
Daniel Day-Lewis : ses 8 performances inoubliables, de My Left Foot à Phantom Thread
Avec trois Oscars dans sa poche, Daniel Day-Lewis est considéré comme l’un des plus grands acteurs de tous les temps. À commencer par son approche du métier, caractérisée par le Method Acting qu’il pousse à l'extrême dans certaines de ses performances, jusqu’à sa filmographie presque parfaite, dans laquelle on ne retrouve aucun film raté, Day-Lewis s’est érigé en figure inapprochable au sein de l’industrie hollywoodienne.
Le fait que l’acteur ait annoncé prendre sa retraite en 2017 a également contribué à sa propre mythologie et, jusqu’à l’année dernière, il semblait s’y tenir, à la différence de sa première retraite annoncée en 1997. Finalement, c’est à travers l’intérêt de son fils pour le cinéma que l’acteur a décidé, à nouveau, de revenir sur le grand écran.
Il a ainsi collaboré avec Ronan Day-Lewis à l’écriture de son premier long métrage, Anemone : les racines du mensonge (2025), dans lequel il interprète le personnage principal, un ex-soldat ayant abandonné sa famille en raison des traumatismes vécus lors de son service militaire. A l’occasion de la sortie française du film, je reviens pour JustWatch sur les rôles les plus iconiques de l’acteur et vous plonge dans des anecdotes marquantes concernant sa méthode.
Quand on parle du Method Acting de Daniel Day-Lewis, My Left Foot (1989) est sans doute le film qui revient le plus souvent dans les discussions -notamment en raison des exigences physiques du rôle lui-même. Réalisé par Jim Sheridan, cinéaste irlandais avec qui Day-Lewis signera plusieurs collaborations, le film s’inspire du récit autobiographique de l’écrivain et peintre Christy Brown, né avec une paralysie cérébrale. Malgré les obstacles physiques et financiers auxquels il est confronté en grandissant, il apprend à utiliser son pied gauche pour peindre et écrire.
Évidemment, les anecdotes autour du film abondent -à commencer par le fait que Day-Lewis a passé deux mois à la Sandymount School and Clinic de Dublin, un établissement destiné aux personnes atteintes de paralysie cérébrale. À la suite de cette immersion, l’acteur a exigé que toute l’équipe s’adresse à lui comme à Christy, a refusé de marcher et est resté en fauteuil roulant entre les prises -allant jusqu’à demander aux assistants de le nourrir à la cuillère.
Sa performance, viscérale, dense et chargée d’émotion, n’a encore aujourd’hui que peu d’équivalents en matière de réalisme extrême. My Left Foot a, à juste titre, valu à Day-Lewis l’Oscar du Meilleur Acteur, consacrant un niveau d’interprétation qui semble presque inatteignable. Il faut néanmoins souligner que ce dévouement absolu est désormais perçu avec plus de distance -à commencer par l’acteur lui-même qui, lors d’une rencontre avec le public après la projection de Anemone, a reconnu qu’il ne serait probablement plus capable de tourner ce film aujourd’hui, qualifiant sa propre approche de discutable.
Les représentations du handicap au cinéma tendent souvent à être « mythologisées », en grande partie en raison du dévouement intense des comédiens, qui finit par reléguer le handicap lui-même au second plan. Si ces questions vous intéressent, je vous recommande également Rain Man (1988) et Une merveilleuse histoire du temps (2014) –deux films portés par des performances, respectivement celles de Dustin Hoffman et Eddie Redmayne, qui ont suscité des discussions similaires à celles entourant le travail de Daniel Day-Lewis.
Réalisé par Michael Mann, Le Dernier des Mohicans (1992) est un film historique qui, par sa qualité, bénéficie d’un casting large dans lequel la performance de Daniel Day-Lewis, bien qu’il incarne le personnage principal du film, se fond inévitablement dans l’ensemble et, par conséquent, se distingue de ses autres rôles. Souvent évoqué aux côtés de grandes productions épiques des années 90 aux côtés de Danse avec les loups (1990) et Braveheart (1995), le film se déroule lors de la guerre de Sept Ans, qui oppose les Français et les Britanniques, ainsi que les tribus amérindiennes qui se trouvent impliquées dans le conflit, y compris les Mohicans.
