
The Boys, la fin de la série expliquée : Homelander survit-il ?
Sept ans après le début de la guerre entre les Supes de Homelander et la bande de Billy Butcher, la série The Boys (2019-2026) a livré son dernier round aux abonné.es Prime Video. Il y a eu de la violence et du sang -comme toujours dans le show-, il y a eu de vrais moments d’émotion et il y a eu un vrai sentiment de justice. Même fictionnel, cela fait du bien par les temps qui courent. Pour JustWatch, je vous résume tout ce qu’il faut savoir de ce quarantième et dernier épisode. Avec, évidemment, beaucoup de spoilers.
Les Boys ont-ils battu Homelander ?
Depuis le début de la série, c'était évidemment LA grande attente des aficionados du Vought-Universe : le tout-puissant Homelander allait-il enfin être mis à Terre ? Ce moment tant attendu est arrivé, et de la meilleure manière qui soit. Alors qu’il prend la parole en direct depuis le Bureau Ovale, en s’autoproclamant nouveau Dieu disposé à couvrir ses ouailles de lait et de miel et à éradiquer les non-croyants infidèles (détectés grâce à des médiums répartis dans le pays), le super-héros tyrannique voit son discours interrompu par Butcher et Kimiko. Durant ce combat à mort et en direct, auquel se joint Ryan en renfort inattendu contre son super de père, Homelander est finalement maîtrisé et privé de ses pouvoirs. Et c’est là que la justice opère.
Sans ses capacités, il n’est plus qu’un pleutre en costume, et on prend un plaisir presque sadique à voir Butcher (Karl Urban) le rouer de coups, alors que l’ex-futur Dieu, désormais simple mortel au visage ensanglanté, demande grâce en s’abaissant à des propositions pitoyables que la décence m’interdit d’écrire ici. Antony Starr est aussi génialement détestable dans cette posture que du temps de sa superbe, et après l'avoir vu faire tant de mal, c'est vraiment cathartique de le voir ramper ainsi. Le coup de grâce est porté avec un pied de biche, enfoncé dans son visage pour mieux déboiter son crâne. Homelander est mort, et on retrouvera difficilement un méchant aussi réussi. « C’était vraiment important pour nous que Homelander connaisse au moins un moment d'impuissance », a expliqué le showrunner Eric Kripke à Deadline.

« On m'a souvent demandé : ‘Pourquoi ne pas l'envoyer se débrouiller seul ? Ce serait la punition ultime, non ?’ Je répondais : ‘Si, jusqu'à ce qu'il mette la main sur du Composé V, et là, on revient à la case départ.’ Donc, il ne peut pas sortir vivant de cette pièce, mais on peut passer du temps avec lui impuissant pour vraiment révéler ce que tout le monde dit depuis le début de la saison : ‘Sans tes pouvoirs, tu n'es rien.’ Et il est tellement lâche, il pleurniche, il est pathétique, comme la plupart des hommes forts quand on leur retire leurs pouvoirs et qu'ils sont confrontés à une mort imminente. Ils font rarement preuve de courage. »
Un plan particulièrement savoureux -et très méta- illustre cette impuissance et le désarroi de celui qui était tout et n’est plus rien : après avoir constaté que ses yeux-laser ne répondaient plus, Homelander tente de s’envoler… et échoue lamentablement, ne livrant qu’un petit saut minable, pathétiquement humain. « C'était tellement satisfaisant quand il fait ce ‘saut du saumon’ – c'est comme ça qu'on l'appelle –, quand il essaie de décoller », se souvient le showrunner. « C'est même une petite blague entre nous, parce que c'est comme ça qu'il a toujours l'air sur le plateau quand on le filme en train de s'envoler. C'était donc tellement génial de pouvoir enfin le montrer à l'écran sans que les effets spéciaux numériques ne prennent le dessus, comme on l'avait toujours fait jusqu'ici. C'était vraiment libérateur après toutes ces années. »
Qui d’autre meurt ?
A la fin de l’épisode 7, j’avais pris conscience qu’il restait tout même beaucoup d’arcs à terminer et de personnages à servir. J’avais dès lors peur que cet ultime chapitre n’ait pas le temps de bien conclure la série. Et clairement, il se passe BEAUCOUP de choses dans ce huitième segment de la saison 5 très rythmé, et même si c’est peut-être un peu rapide, la plupart des réponses et dénouements sont apportés.
Du côté des défunts, la justice scénaristique a fait son office, puisque L’Homme Poisson / The Deep (Chace Crawford) meurt lors de son affrontement avec Starlight (Erin Moriarty) : repoussé vers l'océan par les pouvoirs de l’héroïne, il est rapidement entouré de créatures marines revanchardes et mis à mort par un poulpe géant, le coup fatal -un tentacule à travers la bouche- rappelant l’agression sexuelle qu’il avait commise sur Starlight au tout début de la série. Justice également pour Oh Father (Daveed Diggs), qui meurt la tête explosée par son pouvoir et son vice, en l'occurrence sa super-voix bloquée par un bâillon-boule BDSM indestructible. Enfin, Butcher fait aussi partie des victimes de cet épisode, dans un final très proche de celui des comics, même s’il est moins sombre et plus émouvant.
Débarrassé de ses pouvoirs, débarrassé de Homelander, débarrassé de sa vengeance, Butcher rêve de reprendre une vie normale avec Ryan. Quand celui-ci le repousse et que Butcher découvre par ailleurs son fidèle chien sans vie, il perd toute raison de vivre et retombe dans son nihilisme, et décide de lâcher le virus dans le système de distribution d’eau, avec à la clé une pandémie susceptible de tuer des millions de personnes. Il est arrêté par Hughie (Jack Quaid), qui se retrouve contraint d’abattre son mentor et grand frère d’adoption. Les adieux des deux hommes sont dès lors très émouvants, car c’était là tout le cœur de la série pour Eric Kripke, qui avait cette conclusion en tête depuis sept ans.
« C'était à peu près la seule chose que nous savions que nous allions faire depuis le tout début », confesse t-il dans son interview à Deadline. « Tout le monde se focalise sur le duel Butcher contre Homelander, mais nous avons posé les bases de la relation entre Hughie et Butcher, de la nature de cette relation et des raisons pour lesquelles Butcher l'a intégré à l'équipe. L'un des points positifs de Butcher, c'est qu'il est conscient d'être un sociopathe sans conscience et qu'il fait donc appel à une conscience extérieure. Depuis le début, l'objectif de Hughie est d'être son petit frère et de l'arrêter lorsqu'il franchira la ligne rouge. C'est pourquoi, pour moi, cette scène est l'une de mes préférées de l'épisode et de la saison. Du point de vue des scénaristes, c'était extrêmement satisfaisant de nouer les fils narratifs que nous avons tissés pendant sept ans. Leur relation représente véritablement le cœur émotionnel de la série, à bien des égards, et c'était très gratifiant de pouvoir enfin conclure cette histoire. »
Et qui survit ?
Le reste de la bande est donc épargné par ce final, contrairement aux comics (j’y reviens un peu plus tard). Hughie et Starlight terminent en couple heureux, bientôt parents d’une petite Robin (le prénom de la compagne de Hughie tuée par A-Train dans le premier épisode), lui gérant d’une société de matériel vidéo, elle continuant à assurer son rôle de super-héroïne pour sauver les innocents. La Crème / Mother Milk (Laz Alonso) se remarie avec son ex-femme et adopte Ryan. Sister Sage (Susan Heyward), privée de ses pouvoirs et de son intelligence supérieure, part vivre sa meilleure vie avec un cerveau plus du tout en ébullition et l’envie de découvrir le monde Harry Potter des parcs d’attractions Universal. Ashley (Colby Minifie), après un choix courageux où elle sauve les Boys d’une embuscade, est destituée de sa Présidence. Les jeunes Supes de la série Gen V sont envoyés au Canada sans réel impact sur ce final, laissant beaucoup de fans un peu amers du traitement des personnages. Et Kimiko (Karen Fukuhara) honore sa promesse faite à Frenchie (Tomer Capone lui apparaît d’ailleurs dans ce final, pour l'aider à lâcher son pouvoir façon Le Cinquième Élément) en allant déguster des madeleines dans un café français.

