Comme la trilogie Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson (2001-2003) pour la fantasy, l’univers Matrix est un monument du cinéma d’action, qui célèbre et magnifie son propre genre (ici la science-fiction cyberpunk)... tout en le « tuant » instantanément puisqu’il sera difficile -pour ne pas dire impossible- de faire mieux par la suite.
La saga imaginée par les Wachowski a aussi une particularité très intéressante : le premier film se suffit à lui-même, et les autres volets viennent soit enrichir la mythologie et l’univers pour les spectatrices et spectateurs qui y adhèrent, soit carrément tout gâcher pour celles et ceux qui pensent que les aventures connectées de Neo auraient dû s’arrêter dès 1999.
Dans ce guide JustWatch, je vous détaille les différents opus de la franchise selon l’ordre de sortie, ainsi, qu’à la toute fin de cette page, l’ordre narratif dans lesquels les regarder. Avec une spécificité concernant l’anthologie Animatrix (2003), dont les chapitres se glissent à différents moments de la chronologie de la Matrice. Prêt.es à suivre Alice dans le terrier du lapin blanc ?
Matrix (1999)
Matrix (1999) fait partie de ces films pour lesquels il y a clairement « un avant » et « un après ». Quand je le découvre pour la première fois en salles en juin 1999, je me souviens avoir fini la projection scotché dans mon fauteuil, incapable de quitter l’écran des yeux pendant que le générique défile. Et incapable de processer ce à quoi je viens d’assister. Au point d’y retourner plusieurs fois par la suite. C’est bien simple, je n’ai jamais vu ça. Plus largement, personne n’a jamais vu ça. Avec Matrix, les sœurs Lana et Lilly Wachowski livrent une œuvre qui réinvente le cinéma d’action et embrasse le monde digital naissant, tout en y injectant leurs références cyberpunk, vidéoludiques, japanime et arts martiaux mais aussi leurs questionnement philosophiques (nourries notamment par Platon et Baudrillard).
L’histoire suit Neo (Keanu Reeves), employé de bureau le jour et pirate informatique la nuit, hanté par la sensation que quelque chose ne tourne pas rond dans sa réalité. Et par une question lancinante : qu’est-ce que la Matrice ? Approché par Morpheus (Laurence Fishburne) et Trinity (Carrie-Anne Moss), deux légendes du hacking, il va découvrir la terrible vérité qui se cache derrière le voile de son monde… Si la nouvelle génération de spectateurs trouve le film un peu trop long et lent (ce que je n’arrive toujours pas à comprendre !), Matrix reste une œuvre incontournable, qui joue avec deux niveaux de réalités branchées (comme Ready Player One, Avatar, Tron l’héritage ou même Inception le feront par la suite) tout en livrant des combats et gunfights impressionnants filmés en bullet time. A ce titre, je crois que je peux regarder en boucle la scène du lobby sur le morceau Spybreak! de Propellerheads.
Matrix Reloaded (2003)
Il faut attendre quatre ans pour retrouver l’univers de la Matrice. Entre-temps, le film original a popularisé l’esthétique techno-goth / cyberpunk (Underworld, Blade II ou Equilibrium, pour ne citer qu’eux, s’en emparent) et les téléphones portables à clapet. Et surtout ringardisé tout ce qui peut se faire en termes d’action à Hollywood. Preuve de l’impact du long métrage : Matrix Reloaded (2003) est présenté en sélection officielle au Festival de Cannes, et convie toute l’équipe sur les marches pour une première mondiale qui va diviser. C’était inévitable, après une telle claque initiale. D’autant que les Wachowski emmènent l’univers vers des territoires inattendus, qui interrogent la réalité même de la Matrice.
Désormais intronisé comme « Elu », Neo doit composer avec ce statut de Messie numérique dans la forteresse souterraine Zion tout en poursuivant son combat contre les redoutables Agents au sein de la Matrice, alors que les machines se rapprochent dangereusement du dernier bastion humain. Dans cette quête, il va rencontrer des programmes rebelles (incarnés par Lambert Wilson et Monica Bellucci), se lancer sur les traces de l’Architecte et retrouver l’Agent Smith (Hugo Weaving), son Némésis qui officie désormais tel un virus inarrêtable. Par sa position de film du milieu / d’exposition préparant la suite, et par sa complexité narrative et verbeuse, Matrix Reloaded désarçonne. Restent néanmoins des séquences ahurissantes (et je pèse mes mots), comme l’affrontement avec les clones de Smith, le combat des deux escaliers ou la scène de l'autoroute pour laquelle un véritable tronçon a été construit. Jamais on n’aura été témoin d’une telle démesure dans l’action, avec lisibilité et virtuosité dans chaque plan.
Animatrix (2003)
En attendant la sortie du dernier film de ce qui est alors une trilogie, les Wachowski proposent aux fans le programme Animatrix (2003), compilation de courts métrages animés confiés à différents studios à travers le monde qui vise à raconter différentes histoires au sein de l’univers. Le projet s’inscrit dans une volonté de développer une mythologie transmédia, croisant cinéma, animation, comic-books, site officiel et jeu vidéo (le titre Enter the Matrix s’intègre ainsi entre Reloaded et Revolutions avec des éléments complémentaires de narration et des scènes exclusives). Une démarche pionnière, façon Star Wars, qui anticipe de plusieurs années les univers étendus qui seront imaginés par les grands studios, comme le Marvel Cinematic Universe côté Disney.
Animatrix a aussi devancé des anthologies animées comme Love, Death & Robots (2019-) chez Netflix, Star Wars: Visions (2021-) chez Disney+ ou Secret Level (2024-) sur Prime Video. Les neuf segments sont très différents, et convoquent de l’animation traditionnelle très stylisée ou de la CGI qui célèbrent les styles de studios comme Square USA, MADHOUSE ou Studio 4°C. Certains s’intègrent directement dans la chronologie des films (Histoire d'un détective raconte l’enquête pour traquer Trinity, Histoire de l'enfant dévoile la déconnexion du personnage campé par Clayton Watson, Dernier Vol de l'Osiris est un prologue à Matrix Reloaded). D’autres complètent l’univers, à travers de grandes ou petites histoires. Chacun.e trouvera sa préférée.