Daniel Day-Lewis y incarne le très charismatique Nathaniel, dit « Œil-de-Faucon », un orphelin blanc adopté par le Mohican Chingachgook. Nathaniel, son père et son frère adoptif finissent par s’allier aux Britanniques par nécessité et entreprennent une dangereuse mission pour escorter deux jeunes femmes à travers les territoires ennemis. Le film est un mélange parfait entre récit héroïque, fresque historique et histoire d’amour passionnée, qui lui confère le statut, toujours imperturbable, de classique intemporel.
Quant à la performance de Day-Lewis, sa quête du naturalisme se reflète davantage dans la physicalité et les gestes. Pour éviter l’artifice de faire semblant, l’acteur a vécu en pleine forêt lors du tournage, appris à utiliser les armes ainsi qu’à chasser et même à écorcher des animaux. Ce sont des expériences dont de nombreux acteurs auraient probablement pu se passer s’ils étaient à sa place, et cela ne changerait pas grand-chose pour certains, à l’exception de la crédibilité historique pour laquelle le film est aujourd’hui connu. Le véritable tour de force réside donc dans la manière dont Day-Lewis rend presque invisible l’effort qui lui a été nécessaire pour justement rendre ses mouvements et ses regards fluides, authentiques et intrinsèquement épurés. Son jeu est plus conventionnel par rapport à celui de My Left Foot, mais cela n’enlève rien à l’intensité et à la justesse avec lesquelles il a investi ce personnage.
Au nom du père (1993) a réuni Daniel Day-Lewis et Jim Sheridan pour une deuxième collaboration. Certainement moins connu par rapport à ses autres rôles iconiques -probablement en lien avec le caractère exigeant du genre du film à procès ainsi que le fait qu’il relève d’une affaire historique davantage visible et importante dans le contexte de l’Irlande- Au nom du père reste néanmoins une entrée indispensable dans la filmographie de l’acteur. Basé sur l’autobiographie de Gerry Conlon, le film suit le combat judiciaire de Gerry et de son père Giuseppe, faussement accusés d’être impliqués dans les attentats commis par l’IRA en 1974. Côté narratif, le film suit une structure assez conventionnelle, avec une intensité émotionnelle et dramatique qui augmente à mesure que les investigations avancent.
Daniel Day-Lewis y incarne Gerry, accompagné de Pete Postlethwaite dans le rôle de Giuseppe, ainsi que d’Emma Thompson, qui joue l’avocate Gareth Peirce. Pour sa performance, qui lui a valu sa deuxième nomination aux Oscars, l’acteur a fait l’expérience de l’isolement carcéral, sans manger ni boire pendant, selon les sources, 72 heures, et a perdu plus de 20 kilos. Selon l'acteur, c'était le seul moyen de comprendre comment « un homme innocent ait pu signer cet aveu et détruire sa propre vie ».
En regardant le film, on est justement saisi par ce sentiment d’injustice et, scène après scène, on attend que les méfaits du système judiciaire soient corrigés. Si vous aimez les films à procès ayant aussi une portée historique et politique, on vous conseille également Some Mother’s Son (1996) de Terry George, qui a cosigné le scénario d’Au nom du père avec Jim Sheridan, lequel est, à son tour, impliqué sur ce dernier en tant que coproducteur et scénariste.
Sorti le même année qu’Au nom du père, Le Temps de l’innocence (1993) a vu Daniel Day-Lewis signer sa première collaboration avec Martin Scorsese, qui était à l’époque au sommet de sa carrière. Illustration de ses talents versatiles pour aborder différents styles et périodes dans ses films, Scorsese s’est emparé du genre du drame historique et romantique en s’inspirant du roman d’Edith Wharton. Les thèmes de prédilection du cinéaste -la violence, les questions morales sur le devoir et la culpabilité ainsi que l'obsession- sont très présents mais tout en étant abordés de manière plus sophistiquée et nuancée en comparaison avec ses récits urbains et mafiatiques.
Le récit se déroule autour de Newland Archer, personnage incarné par Daniel Day-Lewis, qui est un avocat new-yorkais issu du milieu aristocratique. Alors qu’il se prépare à se marier May Welland, l’arrivée de la Comtesse Ellen Olenska, la cousine de May, bouscule sa vie et malgré les moeurs dictées par sa classe sociale, il tombe amoureux de cette femme dont le mariage desastreux crée un scandale dans la haute société. Winona Ryder et Michelle Pfeiffer qui jouent respectivement May et Ellen délivrent chacune des performances exceptionnelles mais les éloges des critiques se concentrent autour de Day-Lewis, dont le personnage diffère considérablement de ses rôles précédents issus de classes populaires.