« C’est cette idée que je défends depuis le début : je vois cette série comme porteuse d’espoir, mais elle n’est pas sans souffrance, sans sacrifices et sans échecs. » confie Eric Kripke à Variety. « Rien ne sera jamais parfait. Il y a toujours des super-héros en liberté, Annie a des nausées et se dispute avec sa mère, mais quand les familles s’unissent, l’espoir renaît et le bonheur est possible. » Cette absence de réel happy-end, que je trouve personnellement très appréciable, donne une tonalité finalement réaliste à ce final. Comme le dit le showrunner, les super-héros sont toujours nombreux. Et comme le prophétise Butcher lors de son face à face avec Hughie, il y aura inévitablement un nouveau Homelander pour prendre la place. N’oublions pas, d’ailleurs, que Soldier Boy (Jensen Ackles) repose toujours dans son caisson cryogénique, et que Stan Edgar (Giancarlo Esposito) a repris la direction de Vought… De quoi laisser entendre que la série prequel Vought Rising naviguera entre passé (une intrigue dans les années 50) et présent ? « No comment » du côté de Kripke… et réponses en 2027.
Quelles sont les grandes différences avec le comics ?
Il me semble important de terminer ce décryptage sur un comparatif, car la version série de The Boys aura pu décontenancer -pour ne pas dire décevoir- les lecteurs des comics de Garth Ennis et Darick Robertson. Le show a en effet suivi ses propres chemins scénaristiques à partir de l’univers posé par l’oeuvre originale, et sans détailler l’intégralité des choix narratifs opérés par Eric Kripke et son équipe, il est vrai que le final est très différent -et bien moins sombre et déviant- des cases de la bande dessinée.

Dans la version papier de The Boys (disponible aux éditions Panini Comics), on découvre en effet que Black Noir était en réalité un clone de Homelander, installé pour éliminer ce dernier s’il venait à vouloir s’émanciper de Vought. Devenu fou en attendant une mission qui ne se déclenchait jamais, Black Noir a alors perpétré des horreurs (dont le viol de la femme de Butcher) avec le costume de Homelander, qui n’est donc pas aussi monstrueux que dans la série (tout en étant quand même largement problématique). Après que Black Noir ait éliminé Homelander, Butcher réussit à le tuer, là aussi avec un pied de biche.
Autre différence majeure, Butcher a dès le départ pour plan de lâcher le virus dans la nature. Il élimine alors sa propre bande (Mother-Milk, Frenchie, Kimiko) qui tente de l’arrêter, avant d’être tué par Hughie (qu’il pousse à bout en lui disant avoir tuer ses parents pour le manipuler). Dans cette histoire, il ne reste donc des Boys que Hughie qui tente de reconstruire une vie paisible et normale aux côtés de Starlight. On est donc loin de la lueur d’espoir apportée par la série. Et je crois que je préfère, finalement, la proposition d’Eric Kripke : ce plan de Kimiko -mon personnage préféré- goûtant des madeleines avec les yeux pétillants, c'est sans doute mieux qu'un final désespéré. Le monde a besoin d'espoir, d'amour... et de madeleines.

























