Pleurer devant des films d’animation, de peur ou de tristesse, ça nous est tous arrivé quand nous étions enfants. Je pense à la mort de la maman de Bambi (1942) par exemple. Ou celle de Mufasa dans Le Roi Lion (1994). Mais quand l’animation bouleverse les adultes que nous sommes devenus, on atteint des sommets d’émotion et de profondeur, capables de nous interroger sur la vie, l’amour, l’amitié ou le deuil. Pour JustWatch, je vous liste les moments qui m’ont profondément touché dans les longs métrages Pixar, à travers une sélection subjective… mais dans laquelle vous vous reconnaitrez inévitablement.
Monstres & Cie
2001
# 1
C’est un moment assez court de cette aventure au pays des monstres du placard, mais qui a été pour moi révélateur de l’art de Pixar à savoir utiliser l’animation comme vecteur d’émotions profondes. A la fin de Monstres & Cie (2001), alors que Sully et Bob raccompagnent la petite Boo vers la dimension des humains, on sent notre gorge se serrer. L’univers des monstres, autrefois si terrifiant, semble tellement plus accueillant que cette chambre d’enfants (même si on distingue Nemo, Jessie et la balle Pixar parmi les jouets de la fillette !).
Boo est évidemment heureuse de retrouver son petit monde, mais on sent dans la démarche pesante de Sully que l’heure de la séparation approche. Et que ce sera (très) triste. Et quand le colosse poilu finit par verbaliser à l'enfant qu’ils ne se reverront plus, les larmes sont dans ses yeux embués… et dans les nôtres. Le gentil monstre s’en va, la porte se referme, et le dernier « Minou » (ou « Kitty » en version originale) lancé par Boo devant un placard désormais vide nous fend le cœur. Heureusement, il y en aura un autre, tellement joyeux et réjouissant alors que Bob répare la porte détruite pour permettre des retrouvailles entre son pote et la petite humaine, que cette peine est vite oubliée. Mais quand même, mes larmes ont bien coulé !
Wall-E
2008
# 2
Au-delà d’être un chef d'œuvre de la science-fiction et de l’animation (une première moitié entièrement muette, quel tour de force !), WALL-E (2008) est aussi un bijou d’humanité. C’est fort pour un film porté par un robot-nettoyeur, dernier être « vivant » d’une planète abandonnée aux détritus. Là encore, le talent -que dis-je, le brio- des animateurs Pixar est de rendre cette machine tellement vivante, simplement avec un ajustement de ses yeux (inspiré par… une paire de jumelles !). Et quand, après avoir été broyé par l’ordinateur central de l’Axiom, WALL-E est réduit à un amas de ferraille, on a le cœur brisé. Au moins autant que celui de EVE et du gentil cafard qui accompagnait notre androïde.
Et même si la robote parvient à réparer et rebooter son amoureux, il n’a plus qu’un regard de machine, éteint, désincarné et vide, entièrement dédié à sa mission de nettoyage désormais. Je me souviens avoir senti les larmes couler sur mes joues tout au long de la séquence… Et même si une voix intérieure me défiait de ne pas pleurer devant un dessin animé de robot (!), je continuais de plus belle, rassuré par les reniflements qui se faisaient entendre de tous les coins de la salle. Être bouleversé par une machine, ça ne m’était pas arrivé depuis Terminator 2 (1991) et Appelez-moi Johnny 5 (1998) ! Et j'ai adoré.
Là-haut
2009
# 3
C’est, évidemment, l'entrée la plus évidente de cette sélection. Le prologue de Là-haut (2009) raconte, sur une sublime partition au piano de Michael Giacchino, l’histoire simple mais tellement touchante du couple Carl & Ellie. Le mariage, la maison, les petits boulots, les petits moments, les petits gestes, cet enfant qui n’arrivera jamais, ce rêve d’un voyage vers Paradise Falls, les galères du quotidien qui font fondre les économies, et puis la maladie qui finit par emporter l’amour. Une vie en quatre minutes et aucun dialogue. On en sort bouleversé. Dévasté même.