La tragédie de Newland réside dans l’expérience d’un amour non-consommé et la tension entre ses désirs et l’impossibilité de les réaliser. L’acteur la traduit par des gestes retenus, des regards furtifs et des non-dits qu’il a méticuleusement orchestrés. Avec sa physicalité singulière et élégante, on pourrait même dire que Newland est un peu comme le cousin aîné de Reynolds Woodcock que l’acteur incarnera deux décennies plus tard. Sur la thématique de l’amour inachevé et tragique on pense bien évidemment à Reviens-moi (2007) de Joe Wright, et au sein de la filmographie de Daniel Day-Lewis, bien qu’il y incarne un personnage secondaire, à Chambre avec vue (1986), le drame historique et romantique signé James Ivory.
Neuf ans plus tard, l’acteur retrouve Martin Scorsese dans Gangs of New York (2002). À la différence de ses autres films, c’est le seul dans lequel Daniel Day-Lewis incarne un personnage presque secondaire… mais quel personnage ! Le film lui-même ne figure peut-être pas dans le Top 10 de Scorsese, sa filmographie étant tellement riche et prolifique, mais les amateurs de séries comme Boardwalk Empire (2010-2014) ou Peaky Blinders (2013-2022) devraient vraiment se régaler devant cet opus.
Se déroulant au milieu du 19e siècle, le film se concentre sur Amsterdam Vallon, qui cherche à venger son père, chef d’un gang d’immigrés irlandais, tué par un certain William Cutting, également connu sous le nom de Bill the Butcher. Interprété par Leonardo DiCaprio -dans son premier rôle chez Scorsese-, Amsterdam tente de se rapprocher de Bill en infiltrant son milieu, tout en tombant amoureux d’une voleuse nommée Jenny Everdeane, incarnée par Cameron Diaz -un choix de casting unanimement critiqué.
Au niveau des performances, Day-Lewis est celui qui se distingue véritablement, tant son interprétation est irréprochable. Dans l’un des rares cas où il incarne un personnage purement méchant, il endosse les obsessions, la haine et les ambitions de Bill avec une théâtralité impressionnante, sans jamais basculer dans le grotesque. Il est à la fois réel et monstrueux, à l’image des mythes fondateurs des États-Unis. Appliquant son fameux Method Acting pour ce rôle -qui lui a valu une troisième nomination à l’Oscar, l’acteur a appris à manier les couteaux de boucher, refusé de porter des vêtements modernes et est resté dans son personnage jusqu’à la fin du tournage. Avec Daniel Day-Lewis, on se demande inévitablement jusqu’où un acteur peut aller. Et le fait qu’il ait refusé de prendre des médicaments alors qu’il était tombé malade constitue sans doute l’ultime preuve de son engagement sans concession.
Les rôles dans lesquels les spectateurs ont découvert Daniel Day-Lewis restent variés, et de jeunes spectateurs ont certainement davantage de familiarité avec ses performances post-2000. Parmi elles -mais aussi à l’échelle de toute sa filmographie- There Will Be Blood (2007) occupe une place singulière, car, à la différence d’un film comme My Left Foot, dont on se souvient surtout pour la performance de l’acteur, la fresque historique de Paul Thomas Anderson est un véritable chef-d’œuvre, une qualité à laquelle le jeu de son acteur principal contribue aux côtés d’autres mérites.
Dans les films historiques auxquels il a participé, on a vu l’acteur incarner des New-Yorkais ou des personnages d’origine irlandaise ; There Will Be Blood introduit un nouveau territoire dans sa constellation de performances, à savoir la Californie. Paul Thomas Anderson y raconte un récit de rivalité extrême qui reflète les symptômes sociaux et économiques d’une période de l’histoire des États-Unis, caractérisée par l’ambition, l’excès et l’expansion. Daniel Plainview, prospecteur pétrolier interprété par Day-Lewis, rappelle certes Bill Cutting, mais il y a quelque chose de viscéralement humain chez lui, des complexes émotionnels qui nous empêchent de le réduire à un simple méchant.
