Qu’il s’agisse de Cannes, de Berlin, de Venise, de Toronto, des César, des BAFTAs ou des Oscars, le constat est souvent le même : les grandes cérémonies de cinéma privilégient le drame, au détriment de la comédie -souvent- et des films de genre -très trop souvent-. C’est le cas notamment des films d’horreur, rarement invités à participer à la saison des récompenses. Mais cette 98e cérémonie des Oscars a changé la donne !
Avant 2026, quel bilan pour le cinéma d’horreur aux Oscars ?
Avant de dresser un bilan, la difficulté est de définir le cinéma d’horreur en lui-même ! Si certains films relèvent du genre de manière indiscutable, qu’en est-il d’un thriller policier comme Le Silence des Agneaux (1991), d’un face à face contre des xénomorphes comme Aliens le retour (1986), d’un thriller psychologique comme Black Swan (2010), d’un huis clos adapté de Stephen King comme Misery (1990), d’un film de kaijus comme Godzilla Minus One (2023), de comédies joyeusement macabres comme Beetlejuice (1988) et La Mort vous va si bien (1992), ou d’une romance monstrueusement poétique comme La Forme de l’eau (2017) ?
Vous avouerez que si ces longs métrages proposent des éléments horrifiques, ils n’en sont pas pour autant de purs films d’horreur. Je me suis donc arrêté à une liste très stricte et -a priori incontestable- qui a fait briller le genre aux Oscars. Le plus souvent sur des aspects visuels (maquillages, direction artistique, effets visuels) ou immersifs (musique, son), plus rarement sur le scénario et l'acting. Avec seulement vingt-et-un Oscars en près d'un siècle de cérémonies, la moisson est maigre. Clairement. Et les (rares) gagnants sont…
1969 : Rosemary's Baby - Meilleure actrice dans un second rôle (Ruth Gordon)
1974 : L’Exorciste - Meilleur scénario adapté / Meilleur son
1976 : Les Dents de la Mer - Meilleur montage / meilleur son / Meilleure musique
1977 : La Malédiction - Meilleure musique
1980 : Alien, le huitième passager - Meilleurs effets visuels
1982 : Le Loup-garou de Londres - Meilleurs maquillages
1987 : La Mouche - Meilleurs maquillages
1993 : Dracula - Meilleurs costumes / Meilleur son / Meilleurs maquillages
2000 : Sleepy Hollow - Meilleure direction artistique
2007 : Le Labyrinthe de Pan - Meilleure photographie / Meilleure Meilleure direction artistique / Meilleurs maquillages
2008 : Sweeney Todd - Meilleure direction artistique
2011 : Wolfman - Meilleurs maquillages
2018 : Get Out - Meilleur scénario original
2025 : The Substance - Meilleurs maquillages
2026, une année record !
Grâce aux talents combinés de Ryan Coogler, Guillermo del Toro et Zach Cregger, l’édition 2026 a fait tomber des barrières. Et un record ! Avec huit Oscars en tout, le cinéma d’horreur ressort comme le grand gagnant de la soirée. Rappelons, déjà, que Sinners avait mis le genre sur de très bons rails avec ses seize nominations historiques. Plus que n’importe quelle production dans l'histoire de la cérémonie ! Et même si le film de vampires emmené par Michael B. Jordan ne repart au final du Dolby Theatre qu’avec quatre trophées (dont Meilleur acteur et Meilleur scénario original)… c’est déjà plus que n’importe quel film d’horreur avant lui.
Le Frankenstein (2025) porté par Oscar Isaac et Jacob Elordi en ajoute trois à ce cumul ! Projet de cœur de l’amoureux des monstres Guillermo del Toro, le long métrage revisite et magnifie le roman de Mary Shelley et livre un spectacle horrifico-gothique visuellement sublime, salué par les prix des Meilleurs décors, maquillages/coiffures et costumes. Ajoutez l’Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle décerné à Amy Madigan, alias la terrifiante Tante Gladys de Evanouis (2025), et vous obtenez un cru horrifique à huit Oscars saluant trois films certes d'horreur mais surtout majeurs de l’année cinéma 2025. Si le film n’était pas si grand public, on pourrait presque ajouter les deux statuettes de KPop Demon Hunters (2025) où il est question d’affrontements avec des démons… mais j'ai promis de rester sur des critères très stricts, donc je m'en tiens à huit trophées pour cette année.
Le cru 2026 fera-t-il mieux ? Entre Send Help de Sam Raimi, 28 ans plus tard : le temple des morts de Nia DaCosta et The Bride! de Maggie Gyllenhaal, déjà sortis, et les très attendus Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček, Faces of Death de Daniel Goldhaber, The End of Oak Street de David Robert Mitchell, Ice Cream Man de Eli Roth, The Mummy de Lee Cronin, Onslaught de Adam Wingard, Resident Evil de Zach Cregger, Backrooms de Kane Parsons, The Young People de Osgood Perkins et Werwulf de Robert Eggers, l’année frissons s’annonce très intéressante. Et très flippante, aussi. Et elle pourrait poursuivre cette percée horrifique réjouissante.



















































































































