Je vous parle d’un temps que les moins de… 10 ans ne peuvent pas connaître ! C'est l’année 2016, dont les réseaux s’emparent pour en convoquer les souvenirs culturels, sociétaux et digitaux. A travers la tendance « 2026 est le nouveau 2016 / 2026 is the new 2016 », une vague nostalgique se souvient d’un web moins polarisé, moins monétisé, moins deepfakisé. Ce n'était pas parfait, mais c’était le bon temps.
Et côté cinéma, que nous offrait ce cru 2016 ? Que regardait-on il y a une décennie, dans un monde pré-COVID où le streaming n’était pas encore autant installé (mais où Stranger Things, Westworld, The Crown, This Is Us, Fleabag et Baron Noir nourrissaient déjà notre binge-watching), où Timothée Chalamet et Pedro Pascal n’étaient pas encore des icônes et où le snap inoubliable de Avengers : Endgame (2019) n’avait pas encore bouleversé le MCU ?
JustWatch remonte le temps pour dresser la liste des films incontournables de 2016, ceux qui résonnent encore dix ans plus tard ! Cette sélection, classée par ordre alphabétique et purement subjective, se base sur les dates de sortie françaises : certains films sortis fin 2016 aux Etats-Unis mais en 2017 en France -comme Moonlight ou La La Land- n’y figurent donc pas.
Captain America : Civil War (2016)
En convoquant Captain America, Iron Man, Black Widow, le Soldat de l'hiver, Falcon, Wanda Maximoff, Hawkeye, Ant-Man, War Machine et Vision et en introduisant Black Panther et Spider-Man, Civil War (2016) a de faux airs de Avengers 3 ! Adapté de l’un des arcs les plus appréciés des comics Marvel, cette nouvelle entrée du MCU adresse des thématiques majeures comme le contrôle des super-héros (déjà traité avec brio dans Watchmen - Les Gardiens), les dissensions idéologiques au sein d’un groupe que l’on pensait pourtant soudé, la loyauté, la responsabilité, la vengeance… Et il confirme que les frères Joe et Anthony Russo sont définitivement les réalisateurs parfaits pour Avengers: Infinity War (2018) et Avengers: Endgame (2019)... et le futur Avengers : Doomsday (2026). Face à la réussite insolente de Marvel (Civil War, Deadpool, Doctor Strange) en 2016, l’univers DC fait pâle figure avec Batman V Superman et Suicide Squad.
Creed : L'héritage de Rocky Balboa (2015)
Je me souviens encore de ma première vision de Rocky Balboa (2006) et de l’émotion sincère qui m’avait saisi devant le dernier round -je croyais du moins- de Sylvester Stallone. J’étais donc loin d’accueillir Creed : L'héritage de Rocky Balboa (2015) les bras grand ouverts. J’avais même sorti les gants pour tout dire. Ça, c’était avant de découvrir l’approche moderne du tandem Ryan Coogler / Michael B. Jordan (de Fruitvale Station à Sinners, on ne les arrête plus !), qui revisite le mythe avec le juste équilibre de respect et de prise de risque pour lancer une nouvelle saga (la trilogie autour d’Adonis, le fils d’Apollo Creed) au sein de la franchise Rocky. Désormais placé derrière les cordes, dans le rôle de l’entraîneur autrefois occupé par son cher Mickey (Burgess Meredith), Stallone trouve l’une de ses meilleures partitions. Grâce à elle, il retrouve le chemin des nominations aux Oscars, près de quarante ans après Rocky (1976).
Deadpool (2016)
Quand il débarque dans le monde -déjà- un peu formaté des films de super-héros, Deadpool (2016) est une proposition réjouissante. Un anti-super-justicier trash, drôle, qui brise le quatrième mur et qui a un regard méta sur sa propre existence et les productions du genre, c’est une bouffée d’air frais inattendue ! Sous le masque de l’inénarrable et increvable mutant, Ryan Reynolds s’éclate (il a porté le projet à bout de bras depuis ses débuts) et nous éclate. Je me souviens parfaitement de ma découverte du film, en train de pouffer et de me demander comment des exécutifs hollywoodiens avaient bien pu donner leur feu vert à un tel délire. Et ils ont eu raison puisque le long métrage est l’une des surprises de l’année au box-office avec des recettes estimées à 782 millions de dollars de recettes dans le monde pour un budget de… 58 millions de billets verts ! Personne n’y croyait et voilà que le « mercenaire à la grande bouche » devient un outsider des Avengers au sein de l’univers Marvel. Et ce alors qu’il n’a pas encore rejoint le MCU. Il finira par le faire dans Deadpool & Wolverine (2024) après le rachat de la Fox par Disney.
