
Les meilleurs films sur la mode à voir avant Le Diable s’habille en Prada 2
Les fans du Diable s’habille en Prada (2006) ont de quoi se réjouir : la suite tant attendue, qui réunit l’ensemble du casting original, sort cette semaine en salles. Réalisé par David Frankel, le premier film s’est imposé comme un phénomène culturel majeur pour la génération des millenials. Il est donc presque naturel de voir la nostalgie des années 2000 se transformer aujourd’hui en force créatrice pour des œuvres dérivées.
Le film original suivait Andy (Anne Hathaway), jeune journaliste fraîchement débarquée à New York, qui commence à travailler comme assistante de Miranda Priestly, rédactrice en chef d’un magazine de mode influent, incarnée par l’inoubliable Meryl Streep. Miranda, Andy, sa rivale Emily ou encore le directeur artistique Nigel : tous sont devenus des personnages iconiques, largement diffusés et réappropriés sur internet depuis des années. À tel point que, lorsqu’on pense à la mode au cinéma, Le Diable s’habille en Prada s’impose pour beaucoup comme une référence immédiate.
Vingt ans après la rencontre entre Miranda et Andy, on a hâte de découvrir comment les deux femmes se retrouveront au sein de Runway, qui, selon le synopsis, n’a pas été épargné par les crises que traverse encore aujourd’hui la presse écrite et les grands médias. Pour accompagner la sortie du Diable s’habille en Prada 2 (2026), je vous propose une sélection JustWatch de films qui, à travers des styles et des genres variés, explorent l’industrie de la mode et ses tensions professionnelles -un terrain particulièrement propice aux drames comme aux comédies hautes en couleur (et en couture !).
Robert Altman est un cinéaste connu pour ses films choraux, dans lesquels on retrouve plusieurs arcs narratifs impliquant de nombreux personnages au sein d’un milieu défini. Dans le cas de Prêt-à-porter (1994), le cinéaste américain s’attaque à l’industrie de la mode dans un récit éclaté qui se déroule lors de la Paris Fashion Week. Bien que le fil conducteur soit le meurtre mystérieux d’un homme d’affaires important du milieu, la narration multidirectionnelle d’Altman implique diverses figures hautes en couleurs : journalistes, dirigeants et mannequins, entre autres.
Ce film, c’est un mélange très impressionnant et singulier du regard quasi documentaire et du registre satirique qu’Altman a perfectionné au cours de sa longue et illustre carrière. Comme les autres œuvres du cinéaste, Prêt-à-porter bénéficie d’un casting prestigieux, composé de noms tels que Marcello Mastroianni, Sophia Loren, Kim Basinger, Julia Roberts, Rupert Everett, Tim Robbins, et bien d’autres. Si vous aimez les films denses en micro-récits, qui vous ramènent dans les coulisses d’une machine culturelle et économique, Prêt-à-porter ne vous décevra pas !
Connue pour ses portraits féminins, la réalisatrice Anne Fontaine livre avec Coco avant Chanel (2009) un biopic sobre, intriguant et doté d’une bonne dose d’académisme sur le plan esthétique. Comme son titre l’indique, le film aborde la période de la vie de Coco Chanel, née Gabrielle, qui précède sa reconnaissance généralisée en tant que grande créatrice de mode, telle qu’on la connaît aujourd’hui. Il s’agit d’un récit d’ambition, de soif de liberté, de découverte de soi, mais aussi d’amour, à travers deux figures masculines qui ont marqué la vie de la jeune femme à jamais.
En ce sens, le milieu de la mode apparaît moins comme un thème central ; le film parvient néanmoins à incorporer l’esthétique Chanel dans ses choix stylistiques. La cinéaste capture avec délicatesse l’ambiance de l’époque en privilégiant une palette chromatique composée de beiges, de blancs et de noirs. Par sa retenue et sa physicalité, il est difficile d’imaginer une autre actrice qu’Audrey Tautou pour incarner ce rôle. Il faut également saluer les performances de Benoît Poelvoorde et Alessandro Nivola, qui complètent le casting dans les rôles d’Étienne Balsan et de Boy Capel.
