V pour Vendetta a 20 ans et le film n’a jamais semblé aussi actuel

V pour Vendetta a 20 ans et le film n’a jamais semblé aussi actuel

Aurélien Bouron
Aurélien Bouron

Publié le 03 mai 2026

Mis à jour le 04 mai 2026

Il y a des films qu’on décide de revoir pour le plaisir, pour un passage, un dialogue, ou parce qu’on l’a aimé. Et puis il y a des films qu’on se sent obligé de revoir car ils sont toujours d’actualité, on continue de les mentionner des années plus tard. V pour Vendetta (2006) fait clairement partie de la seconde catégorie (même si c’est aussi un plaisir de le revoir).

Réalisé par James McTeigue, écrit par les sœurs Wachowski et adapté du comic book d’Alan Moore et David Lloyd, le film est sorti en salles en 2006. Sous le masque de V, on retrouve Hugo Weaving, avec Natalie Portman lui donnant la réplique, Stephen Fry en Deitrich et John Hurt donnant ses traits à l'antagoniste, le détestable dictateur Adam Sutler. 

Pourtant sorti dans un contexte différent d’aujourd’hui, le film n’a jamais quitté la pop culture. Ce qui frappe, c’est la façon encore très actuelle avec laquelle V pour Vendetta met en scène une société anesthésiée par l’angoisse. Le film imagine le Royaume-Uni autoritaire, verrouillé, surveillé, saturé de propagande, où le pouvoir ne tient pas seulement par la force mais également par le mensonge en désignant un ennemi pour mieux le dénigrer. De notre point de vue de 2026, cela n’a rien d’un film de science-fiction. Il nous semble prophétique et nous allons voir comment et pourquoi. 

Les fake news, déjà en 2006 ? 

Le film V pour Vendetta sort dans le sillage des années Bush, alors que la « guerre contre le terrorisme » a redessiné le débat public et internationalisé l’obsession sécuritaire. Mais de nombreux films de cette période, bien que très bons, paraissent dépassés par le contexte aujourd’hui. Peut-être que la grande force de V pour Vendetta c’est son langage théâtral, son ton affirmé, sa violence stylisée.

Il attaque là où ça fait mal, et montre la manière dont une société finit par habiter sa propre peur jusqu’à la trouver normale. En résumé, il pointe du doigt le spectateur, vous et moi. C’est précisément ce qui le rapproche d’œuvres comme The Handmaid's Tale : La Servante écarlate (2017) ou Years and Years (2019), qui ne décrivent pas seulement des systèmes en crise et une autocratie liberticide, mais la manière dont les individus s’habituent peu à peu à la brutalité.

Mais ce qui frappe aujourd’hui, c’est aussi la modernité presque effrayante de ses thèmes. Le long métrage a bien compris comment on assoit le pouvoir. Dans le film, la chaîne d'État BTN (British Television Network), est le cœur battant d’un système de désinformation oppressif. Cette propagande invente l'ennemi, le légitimise, canalise la colère et sert de relais à un pouvoir qui veut rester maître du récit national. Vingt ans après, tout cela résonne.

Entre les fake news, la post-vérité, les réseaux sociaux saturés de tout et son contraire, on comprend comment la désinformation de V pour Vendetta peut être mise en place et acceptée par le public. Sur ce point, le film rejoint d’ailleurs d’autres fictions plus récentes, dont The Boys (2019), qui explore cette stratégie de la fake news et de la saturation d’informations, surtout dans les saisons 4 et 5. On pourrait tout aussi bien citer The Capture (2019), série thriller britannique, qui se veut plus réaliste mais tout aussi inquiétante. 

Le masque de Guy Fawkes, de l’écran à la rue

Avant d’être un symbole pop mondial, Guy Fawkes est avant tout un personnage historique connu pour avoir participé à la Conspiration des poudres de 1605 : une tentative visant à faire exploser le Parlement anglais. V pour Vendetta reprend cette figure pour la transformer en visage de la révolte. Le masque du film, avec son sourire, sa moustache fine et élégante, devient bien plus qu’un élément de costume. Il crée une idée, celle d’un homme qui pourrait être tout le monde. Celle d’une résistance qui dépasse l’individu. 

Dans le film, peu à peu, le masque cesse d’être celui d’un homme pour devenir celui d’un peuple, d’une force collective, d’une colère unifiante. Le message est d'ailleurs si fort qu’il a dépassé la fiction en étant repris par les Anonymous puis par de nombreuses manifestations à travers le monde tout au long des deux dernières décennies. 

V pour Vendetta avait compris ce que de nombreuses œuvres ont exploré par la suite, de Mr. Robot (2015) à Star Wars : Andor (2022) : la résistance n’est pas qu’une question d’actes de rébellion, mais tient aussi dans les symboles, la narration et la capacité à faire naître une conscience collective.

Un film qui ne prend pas une ride

Les années passent et pourtant V pour Vendetta ne vieillit pas, autant par le message que visuellement. Ce n’est pas qu’un film politique, c’est aussi un très bon film, même si Alan Moore, co-créateur du comic, se tient à distance d’une adaptation qu’il trouve trop hollywoodienne. Au centre de cette réussite, il y a Hugo Weaving (qui a remplacé James Purefoy dans le costume en cours de tournage). Derrière un masque immobile, il arrive à faire vivre un personnage, une idée, des émotions, grâce à son phrasé, ses inflexions, sa manière d’occuper l’espace. Dans le film, il est magnétique et nous transporte tel un tribun en plein discours politique. 

Face à lui, Natalie Portman fait parfaitement contraste en Evey. Evey est celle qui doute, qui tremble, mais qui se transforme, qui humanise le message et les actes. Et puis, il y a le style. On sent immédiatement l’empreinte des sœurs Wachowski dans chaque chorégraphie, dans la théâtralité, dans les chorégraphies des affrontements. J’aurais presque aimé voir Neo se battre aux côtés de V ! 

Vingt ans après, V pour Vendetta n’a rien perdu de son mordant et de sa pertinence, bien au contraire. C’est certainement un film qui a marqué ces deux dernières décennies car il parle d’un pouvoir qui avance par la peur, du mensonge, de la post-vérité, et de cette fatigue collective qui pousse un peuple à baisser les bras et accepter l’inacceptable. Le film montre que les dystopies les plus dérangeantes ne parlent pas du futur. Elles parlent du présent et de ce qu’on a sous les yeux.

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V pour Vendetta
Londres, au 21ème siècle… Evey Hammond ne veut rien oublier de l’homme qui lui sauva la vie et lui permit de dominer ses peurs les plus lointaines. Mais il fut un temps où elle n’aspirait qu’à l’anonymat pour échapper à une police secrète omnipotente. Comme tous ses concitoyens, trop vite soumis, elle acceptait que son pays ait perdu son âme et se soit donné en masse au tyran Sutler et à ses partisans. Une nuit, alors que deux « gardiens de l’ordre » s’apprêtaient à la violer dans une rue déserte, Evey vit surgir son libérateur. Et rien ne fut plus comme avant. Son apprentissage commença quelques semaines plus tard sous la tutelle de « V ». Evey ne connaîtrait jamais son nom et son passé, ne verrait jamais son visage atrocement brûlé et défiguré, mais elle deviendrait à la fois son unique disciple, sa seule amie et le seul amour d’une vie sans amour…

À propos de cette liste

Titres

1

Coût total de visionnage

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Durée totale

2h 12min

Genres

Action & Aventure, Drame, Mystère & Thriller

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