Demain tout commence (2016)
2016 est une très belle année pour Omar Sy. Omniprésent, le comédien français brille par son talent dans des œuvres très différentes : le biopic Chocolat (2016) qui retrace l’histoire du célèbre clown et premier artiste noir de la scène française ; les films d’animation Norm (2016) et Angry Birds (2016) en ours polaire et en oiseau énervé ; Inferno (2016), troisième volet des aventures de Robert Langdon / Tom Hanks ; et puis Demain tout commence (2016). Si le film d’Hugo Gélin a eu une telle résonance chez les spectateurs, avec plus de 3 millions d’entrées et des avis très positifs sur les sites de notation, c’est que la relation qui se noue entre un célibataires sans attaches et la petite fille qu’une ancienne conquête lui met dans les bras est bouleversante. Je défie quiconque de ne pas verser une larme (voire un torrent de pleurs) devant cette jolie histoire et le très beau trio père/fille/pote formé par Omar Sy, la jeune Gloria Colston et Antoine Bertrand. Comme sur Mon inconnue (2019), le réalisateur réunit ici le meilleur de la comédie française et de la comédie anglo-saxonne. Et on adore.
Dernier train pour Busan (2016)
Trois ans avant le triomphe mondial de Parasite (2019), le cinéma sud-coréen poursuit sa vague d’expansion de très belle façon dans les salles françaises avec Mademoiselle (2016) de Park Chan-Wook, The Strangers (2016) de Na Hong-jin et surtout Dernier train pour Busan (2016) de Joo-Suk Park. À l’heure où les zombies ont renoué avec leur lenteur « romérienne » avec la série The Walking Dead (2010-2022), c’est tellement bon de retrouver des infectés très rapides et très énervés ! Très flippants aussi, alors que cette invasion sanglante est vécue dans les wagons d’un train à grande vitesse en toute vers la ville de Busan, alors que la contamination gagne du terrain, rame après rame. Des zombies dans un train, sur le papier, ça peut ressembler à un nanar. A l’écran, c’est une réussite totale, qui offre des images spectaculaires sans jamais oublier l’émotion (un père distant qui tente de sauver sa fille) et un sous-texte socio-politique.
Five (2016)
Voilà déjà dix ans que la bande de Five (2016) a pris sa place dans toutes les listes de films de potes incontournables. Une bande où l’on croise notamment Pierre Niney et François Civil, qui ont fait beaucoup de chemin depuis en devenant deux visages majeurs du cinéma français, deux talents sur qui les projets se montent et les succès se font. Aux manettes de cette comédie générationnelle, il y a Igor Gotesman (qui retrouvera ses amis sur la série Fiasco pour Netflix, en 2024). Devant et derrière la caméra, il adapte son propre court métrage, l’histoire de cinq amis d'enfance qui réalisent leur rêve d'habiter en colocation : mais quand l’agent du loyer vient à manquer, l’un d’eux s'improvise dealer et les ennuis commencent… C’est frais, c’est drôle, c’est attachant, c’est rythmé, c’est juste. Five, c’est la rencontre entre Le Péril Jeune (1995) et L’Auberge espagnole (2002), où l’amitié n’est pas feinte, où les vannes fusent, où l’esprit choral n’oublie personne et où François Civil, dans le rôle du pote toujours à l’ouest, livre une performance lunaire et culte. Du feel-good potache, c’est un grand oui !
La Folle Histoire de Max et Léon (2016)
J’adore le Palmashow. A travers le format court Very Bad Blagues, le tandem formé par David Marsais et Grégoire Ludig a réussi à renouer avec l’esprit des groupes comiques et parodiques marquants (Les Nuls, Les Inconnus, Les Nous C Nous…) tout en y apportant une vraie modernité et des codes très actuels. Je ne me remets toujours pas de certains de leurs pastiches musicaux de Julien Doré ou Aya Nakamura, ni de la mécanique récurrente (et hilarante) autour des grands moments de solitude ! Quand, après quelques petits rôles au cinéma, ils font le grand saut avec La Folle Histoire de Max et Léon (2016), c’est un peu « ça passe ou ça casse »… Et ça fait plus que passer pour cette comédie sur fond de Seconde Guerre mondiale, sorte de version 2.0 de La Grande Vadrouille (sorti précisément quarante ans plus tôt) où ils campent deux amis glandeurs qui vont tout faire pour ne pas être impliqués dans le conflit. Devant la caméra de leur complice Jonathan Barré (Les Vedettes, 2022), les compères transforment l’essai avec talent, humour et succès (1,2 millions d’entrées).