Il est rare que deux films traitant du même sujet sortent la même année en salle. Mais en 2014, le cinéma français a proposé deux biopics consacrés à la vie d’Yves Saint Laurent, grand couturier et fondateur de la marque éponyme. Comme beaucoup de critiques, j’avais moi aussi tendance à préférer Saint Laurent (2014) de Bertrand Bonello à Yves Saint Laurent (2014) de Jalil Lespert -et même avec douze ans de recul, mon avis ne semble pas avoir changé.
Bonello est un cinéaste très attentif à l’intériorité de ses personnages et, comme dans ses autres films, il parvient ici à dépasser le genre auquel l’œuvre est associée, à savoir la biographie historique. Le film apparaît presque comme un « anti Coco avant Chanel », dans la mesure où le réalisateur ne s’intéresse pas à suivre un trajet classique retraçant la genèse d’une figure légendaire. Sur les dix années que couvre le récit, Yves Saint Laurent est déjà au sommet de sa carrière, et l’exploration de Bonello porte davantage sur les conséquences personnelles et professionnelles de ce succès.
Un peu à la manière de Velvet Goldmine (1998), l’ambition est de composer un portrait intime et sensuel. On apprend finalement peu de choses sur la mode au sens strict, mais l’atmosphère culturelle et politique qui influence l’esthétique et l’approche de YSL est omniprésente. On n’a rien contre Pierre Niney, qui incarne le créateur dans le film de Lespert, mais la performance de Gaspard Ulliel, disparu si jeune et de manière si injuste, compte parmi les meilleures de sa carrière. Au point qu’il devient difficile d’imaginer quelqu’un d’autre dans le rôle du couturier charismatique.
Le corps comme source d’angoisse et de terreur a toujours été l’un des sujets privilégiés du cinéma d’horreur et du thriller psychologique. Connu pour ses films stylistiquement exquis aux tonalités néon, Nicolas Winding Refn offre avec The Neon Demon (2016) une descente aux enfers au sein de l’industrie de la beauté et de la mode. À la différence des autres films de cette liste, Refn s’intéresse à une autre facette du secteur, celle du mannequinat. On y suit Jesse, qui débarque à Los Angeles avec le rêve de devenir mannequin. Bien que sa beauté attire très rapidement l’attention des professionnels et que les portes commencent à s’ouvrir devant elle, une jalousie destructrice ne tarde pas à se manifester, et Jesse elle-même finit par en être victime.
L’atmosphère suffocante et violente du film renvoie à une imagerie du cinéma de genre bien spécifique : on pense notamment à Black Swan (2010), Sweat (2020) ou The Substance (2024). Ainsi, si vous appréciez le versant conceptuel et esthétique du cinéma de genre, Refn constitue un choix idéal. Côté performances, il s’agit véritablement du premier film où Elle Fanning s’éloigne des rôles auxquels elle était associée depuis ses débuts enfantins : dans The Neon Demon (2016), elle assume ce tournant inattendu avec brio.
Phantom Thread (2017) est probablement le film que j’ai le plus conseillé à nos lecteur·ices, en l’incluant dans plusieurs listes. Ce n’est pas sans raison qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre. Marquant un changement stylistique notable dans le cinéma de Paul Thomas Anderson, le film a été salué pour ses nombreuses qualités. Parmi elles, l’attention portée aux détails de l’artisanat du métier de couturier reste relativement en retrait ce qui ne nous empêche pas de l’apprécier à travers cet angle. Reynolds Woodcock, personnage principal interprété par Daniel Day-Lewis, au sommet de son charisme élégant, est un couturier renommé du Londres des années 1950. Ses créations, ainsi que la manière dont il aborde son métier, apparaissent comme une extension métaphorique de son intériorité -marquée par une obsession de l’autorité, du contrôle et du perfectionnisme.
