
Après la saison 2 de Hijack, 9 séries pépites pour plonger dans les ténèbres de Berlin
Vous venez de voir la saison 2 de Hijack avec Idris Elba ? Si l’acteur britannique a troqué l’avion de la saison 1 pour les tunnels étouffants du métro berlinois, la tension, elle, est restée immense. Après cette prise d’otages dans les tréfonds de la capitale allemande, la Porte de Brandebourg risque de vous paraître bien fade si vous recherchez une série berlinoise qui garde le même ton.
Berlin n’est pas juste une ville de fêtes, de culture et de musique ; c’est aussi un labyrinthe de béton froid, avec des cicatrices laissées par une histoire lourde. Pour prolonger cette claustrophobie urbaine, j’ai sélectionné pour JustWatch neuf œuvres qui explorent les entrailles de la ville. Ici, on oublie les guides touristiques : ces séries vous emmènent dans des endroits que je vous conseille d’éviter ! On parle d’espionnage, de guerres de clans, de secrets enfouis sous le bitume.
On revient au sérieux, au réalisme et au contemporain. Berlin Station (3 saisons, 29 épisodes) pourrait être comparé au Bureau des Légendes (2015-2020) par sa sobriété. Oubliez les gadgets à la James Bond, ici, les armes sont la bureaucratie, les clés USB cryptées, et les coups de poignard dans le dos sans que personne ne s’en aperçoive. L'intrigue suit Daniel Miller (Richard Armitage), un analyste américain transféré au bureau de la CIA à Berlin pour trouver la taupe qui fait fuiter des secrets d'État.
Berlin Station est faite pour les puristes, lecteurs de John Le Carré. La ville est filmée comme un personnage à part entière : grise, tentaculaire, labyrinthique, froide. Kleo montrait son côté festif, pop, coloré, Berlin Station expose le sombre de la ville. J’ai adoré que la frontière entre le Bien et le Mal soit inexistante. Personne n’est gentil ou méchant, la morale est absente, et tout ce qui compte est de servir ses propres intérêts et ceux de l'État qu’on défend.
On quitte les espions pour plonger dans le bitume avec 4 Blocks (3 saisons, 19 épisodes), qu’on pourrait facilement comparer à Gomorra (2014-2021). Nous sommes à Neukölln, un quartier de Berlin, territoire du clan libanais Hamady. Ali « Toni » Hamady (Kida Khodr Ramadan) rêve de se ranger pour offrir un avenir légal à sa femme et sa fille. Mais l’arrestation de son beau-frère le force à replonger à pieds joints dans le sang et la drogue pour protéger son quartier des gangs rivaux et de la police.
C'est brut, c'est sale, et ça fait froid dans le dos. Neukölln est l’un des quartiers les plus populaires de Berlin, avec ses bars cools, ses kebabs excellents, son multiculturalisme, mais 4 Blocks permet de découvrir la noirceur de ce lieu, sans rien glamoriser. Kida Khodr Ramadan livre une superbe performance en parrain fatigué mais impitoyable. C'est une œuvre qui sort des sentiers touristiques, et qui dépeint une réalité qui ne donne vraiment pas envie. Croyez-moi, après avoir vu la série vous aurez peut-être envie d’aller vivre à Neukölln mais sans devenir gangster.
Counterpart (2 saisons, 20 épisodes) est un OVNI qui mélange espionnage classique et science-fiction. La série utilise très intelligemment l’histoire berlinoise pour réinventer la Guerre Froide. On y suit Howard Silk (J.K. Simmons, toujours aussi doué), un gratte-papier sans ambition dans une agence bureaucratique mystérieuse de Berlin, qui découvre que le sous-sol abrite un passage secret vers une dimension parallèle. De l’autre côté, il y a son « double », qui est pourtant son opposé : espion aguerri, cynique et impitoyable.
Pourquoi Berlin ? C’est la ville idéale à cause de son histoire et de sa séparation Est/Ouest. La série utilise tous les codes du thriller d’espionnage (des échanges de prisonniers, la paranoïa, des secrets d'État, des catastrophes évitées de justesse) et les applique à deux réalités alternatives au bord de la guerre. J.K. Simmons livre une performance doublement parfaite puisqu’il incarne deux personnalités très différentes. Counterpart est un beau mélange de Dark (2017-2020), Severance (2022-) et du Pont des Espions (2015).
Impossible de passer à côté de Deutschland 83 (1 saison, 8 épisodes) si vous aimez l’espionnage et la Guerre Froide. Cette série (suivie de 86 et 89, pour la trilogie complète) nous ramène à l’époque où le monde retenait son souffle, le doigt sur le bouton nucléaire. On y suit Martin Rauch, un jeune garde-frontière de l’Est envoyé de force à l’Ouest pour infiltrer l’armée de la RFA. Ce n’est pas une énième série d’espionnage sur le conflit. C’est un thriller pop survolté, rythmé par une bande-son des années 80 parfaitement sélectionnée (Peter Schilling, Nena, New Order, Duran Duran, Bowie) et qui contraste avec la menace imminente d’une Troisième Guerre mondiale.
Le contraste, la série en abuse (et ce n’est pas une critique) : le ton est aussi grave que léger, c’est drôle, c’est passionnant, et la naïveté de Martin est rafraîchissante. Le protagoniste est vite confronté au choc culturel alors que les supermarchés de l'Ouest sont des lieux bien étranges à ses yeux. C’est une série qui ose, qui donne du rythme à son scénario et devant laquelle il est impossible de s’ennuyer. Pour les fans de Goodbye Lenin! (2003), c’est un passage obligatoire.