L’acteur propose un travail extraordinaire à travers ses expressions faciales, qui changent à chaque instant de manière totalement imprévisible. Avec son accent inspiré de John Huston, sa démarche boiteuse qui, notamment dans la scène de la confrontation finale avec Eli, convoque la physicalité d’un monstre, Day-Lewis atteint ici une intensité de jeu hors norme, lui valant à juste titre son deuxième Oscar. Il est certainement difficile de trouver une performance comparable à celle-ci, mais dans Une bataille après l’autre (2025), même si son interprétation reste beaucoup moins prononcée, celle de Sean Penn, elle aussi oscarisée, rappelle tant bien que mal la descente dans la folie de Plainview.
Au premier regard, Lincoln (2012) pourrait paraître comme un biopic classique, très conforme aux conventions du genre -il l’est certes, sur de nombreux points. Pourtant, le but de son réalisateur, Steven Spielberg, était d’aller au-delà des représentations clichés auxquelles le président des États-Unis a souvent été associé. Le film se concentre sur les derniers mois précédant l’assassinat d’Abraham Lincoln, qui coïncident avec l’approche de la fin de la guerre de Sécession et avec ses efforts pour faire passer le treizième amendement, qui abolira l’esclavage.
L’approche de Daniel Day-Lewis, qui y incarne Abraham Lincoln, rappelle son immersion performative dans My Left Foot, mais, à l’époque où le film a été tourné, son Method Acting devient plus subtil, plus introspectif, conformément aux comportements et aux habitudes de son personnage. Un autre aspect sur lequel l’acteur a beaucoup travaillé est la voix très singulière de Lincoln. Ce sont là des détails que certains peuvent manquer en regardant le film, mais l’approche technique de l’acteur vis-à-vis de son personnage se fait vraiment sentir ici.
Sur le plan stylistique, le film est caractérisé par un certain académisme spielbergien, d’autant plus prononcé par son souci du détail et sa précision historique. La narration repose de manière considérable sur des dialogues denses, centrés sur des discussions politiques -ce qui pourrait dissuader certains spectateurs de le regarder. Notons toutefois que le film exige une certaine familiarité avec le sujet, ou du moins un intérêt pour celui-ci, un peu dans la lignée de films tels que Les Hommes du président (1976) et Les Heures sombres (2017).
La deuxième collaboration entre PTA et Day-Lewis a longtemps été considérée comme la fin de la carrière de l’acteur, avant qu’il ne joue dans Anemone. Et, pour cette raison même, elle est restée iconique. Stylistiquement parlant, Phantom Thread (2017) se situe quelque peu en marge des aspects caractéristiques que l’on associe au cinéma du réalisateur , mais, pour de nombreux spectateurs -surtout les plus jeunes- il se distingue comme leur film préféré.
Reynolds Woodcock, le personnage incarné par l’acteur, est aussi idiosyncratique que Bill Cutting et Plainview, mais à sa manière : moins violent, plus subtil et, par moments, très drôle. Dans son essence, Phantom Thread raconte une histoire d’amour -un peu chaotique et toxique, certes, mais une histoire d’amour tout de même. Dans le film, Reynolds est un couturier respecté de la haute société londonienne des années 1950. Connu pour ses designs élégants et sophistiqués, il cache une personnalité dominante et quelque peu maniaque.
Sa rencontre avec une jeune serveuse étrangère nommée Alma change complètement sa vie : il s’éprend d’elle et en fait sa muse. Or, à mesure que leur relation évolue, les tensions montent en raison des obsessions autoritaires de Reynolds. Mais Alma, malgré son apparence douce et calme, parvient à inverser la dynamique. Les jeux d’autorité et la codépendance que dépeint le réalisateur ne sont pas dépourvus d’amour, et l’alchimie entre Day-Lewis et l’actrice Vicky Krieps -véritable révélation- reflète parfaitement les complexités de leur relation.
Ce n’est pas la première fois que l’acteur joue dans un film romantique : on pense à L’Insoutenable Légèreté de l’être (1988). Mais, comme c’est le cas pour l’ensemble de la filmographie de Paul Thomas Anderson, ses films ne se limitent jamais à un seul genre, et Day-Lewis s’impose comme le choix idéal pour incarner la multiplicité stylistique et tonale qui caractérise le cinéma d’auteur américain.




























