Les films sur la mode, dont la majorité sont des biopics, reposent souvent sur une logique de reproduction de pièces existantes. Ici, le costumier Mark Bridges parvient à créer un ensemble de costumes authentiques et raffinés, reflétant le style féminin britannique du milieu du siècle. Bridges a remporté l’Oscar de la Meilleure création des costumes, mais c’est aussi à « PTA » que revient le mérite de mettre en valeur, avec une telle précision, les textures, les couleurs des étoffes, ainsi que les coupes et les volumes des vêtements. Qu’en dire de plus ? Phantom Thread est un classique moderne que vous devez absolument découvrir sans tarder.
Jusqu’à très récemment, Cruella d’Enfer était surtout connue comme la méchante obsédée par les fourrures de dalmatiens dans le grand classique d’animation de Disney. Un peu à la manière de Maléfique (2014), ce film offre au personnage une sorte d’origin story, sans pour autant tisser des liens très étroits avec le film d’animation. Réalisé par Craig Gillespie, Cruella (2021) voit Emma Stone incarner le personnage avec une énergie et une flamboyance auxquelles on n’a pas l’habitude de l’associer.
Le film raconte l’histoire d’une jeune femme orpheline, Estella, qui aspire à se faire un nom dans l’industrie de la mode à Londres. Repérée par la créatrice de haute couture, la Baronne von Hellman, elle découvre bientôt que cette dernière a joué un rôle dans la mort de sa mère. Commencent alors les plans élaborés d’Estella -qui adopte la double identité de Cruella- pour détrôner von Hellman grâce à ses propres créations, somptueuses et originales. Fortement marqué par une esthétique punk -un peu à la manière de la Harley Quinn de Margot Robbie, mais en beaucoup plus chic-, le film rend hommage à l’esprit de rébellion de figures comme Vivienne Westwood et remporte un an plus tard l’Oscar de la Meilleure création des costumes. Les amateurs de camp et d’exubérance visuelle ne seront certainement pas déçus par Cruella. Les fans les plus fidèles de Disney ? Eh bien… rien n’est moins sûr !
Pour conclure notre liste, on revient une nouvelle fois à la Paris Fashion Week. Dans ce nouveau long métrage d’Alice Winocour, sorti en salles en février, la réalisatrice explore les trajectoires de trois femmes qui travaillent dans l’industrie de la mode au cours de cet événement majeur qui les réunit. Dans Coutures (2025), on suit Maxine Walker, une cinéaste américaine chargée de réaliser un court métrage pour la promotion d’une maison de haute couture. Mais à peine le tournage commencé, elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Alors qu’elle tente de naviguer dans ce désarroi aussi personnel que professionnel, son chemin croise celui d’Ada, une jeune mannequin sud-soudanaise, et d’Angèle, une maquilleuse qui nourrit, elle aussi, ses propres aspirations créatrices.
Comme le montrent plusieurs films de cette liste, le cinéma de la mode se concentre le plus souvent sur la rivalité et l’ambition démesurée. Face à ces schémas toxiques de relations de pouvoir, Coutures s’impose comme une alternative émotionnellement riche et nuancée, en privilégiant les connexions intimes et le sentiment de résilience. Au-delà de son récit humain, le film bénéficie d’un casting particulièrement prestigieux -à commencer par Angelina Jolie, qui livre sans doute ici sa performance la plus vulnérable et touchante de la dernière décennie. À ses côtés, Anyier Anei et Ella Rumpf brillent elles aussi. Il y a bien une dimension chorale dans la narration de Winocour, mais rien à voir avec le chaos déstabilisant de Prêt-à-porter. La cinéaste évite délibérément les ruptures dramatiques trop appuyées dans son écriture -un choix qui pourra être perçu par certains comme un atout, quand d’autres y verront une faiblesse narrative. Pour ma part, je me situe clairement dans le premier camp.













































