
Belphégor : 100 ans (ou presque) de films et séries sur le fantôme du Louvre !
Le mythe est tenace ! Et opère un retour remarqué avec un timing bien particulier : alors que le spectaculaire vol de bijoux estimé à 83 millions d’euros a braqué les projecteurs du monde entier sur le musée du Louvre en octobre 2025, une nouvelle version télévisée de Belphégor débarquait sur la plateforme HBO Max quelques semaines plus tard.
Le fantôme du plus célèbre musée du monde y renaît sous la forme d’une série de 4 épisodes qui sera également proposée sur les antennes de M6 courant 2026. Le spectre surnaturel qui hante les galeries du bâtiment n’en est pas à sa première apparition. D’autres productions l’ont mis en scène, et la première date de 1927 ! C’est dire si le fantôme traverse les époques sans jamais disparaître vraiment.
Du cinéma muet à la télévision en noir et blanc, du grand écran des années 2000 jusqu’aux plateformes de streaming d’aujourd’hui, Belphégor n’a cessé de se réinventer. Justwatch revient sur près d’un siècle d’adaptations d’un mythe français unique, où le patrimoine rencontre le fantastique.
Belphégor (1927) - le fantôme à l’ère du cinéma muet
Avant même de devenir une icône télévisuelle, Belphégor fait sa première apparition à l’écran en 1927 dans un film muet réalisé par Henri Desfontaines. Adaptation directe du roman-feuilleton d’Arthur Bernède, cette version pose les bases visuelles et narratives du mythe : le Louvre, ses galeries nocturnes, ses trésors et cette silhouette inquiétante qui surgit de l’ombre. Sans dialogues, le film s’appuie sur le jeu des regards, les contrastes de lumière et une mise en scène très théâtrale pour instaurer un climat d’angoisse feutrée.
Le Belphégor de 1927 n’est pas encore le fantôme élégant et spectral que l’on connaîtra plus tard, mais une figure déjà profondément liée au mystère, à l’illusion et au faux surnaturel. Cette première incarnation, aujourd’hui largement oubliée du grand public, témoigne pourtant de la capacité précoce du cinéma français à exploiter l’espace muséal comme un terrain de peur et de fascination, et à faire de Belphégor une énigme avant même qu’il ne devienne une légende télévisuelle.
Belphégor (1965) - la naissance du mythe télévisuel
Diffusée en 1965 sur l’ORTF, la série Belphégor marque un tournant décisif dans l’histoire du personnage. Réalisée par Claude Barma et portée par Juliette Gréco dans le rôle de la mystérieuse Laurence, cette mini-série en quatre épisodes devient un véritable phénomène de société. Le Louvre, filmé de nuit dans une France encore peu habituée au fantastique télévisuel, se transforme en labyrinthe anxiogène où plane une menace presque abstraite. Le masque noir de Belphégor, simple mais terriblement efficace, imprime durablement l’imaginaire collectif.
Ce qui fait la force de cette version, c’est avant tout son sens du mystère. Le fantastique y est suggéré plus que montré, et le spectateur doute longtemps de la nature réelle du fantôme. Est-il surnaturel ou le fruit d’une machination humaine ? Le rythme lent et les silences pesants distillés dans une mise en scène épurée participent à une tension psychologique inédite pour la télévision française de l’époque. D’où la naissance d’un mythe télévisuel qui continue, 60 ans plus tard, à hanter la mémoire collective.
La Malédiction de Belphégor (1965) - un passage éclair au cinéma
Face au succès fulgurant de la série, une version condensée voit rapidement le jour : La Malédiction de Belphégor, sortie au cinéma la même année. Plus qu’un véritable remake, il s’agit d’un montage destiné aux salles, regroupant et réadaptant les moments clés de la série pour le grand écran. Cette exploitation cinématographique témoigne de l’impact immédiat du personnage et de la volonté de capitaliser sur un phénomène populaire encore brûlant.
Cette version perd une partie de la lente montée en tension propre au format feuilleton mais elle contribue néanmoins à installer Belphégor comme une figure hybride, à la frontière entre télévision et cinéma. Moins connu aujourd’hui, ce film reste un jalon important dans la diffusion du mythe, preuve de son potentiel transmédiatique bien avant l’ère des franchises modernes.
Belphégor, le Fantôme du Louvre (2001) - le mythe de retour sur grand écran
Inspiré par le roman d’Arthur Bernède et surtout de l’ancienne série des années 1960 qui a marqué toute une génération, Jean-Paul Salomé se lance dans une adaptation cinématographique dans les années 2000, avec Sophie Marceau comme tête d’affiche et un Louvre filmé sous toutes ses coutures. Du grand spectacle, donc, mais aussi un changement de ton radical.
Là où la série de 1965 cultivait la peur toute psychologique, Belphégor, le Fantôme du Louvre opte pour une approche plus explicative, mêlant thriller, surnaturel et technologie moderne. Belphégor y devient une entité égyptienne clairement identifiée, au risque de perdre une part du mystère qui faisait sa force originelle. Accueilli de manière mitigée par la critique, le film connaît néanmoins un succès public honorable (2 millions d’entrées) et reste, encore aujourd’hui, une curiosité du cinéma fantastique français des années 2000 qui se laisse regarder sans déplaisir (test réalisé sur des enfants !).
Belphégor (2025) - la réinvention de la série
Près de 60 ans après avoir terrorisé les téléspectateurs français, Belphégor signe son grand retour en 2025 avec une nouvelle adaptation télévisée produite pour HBO Max. Une version contemporaine en 4 épisodes, qui entend renouer avec l’essence du mythe tout en l’inscrivant dans les codes modernes du thriller et du fantastique sériel. Le Louvre, plus que jamais au cœur du récit, redevient un espace de mystères, filmé avec une ambition visuelle digne des grandes productions internationales.
Shirine Boutella incarne une jeune restauratrice d’art engagée par le Louvre qui devient involontairement le centre de l’intrigue. À ses côtés d’autres très bons acteurs : Vincent Elbaz, Kad Merad, Aure Atika et Tiphaine Daviot. Si la qualité de la production, et notamment la réalisation de Jérémy Mainguy, n’est pas à remettre en cause, on peut reprocher à la série d’être un peu faible sur les dialogues, parfois un peu lente et avec un suspense parfois un peu trop dilué.









