Matrix Revolutions (2003)
Matrix Reloaded se concluant sur un cliffhanger majeur et d’innombrables questions laissées en suspens, Matrix Revolutions (2003) se doit d’apporter des réponses. Elles ne plaisent pas toutes, assurément, ce troisième opus retombant à 427 millions de dollars de recettes au box-office mondial et 3,5 millions d’entrées France, contre 740 millions de dollars et 5,7 millions d’entrées pour son prédécesseur. En allant au bout de leur histoire -dont je reste personnellement un immense défenseur même si je n’ai pas encore tout compris-, les Wachowski prennent le risque de perdre leur public. Du moins une partie. C’est ce que j’évoquais plus haut, en parlant de personnes pour qui les opus 2 et 3 avaient tout gâché. J’ai régulièrement le débat, encore aujourd’hui.
Matrix Revolutions ne cède donc pas à la simplicité, au contraire, et suggère notamment que ce qu’on pensait être le monde réel pourrait être un autre niveau du programme. Et que l’histoire est amenée sans cesse à se répéter (ce que nous avons vu n’est donc qu’une énième itération de la même histoire), à chaque fois que se rompt l’équilibre entre liberté et contrôle, entre humains et machines. Je peux vraiment entendre que les fans du premier Matrix en attendaient autre chose, une histoire plus linéaire et manichéenne entre méchants robots et gentils héros. La proposition est plus complexe. Et ne donne pas toutes ses clés. Mais qu’on aime ou pas, on peut au moins se mettre d’accord sur la virtuosité visuelle du film, notamment le siège ultra-spectaculaire de Zion aux références très « méchas » et le combat final surpuissant entre Neo et Smith, digne d’un anime façon Dragon Ball Z.
Matrix Resurrections (2021)
Quand la trilogie cinéma tire sa révérence, les fans -plus aussi nombreux qu’en 1999- peuvent prolonger leur immersion dans les jeux vidéo Path of Neo (2005) et surtout The Matrix Online (2004), un MMO qui confie la continuité de l’histoire et de l’univers aux gamers qui peuvent alors choisir leur camp entre humains, machines et programmes rebelles. Finalement débranché en 2009, le jeu laisse la communauté orpheline, jusqu’à la surprise Matrix Resurrections (2021). Surprise, car personne n’attendait un nouveau film Matrix près de deux décennies plus tard, d’autant que l’esthétique commençait à être un peu dépassée. Et surtout pas un film aussi « méta ». Désormais en solo, Lana Wachowski fait de Matrix un jeu vidéo imaginé par le développeur Thomas Anderson (Keanu Reeves), qui injecte ses rêves, ses visions et son attachement à Tiffany (Carrie-Anne Moss) dans les lignes de code du programme. Mais vit-il dans une réalité supérieure à la Matrice, ou n’est-elle qu’une nouvelle illusion pilotée par les machines ?
Ce qu’on peut accorder à Matrix Resurrections (2021), c’est qu’il est constamment surprenant. Quitte à désarçonner le spectateur. Dans ses questions, dans ses choix, dans ses références, dans ses réinventions d’anciens personnages (Yahya Abdul-Mateen II en Morpheus, Jonathan Groff en Smith, Priyanka Chopra Jonas en Sati) ou dans ses retrouvailles avec certains acteurs originaux (Jada Pinkett ou Lambert Wilson). Personnellement, c’est l’épisode qui m’a perdu, mais je respecte totalement la vision de la cinéaste. Surtout quand on sait que le film aurait pu voir le jour sans elle, comme une énième saga essorée par un grand studio. Même si on n’adhère pas, on peut lui reconnaître cette volonté de garder la main. En sachant que les résultats catastrophiques au box-office (157 millions de dollars pour un budget de 190 millions) amèneront inévitablement un.e autre à rebooter la Matrice. Mais en tout cas, écrire ces lignes m’a redonné envie de le revoir. Et même de tout revoir. Pas vous ?
Dans quel ordre narratif regarder les films « Matrix » ?
Au-delà de l’ordre de production et de sortie des différents longs et courts métrages de la saga Matrix, voici l’ordre de visionnage que je préconiserais, sachant que si les segments Matriculé, Programme, Au-delà et Record du monde n’ont pas de temporalité précise, ils trouvent une place pertinente avant le premier film :
- Animatrix - La Seconde Renaissance, partie I / The Second Renaissance Part I (2003)
- Animatrix - La Seconde Renaissance, partie II / The Second Renaissance Part II (2003)
- Animatrix - Matriculé / Matriculated (2003)
- Animatrix - Programme / Program (2003)
- Animatrix - Au-delà / Beyond (2003)
- Animatrix - Record du monde / World Record (2003)
- Animatrix - Histoire d'un détective / A Detective Story (2003)
- Matrix (1999)
- Animatrix - Histoire de l'enfant / Kid's Story (2003)
- Animatrix - Dernier Vol de l'Osiris / Final Flight of the Osiris (2003)
- Matrix Reloaded (2003)
- Enter the Matrix (jeu vidéo)
- Matrix Revolutions (2003)
- Matrix : Path of Neo (jeu vidéo)
- The Matrix Online (jeu vidéo)
- Matrix Resurrections (2021)














































































