Faisons un grand saut dans le temps avec Babylon Berlin (5 saisons, 40 épisodes). C’est la série la plus chère de l’histoire de la télévision allemande, et croyez-moi, ça valait le coup. Nous sommes en 1929, en pleine République de Weimar, quand le commissaire Gereon Rath débarque dans la capitale depuis Cologne pour ce qui ressemble à une banale enquête de mœurs et de chantage. Pourtant cette affaire va rapidement l’entraîner dans une conspiration vertigineuse.
La ville entière semble prête à exploser alors que la pauvreté extrême des bas-fonds côtoie le luxe des cabarets et la montée insidieuse du nazisme. C’est une magnifique fresque historique qui arrive à montrer Berlin comme ville d’accueil des opprimés mais également comme un théâtre de répression. C’est un polar qui arrive à dépeindre une société en train de s’effondrer sur elle-même, mais qui porte une créativité incroyable. Babylon Berlin est pour moi LA grande surprise de ces dernières années. La mise en scène est toute aussi crasseuse que glamour, la série nous donne l’impression de flirter avec l’histoire, l’intrigue est réellement passionnante. Berlin est sans aucun doute une ville de dualité, et Babylon Berlin arrive parfaitement à la mettre en avant. Dans la continuité de Kleo, Deutschland 83 et Beat, la musique est centrale dans cette série et arrive à confirmer cette double atmosphère.
Unfamiliar (1 saison, 6 épisodes) est la suite logique du moment, puisque la série fait partie des plus populaires sur Netflix. Ici, c’est un peu comme si The Americans (2013-2018) rencontrait l’ambiance froide d’un huis clos berlinois. On suit un couple d’ex-espions qui pensait avoir acheté sa tranquillité en gérant une « safe house » en plein Berlin. Sauf que dans cette ville, le passé a tendance à revenir nous mordre violemment, sans qu’on s’y attende.
On est sur du classique : meurtres, trahisons, alliances, secrets. Un thriller d’espionnage comme on les aime. Ce n’est pas révolutionnaire, mais c’est vraiment très efficace. Surtout que le scénario est vraiment bien écrit et prend bien soin de conserver une grande part de mystère à chaque épisode. Une paranoïa s’installe, même chez le spectateur, alors que les mensonges s’accumulent.
Kleo (2 saisons, 14 épisodes) est la réponse allemande à Killing Eve (2018-2022), mais avec une saveur post-RDA inimitable. L’histoire commence juste après la chute du Mur : Kleo Straub (Jella Haase), une tueuse d’élite de la Stasi, sort de prison après avoir été trahie. Elle n’a alors qu’une seule obsession : se venger dans le sang à travers un Berlin réunifié en pleine mutation anarchique.
Visuellement, c’est une claque. On oublie la noirceur de l’époque pour laisser place à des couleurs kitsch, des vêtements qu’on s’arracherait en friperie aujourd’hui, et de l’humour noir. On retrouve une nouvelle fois ce choc culturel alors que la musique électronique et les mœurs venues de l'Ouest envahissent l’Est. L’actrice, brillante, arrive à osciller entre sentimentalisme et brutalité psychopathe, tandis que son acolyte, Thilo (Julius Feldmeier), résume l’humour et l’absurde de la série à lui tout seul. C’est parfait pour décompresser : fun, rythmé, déjanté, avec une super histoire. Une pépite qui prouve qu’on peut rire en tuant des ex-agents de la Stasi.
Dogs of Berlin (1 saison, 10 épisodes) est un polar urbain qui a mangé du béton. La série commence par un événement malheureux qui risque de faire exploser la poudrière berlinoise : la veille d’un match international, une superstar du football germano-turc est retrouvée assassinée. Pour éviter une émeute, l’affaire est étouffée et deux flics que tout sépare doivent collaborer - Erol (un policier d’origine turque régi par ses principes) et Kurt (un flic d’ex-Allemagne de l’Est endetté et corrompu).
Dogs of Berlin parvient, avec beaucoup de brutalité, à montrer les frictions communautaires en se frottant aux néo-nazis de Marzahn, à la mafia turque et aux flics ripoux. On patauge dans les bas-fonds de la ville avec beaucoup de chaos et de nervosité. Si la comparaison avec 4 Blocks est inévitable, Dogs of Berlin l’emporte grâce à une réalisation sous adrénaline. J’ai retrouvé quelques similarités avec The Shield (2002-2008), la référence britannique en matière de flics corrompus, mais aussi avec Gangs of London (2020-) dans sa réalisation.
Que serait Berlin sans ses nuits blanches et sa scène techno ? Si la fête est un élément central dans la capitale allemande, cette dernière amène son lot de crimes. Beat (1 saison, 7 épisodes) utilise ce microcosme (les boîtes, la sueur, la drogue, et les basses qui font trembler les murs) comme toile de fond d’un thriller très sombre. Robert « Beat » Schlag (Jannis Niewöhner) est un promoteur de club recruté de force par les services secrets européens pour infiltrer un réseau mafieux soupçonné d’un vaste trafic d’organes.
La série mise tout sur l’atmosphère : sombre, poisseuse, dérangeante, mais aussi particulièrement enivrante. On sentirait presque le sol collant sous nos pieds et l’odeur de cigarette froide. Le protagoniste brûle la vie par les deux bouts jusqu’à l’autodestruction, la violence est bien présente et le gore nous fait parfois grimacer, mais tout y est : ambiance, scénario, jeu des acteurs. C’est la série parfaite pour voir l’envers du décor, là où l’esprit du Berghain rencontre le thriller.























