Les Huit Salopards (2016)
L’année 2016 s’ouvre dans le blizzard tarantinesque des Huit Salopards, sorti le 6 janvier dans les salles françaises. Pour son huitième long métrage (si l’on compte les deux volumes de Kill Bill comme un seul et même film), Quentin Tarantino s’essaie au huis clos en enfermant huit personnages dans une auberge isolée au milieu des montagnes. L’un deux n’est toutefois pas celui qu’il prétend être, et durant 2h48mn, « QT » s’amuse entre tromperies, trahisons et faux semblants. Entre le western, le whodunit et le chef d’oeuvre The Thing de John Carpenter (à qui le film rend un hommage appuyé jusque dans la partition d’Ennio Morricone, d’ailleurs saluée par un Oscar), Les Huit Salopards (2016) illustre une nouvelle fois le talent du cinéaste pour les dialogues et la création de personnages iconiques, à qui Kurt Russell, Samuel L. Jackson, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Demián Bichir, Tim Roth, Michael Madsen et Bruce Dern donnent vie.
Merci Patron ! (2016)
Dans le genre « enquête journalistique », 2016 nous a offert le solide Spotlight (2015) de Tom McCarthy, récompensé par l’Oscar du Meilleur film pour sa plongée dans un scandale sexuel au sein de l’Eglise américaine mis en lumière par la rédaction du Boston Globe. Et puis, avec une approche radicalement différente, il y a l’étonnant documentaire Merci Patron ! (2016) dans lequel François Ruffin (créateur du journal Fakir devenu depuis député), tel un pied nickelé picard, se retrouve confronté aux méthodes de Bernard Arnault, l'homme le plus riche de France, alors qu’il essaie d’aider un couple dont l’usine va être délocalisée. Aussi vraie qu’improbable, cette histoire vertigineuse de petits David contre un Goliath du luxe a dépassé les 500 000 entrées en salles et remporté le César du Meilleur documentaire. Drôle, humain, engagé, malicieux, le film est une sorte de cousin français de Michael Moore, un peu bricolé mais profondément sincère et militant. Avec les pieds dans la vraie vie. Un film nécessaire donc.
Premier contact (2016)
Je ne peux pas expliquer pourquoi, mais j’ai mis du temps à voir Premier contact (2016). L’affiche, le titre, le casting, le pitch… Rien ne me tentait vraiment. Mais en sachant que ce drame de science-fiction était proposé par Denis Villeneuve (le réalisateur le plus intéressant de la dernière décennie avec Christopher Nolan, de mon point de vue), j’allais évidemment finir par y jeter un œil. Et là, une claque monumentale. La construction, le propos, l’émotion, le langage extraterrestre, les heptapodes… J’ai été bouleversé par cette adaptation subtile du roman de Ted Chiang, dont les images et le message n’ont cessé de m’habiter. Même si j’adore ce que le réalisateur canadien a fait avec Dune / Dune 2 (2021 et 2024), Sicario (2015), Prisoners (2013) et Incendies (2010), Premier contact reste mon œuvre préférée au sein de sa filmographie quasi-parfaite. J'aimerais en dire beaucoup, et en même temps c’est une expérience tellement forte que je ne voudrais pas vous la gâcher. Donc, simplement, même si vous hésitez, lancez le film : vous ne le regretterez pas.
The Revenant (2015)
Techniquement, The Revenant est un film de 2015. Mais sa participation à la course aux Oscars (où il remportera trois statuettes sur douze nominations) a incité son distributeur français à le programmer le 24 février 2016 dans les salles hexagonales. Ce qui explique sa présence dans ce Top 16. Une présence méritée, tant le western survival de Alejandro González Iñárritu a été une expérience totale de cinéma. En suivant le parcours solitaire de Leonardo DiCaprio (sacré Meilleur acteur) dans un environnement glacé et hostile, le cinéaste mexicain (sacré Meilleur réalisateur) propose un chemin de croix aussi puissant que douloureux (je ne me suis jamais totalement remis de l’attaque de l’ours !), magnifié par les images naturalistes tournées par Emmanuel Lubezki durant l'heure dorée (sacré Meilleure photographie). C’est une fresque majeure en pleine nature, que vous pouvez poursuivre avec Jeremiah Johnson (1972), Vorace (1999) et Le Territoire des loups (2011).
Rogue One : A Star Wars Story (2016)
A sa sortie, je n’ai pas été aussi dithyrambique que beaucoup de gens sur Rogue One : A Star Wars Story (2016). Le premier film dérivé de la saga intergalactique (non, les deux direct-to-video dédiés aux Ewoks dans les années 80 ne comptent pas !) avait pourtant tout pour me plaire en promettant une approche différente, plus proche d’un film de guerre que d’un Star Wars. Je l’ai peut-être trouvé un peu trop lisse, du moins trop éloigné de l’aspect Soldat Ryan galactique que promettaient les premiers concept-arts et que je projetais dans mes attentes de fan biberonné aux jeux vidéo Dark Forces. Depuis, avec le recul, l’écrin parfait qu’a été la série Andor (2022-2025) et l’apparition d’un Dark Vador surpuissant lors d’un final vraiment très réussi (même si un peu trop fan service diront les mauvais langues), Rogue One est remonté dans mon estime. Et il aura été, au final, bien plus marquant que la postlogie emmenée par Rey, Finn et Poe.
