfance Ignacio. Ce dernier apporte à Enrique un récit autobiographique sur leur passé commun, et Enrique décide de l’adapter au cinéma, mais progressivement, les identités et la réalité de ces expériences commencent à se dévoiler. En utilisant les codes du film noir, le réalisateur s’intéresse ici aux notions de fabrication de l’identité, d’imposture ainsi qu’aux abus sexuels. Même à travers ces sujets sombres et violents, Almodóvar réussit à capturer le rôle que le récit peut jouer dans la sublimation des traumatismes par l’art -un thème clé qui traverse presque toute sa filmographie.

Personnellement, les films anarchiques des années 1980 de Pedro Almodóvar marquent la période que j’aime le plus dans son cinéma, et Femmes au bord de la crise de nerfs (1988) apparaît comme une sorte de culmination de ses prédilections esthétiques et narratives. Adaptation libre de La Voix humaine de Jean Cocteau, que le cinéaste revisitera trente ans plus tard dans son moyen métrage éponyme avec Tilda Swinton, Femmes au bord de la crise de nerfs réunit ses collaborateurs les plus fidèles (Carmen Maura, Antonio Banderas, Rossy de Palma, Julieta Serrano) qui, par leur énergie débordante et leurs performances inoubliables, prouvent combien les acteurs sont indispensables à Almodóvar pour concevoir son univers idiosyncratique.

Révélant le cinéaste au public international à travers de nombreuses nominations, ce film choral met en scène plusieurs personnages féminins -chacune très passionnée et à la limite de la crise émotionnelle- au centre desquels se trouve Pepa, qui traverse une rupture avec son amoureux Iván. Se déroulant dans une atmosphère de huis clos et dans un temps relativement resserré, Femmes au bord de la crise de nerfs démontre le talent du cinéaste pour créer des situations extrêmement comiques et chorégraphiées à travers des dialogues intelligents et interprétés par des comédiennes très douées pour exprimer les singularités de leurs personnages respectifs, même dans un récit condensé. Si cette période dans l'œuvre du cinéaste vous intéresse, je vous invite également à découvrir Matador (1986) et La Loi du désir (1987) sans tarder !

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Parle avec elle

Pedro Almodóvar a toujours été un cinéaste dont les films dialoguaient avec d’autres artistes qui ont influencé son œuvre, mais Parle avec elle (2002) marque, à cet égard, un tournant car on voit clairement que ses références textuelles (voire méta-textuelles) deviennent beaucoup plus raffinées et traitées avec davantage de profondeur. La séquence d’ouverture, dans laquelle on retrouve une représentation de Café Müller de la chorégraphe Pina Bausch, en est certainement l’exemple le plus saisissant. Parle avec elle solidifie également la période plus mature et maîtrisée de son œuvre, dont les premiers signes apparaissaient déjà avec Tout sur ma mère (1999). Le film livre un récit mélodramatique à deux courants parallèles autour de deux hommes, Benigno et Marco. Benigno est un infirmier qui s’occupe d’une danseuse dans le coma, tandis que Marco est un journaliste qui prend soin de Lydia, une torera dont l’histoire l’intéresse particulièrement. 

Les récits en miroir, où les chemins de personnages dans des situations similaires se croisent, rappellent en quelque sorte Madres paralelas (2021), un film plus récent du cinéaste, mais ici le poids émotionnel est beaucoup plus lourd, là où le second penche davantage vers le registre mélodramatique. Parle avec elle aborde, non sans controverse, les formes les plus extrêmes de l’amour : l’obsession, la dévotion et les limites des gestes d’affection et de soin. Prendre des sujets en apparence « innocents » et les pousser à l’extrême pour mettre en question leurs effets sur les relations amoureuses et familiales est un geste typiquement almodovarien, et ce film multi récompensé figure, à coup sûr, parmi ses réussites les plus accomplies.

Si Madres paralelas fait écho à Parle avec elle par sa structure, ce film appartenant à la période tardive du cinéaste trouve davantage sa source d’inspiration, en ce qui concerne les thèmes de la transmission et de la filiation entre figures féminines, dans Tout sur ma mère (1999), véritable chef-d’œuvre d’Almodóvar à bien des égards. Le film exemplifie le versant dit féminin de sa filmographie, aux côtés d’œuvres comme Volver (2006) et Julieta (2016). Comme de nombreux opus de sa carrière, Tout sur ma mère s’empare de références cinématographiques, en l’occurrence très explicitement d’Ève (1950) de Joseph L. Mankiewicz.

Au cœur du récit, une infirmière perd son fils, Esteban, dans un accident de voiture. Submergée par son deuil, elle décide de se rendre à Barcelone pour retrouver le père de son enfant — désormais une femme trans nommée Lola, qui ignore jusqu’à l’existence même de celui-ci. À Barcelone, son chemin croise celui de plusieurs femmes : une actrice, une religieuse et une autre femme trans. Almodóvar s’intéresse ainsi aux relations qui se tissent entre elles, ainsi qu’aux expériences et aux émotions qu’elles partagent. Porté par un casting composé d’actrices exceptionnelles, Tout sur ma mère se distingue également comme le film où le réalisateur déploie avec le plus de virtuosité ses obsessions formelles pour les formes géométriques et les couleurs somptueuses.

À propos de cette liste

Titres

5

Coût total de visionnage

10,98 €

Durée totale

8h 46min

Genres

Drame, Réalisé en Europe, Comédie

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