Pour tout vous dire, en écrivant ces lignes, alors que je viens de revoir la séquence, je sanglote à nouveau… Quand on évoque l’émotion chez Pixar, ce moment majeur, bijou de pureté, s’impose. Mais je dois concéder qu’un autre segment du film m’émeut à chaque fois. Peut-être plus, même. C’est vers la fin du long métrage, quand Carl découvre des pages de l’album-photo qu’il n’avait jamais vues. Un recueil complété par Ellie, en secret, avec des clichés de leur vie, simple et imparfaite… mais unique, et donc parfaite. Et ce message : « Merci pour l’aventure, maintenant va en vivre une nouvelle - Avec tout mon amour, Ellie ». Et voilà que je pleure à nouveau…
Toy Story 3
2010
# 4
Toy Story 3 (2010) a beau être un troisième opus, c’est LE chef d'œuvre de la franchise-phare des studios Pixar, initiée en 1995 autour des aventures de Buzz, Woody et des jouets d’Andy. Des méchants terrifiants (l’ourson rose Lotso et ses sbires), un concept fabuleux (un film d’évasion… dans une crèche !), les scènes avec Barbie et Ken, la séquence incroyablement puissante de l'incinérateur dans lequel les jouets font face à la mort tous ensemble… TOUT est réussi dans le long métrage, qui a d’ailleurs été nommé à l'Oscar du Meilleur film (tout court). Jusqu'à sa conclusion magnifiquement émouvante.
Il se termine sur une séquence mémorable, durant laquelle Andy, désormais jeune adulte, décide de donner ses jouets à la petite Bonnie avant de partir pour l'université. Au moment de lui remettre Woody, il est rattrapé par l’émotion, par les souvenirs, par tout ce que le cowboy lui aura apporté, par la fidélité de ce pantin de tissu… Andy, c’est nous. Nous qui sommes passés de l’autre côté et qui regardons avec nostalgie et douceur nos années de jeux et d’insouciance. Quand il reprend la route, Andy échange un dernier regard avec cette joyeuse bande, et leur lance « Merci, les gars… ». Et alors que sa voiture s’éloigne, Woody lui répond « Au revoir, partenaire ». Simple. Pur. Évident. Universel. Bouleversant. Bref, Pixar.
Coco
2017
# 5
J’ai beaucoup aimé Coco (2017). Et j’en ai appris une leçon majeure, qui m’accompagne tous les jours depuis : mourir, ce n’est pas s’éteindre ; c’est être oublié. Les gens qu’on aime ne disparaissent pas tant que leur souvenir reste allumé, telle une petite flamme vacillante dans nos mémoires. Et quand le jeune Miguel tente de ranimer l’image du père de son arrière-grand-mère afin que son ancêtre Héctor ne s’éteigne pas dans les limbes du Monde des morts, il se passe quelque chose de très (très) fort.
Cette petite mamie presque inanimée reprend vie au son de la guitare du jeune garçon, alors qu’il chante « Ne m’oublie pas / Remember me / Recuérdame ». Sous les rides et le visage parcheminé de Mama Coco, c’est une ancienne enfant qui s’illumine quand les notes et les mots la ramènent à cette berceuse composée pour elle par son papa. Je suis dévasté à chaque fois que je revois cette séquence, qui est, comme toutes les belles choses liées aux souvenirs, à la fois sublime et douloureuse. C’est un écho animé -et bouleversant- au final de Interstellar (2014) quand Matthew McConaughey retrouve sa fille désormais grand-mère et mourante après son voyage à travers le temps.
En avant
2020
# 6
En avant (2020) fait partie des longs métrages Pixar « mineurs ». Et même, pour tout dire, assez peu identifiés par les spectateurs comme une production du studio à la lampe sautillante. Il faut dire que le film a subi de plein fouet la pandémie de COVID-19, en étant confronté au confinement et à la fermeture des salles de cinéma peu après sa sortie. C’est pourtant une proposition qui mérite d’être (re)découverte. Déjà pour son approche visuelle et narrative étonnante et foisonnante, qui croise des éléments de fantasy avec l’univers de la banlieue américaine. Et surtout pour ce road-trip entre deux frères elfes que tout sépare, qui vont tenter de convoquer une magie ancienne pour ressusciter leur père décédé pour une seule journée.
Si le film traite du deuil d’une manière inédite -le sortilège, à moitié accompli, fait seulement apparaître les jambes du papa qui accompagnent notre duo dans leur quête-, la résolution finale est extrêmement touchante, entre adieux à cette figure paternelle qui leur manque tellement (que dire quand on n’a que quelques secondes et tant à dire ?) et amour fraternel enfin assumé. Le film est nourri de la propre histoire du réalisateur Dan Scanlon, et c’est ce qui lui donne toute sa puissance émotionnelle.






















































































