Tu ne tueras point (2016)
Près de dix ans après le choc Apocalypto (2007), Mel Gibson retrouve le chemin des plateaux avec Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge) (2016), dont le titre français assume la foi qui habite le cinéaste et son héros Desmond Doss, un véritable soldat qui, par conviction religieuse, n’a jamais pris les armes, exerçant comme infirmier sur le champ de bataille. C’est ainsi qu’il sauva 75 soldats lors de la Bataille d’Okinawa, ramenant un à un les blessés tombés sous les balles ennemies. Au-delà du prosélytisme que chacun regrettera ou pas dans le long métrage, il faut louer le talent de metteur en scène de Mel Gibson, qui sait filmer comme personne la violence et le sacrifice (souvenons-nous de Braveheart et La Passion du Christ). Et saluer la performance habitée d’Andrew Garfield, qui reçoit la première nomination à l’Oscar de sa carrière pour son interprétation. Si la critique est restée assez mesurée avec le message évangélique de Tu ne tueras point, les spectateurs ont globalement célébré le long métrage.
Vaiana, la légende du bout du monde (2016)
Longtemps, Tarzan (1999) a été mon Disney préféré. Et puis voilà qu’arrive la vague Vaiana, la légend du bout du monde (2016), son héroïne intrépide et inspirante, son demi-Dieu tatoué et attachant, sa mythologie foisonnante, son crabe bling-bling, son monstre flamboyant, ses chansons entêtantes (mais jamais exaspérantes), ses Kakamoras échappés de Waterworld, son eau parfaitement animée au point de deven,ir un personnage à part entière, ses easter eggs innombrables… et son poulet débile ! J’ai adoré le film, avec une mention spéciale pour la VF emmenée par Cerise Calixte, Anthony Kavanagh et Adrien Antoine. Et depuis, je n’ai jamais réussi à retrouver le même souffle dans une production du studio aux grandes oreilles. Même dans Vaiana 2 (2024). J’espère que la version live action en préparation avec Dwayne Johnson saura lui faire honneur.
Your Name (2016)
Au-delà des propositions américaines de Disney (Vaiana, Zootopie, Le Monde de Dory), Illumination (Comme des bêtes), DreamWorks (Les Trolls, Kung Fu Panda 3) ou BlueSky (L’Âge de glace : les lois de l’univers), le cru animé 2016 a été d’une richesse folle, avec des œuvres comme Ballerina, La Tortue Rouge, Ma vie de courgette, Kubo et l’armure magique, Tout en haut du monde, Louise en hiver ou Le Garçon et la Bête. Et, sans aucun doute, le chef d'œuvre de l’année : Your Name (2016) de Makoto Shinkai. Le cinéaste japonais y livre un conte poétique et envoûtant, qui croise les destins, les vies et les corps d’une jeune femme de la province japonaise et d’un jeune homme serveur à Tokyo. Imprégné de mélancolie et de douceur, cette histoire originale entre science-fiction, romance et body swap connaît un immense succès dans les salles nippones mais aussi dans le monde entier, et propulse l’artiste comme un héritier de Hayao Miyazaki (Le Voyage de Chihiro, 2001). A poursuivre avec les autres bijoux signés Makoto Shinkai : 5 centimètres par seconde (2007), Voyage vers Agartha (2011), The Garden of Words (2013), Les Enfants du temps (2019) et Suzume (2022), sa dernière réalisation en date.
Zootopie (2016)
Quand Disney dévoile Zootopie (2016), je n’en attends pas grand chose. Un film citadin avec des animaux qui parlent, ce n’est pas nouveau. Pourtant, le film est une immense réussite visuelle et narrative, qui vous emporte grâce à son inventivité, son intrigue, son humour… Grâce à ses thèmes sociétaux autour du prédéterminisme et du vivre ensemble, aussi. Et puis grâce à ses personnages, Judy Hopps et Nick Wilde en tête : le tandem formé par le lapin flic et le renard escroc est un bonheur de buddy movie, jusque dans les « Carotte » que lance malicieusement le rouquin roublard à sa partenaire aux grandes oreilles. Et je n’oublie pas, évidemment, Flash le paresseux (quel fou rire !), et Mr. Big la musaraigne mafieuse façon mini-Corleone. Ni le travail incroyable et admirable -et pas assez célébré, selon moi- sur les vêtements portés par toute cette ménagerie. Seul Tous en scène (2017) a fait aussi bien en termes de garde-robe animée !



















































































































