
Insolite : Keanu Reeves a incarné 11 fois des personnages portant ce prénom !
Il y a une curiosité dans le monde du cinéma, plus précisément dans les rôles joués par Keanu Reeves : c’est qu’il campe très souvent un personnage s’appelant John, ou l’une de ses variantes ! On dirait presque un running gag caché : donner le prénom le plus banal à l’acteur qui a le prénom le plus particulier. Vous m’excuserez, par ailleurs, d’utiliser le prénom John à répétition dans tout cet article. Poussons le running gag jusqu’au bout.
Keanu Reeves pourrait créer son propre multivers de John !
Avec la sortie récente de Good Fortune (2025), on voit que Keanu Reeves n’est pas condamné à un seul prénom puisqu’il y joue un Gabriel, un ange maladroit imaginé par Aziz Ansari. Mais derrière lui, il laisse une drôle de galerie de Johns : tueur à gages, agent du FBI, exorciste, hacker cyberpunk, fiancé victorien, mec paumé, méchant shakespearien. Keanu Reeves pourrait rivaliser avec les Avengers en créant son propre multivers de John ! De quoi revisiter sa carrière par une porte d’entrée absurde, mais étonnamment révélatrice : celle des Johns.
C’est LE John de sa vie, apparu dans quatre films et le spin-off Ballerina. Le rôle qui replace Keanu Reeves sur le devant de la scène alors que sa carrière semblait être sur le point de s'essouffler. Chad Stahelski, le réalisateur de John Wick, n’a pas été fainéant et ne s’est pas laissé avoir par cette mode insupportable du montage épileptique qui cache la misère. Ici, la chorégraphie martiale est reine.
Ce John-là est le croquemitaine en costume noir, implacable et élégant, tiré de sa retraite par le meurtre de son chien. Ce John, c’est la démesure maîtrisée, dans laquelle Keanu Reeves s’investit physiquement. Les puristes de films d’action y trouveront leur bonheur, surtout s’ils aiment la violence nerveuse de The Raid (2012) ou l'énergie plus ironique de Nobody (2021).
Johnny Mnemonic est le nanar cyberpunk par excellence. Visuellement, le film pique violemment les yeux, les effets spéciaux ont très mal vieilli, et l’intrigue est assez incompréhensible avec des dauphins cyborgs et des yakuzas corporatistes. Mais quel délire ! Reeves campe un Johnny (évidemment) cynique, en costard, qui veut récupérer sa vie et sa mémoire.
Adapté d’une nouvelle de William Gibson, Johnny Mnemonic porte à fond cette vision d’un futur sale et saturé avec ses méga corporations et la surcharge technologique. Il est possible que vous détestiez, et ce serait défendable. Moi, j’ai adoré. C’est une curiosité pour tout amateur de science-fiction rétro, avec des implants cybernétiques low-cost, une vision du web et du futur fantasmée, une esthétique crade. Bref, c’est un bel échauffement pour Matrix (1999) qui est sorti quatre ans plus tard.
Dans Point Break : extrême limite, Keanu Reeves joue l’un de ses Johns les plus cultes : Johnny Utah, agent du FBI infiltré chez des braqueurs surfeurs. Kathryn Bigelow nous présente ici un film chargé d’action et d’adrénaline tout en réussissant à vraiment filmer le monde du surf, à transmettre sa culture, à capter la puissance des vagues.
Dans le film, Keanu Reeves est un jeune loup à l’air un peu effronté, alors que Patrick Swayze, qui lui donne la réplique, peut se vanter d’un charisme qui traverse l’écran dans la peau de Bodhi, l’impressionnant gourou blond qui ne vit que pour la vague. C’est le film parfait pour les fans de surf et cette ambiance de glisse qu’on retrouve dans Les Seigneurs de Dogtown (2005) et… Brice de Nice (2005) ?
Ce John est l’un des plus intéressants de la carrière de Keanu Reeves, même s’il n’a rien à voir avec le Constantine des comics qui est anglais, blond et punk. Voir l’acteur camper un exorciste californien a donc mis les fans d’Hellblazer en rogne. Mais bizarrement, ça marche plutôt pas mal quand on n’est pas attaché au matériel d’origine. C’est un film occulte dans lequel Los Angeles devient l’antichambre de l’enfer.
Le Constantine du film est malade, crache ses poumons et enchaîne les clopes tout en exorcisant les démons avec déjà un pied dans la tombe. Le film fonctionne parce qu’il assume sa noirceur, mais c’est aussi grâce à Tilda Swinton en archange Gabriel, et Peter Stormare en Lucifer en costume blanc. Constantine est pour les amateurs d’antihéros au bord du gouffre. Si vous aimez cette ambiance, tentez aussi Hellboy (2004) de Guillermo del Toro, ou The Sandman (2022).
Dans Dracula, Keanu Reeves joue un John plus distingué au milieu d’un casting impressionnant. Francis Ford Coppola a réussi à réunir Gary Oldman, Winona Ryder et Anthony Hopkins pour une fresque gothique pleine de sensualité et vraiment réussie.
Malheureusement, Keanu Reeves, qui n’en était qu’à ses débuts et ne jouait que son deuxième John, peine à percer l’écran. Dans son rôle de Jonathan Harker, il a l’air complètement paumé et figé face à un Gary Oldman en pleine démonstration de ses talents. On pardonnera ce faux pas (et son accent britannique raté) à l’acteur, vu la carrière qu’il a eue par la suite ! De plus, le film est vraiment très bon, et je vous conseille d’enchaîner avec Entretien avec un vampire (1994), l’autre grand classique gothique des années 90.
Dans Beaucoup de bruit pour rien, Kenneth Branagh adapte Shakespeare pour en faire une grande fête solaire, pleine de tirades, de robes claires, de quiproquos et un casting XXL en pleine Toscane. Et au milieu de tout cela, qui se trouve dans son coin en train de bouder ? Keanu Reeves, évidemment, dans le rôle de Don John ! Cette fois-ci, il incarne un John méchant, le frère bâtard, aigri, comploteur et jaloux.
Il est encore dans ses années où il pourrait perfectionner son jeu d’acteur, car il passe la plus grande partie du film avec une moue dédaigneuse, comme un enfant qui veut nous faire comprendre qu’il n’est pas content. Mais dans cette ambiance très théâtrale, cela fonctionne mieux que ça ne devrait.
Cyberpunk 2077 n’est pas un film ou une série, mais un jeu vidéo. Pourtant, impossible de passer à côté de ce John. Même dans les jeux vidéos, Keanu Reeves se fait poursuivre par ce prénom ! Ici, il joue Johnny Silverhand, rockstar légendaire, terroriste pour les uns, révolutionnaire pour les autres. Finalement, Johnny Silverhand est un condensé de beaucoup de John que Keanu a pu interpréter : un personnage détaché, usé, charismatique, qui ressemble à John Wick en fin de carrière.
Il apporte au jeu vidéo une vraie présence, et c’est toujours un plaisir de le voir apparaître au fil de notre partie. Ce Johnny-là, il est odieux, égocentrique, vulgaire, fan de monologues qui se regardent le nombril, et on voit que Keanu Reeves s’éclate dans ce registre. J’ai adoré passer des heures sur ce jeu, d’autant plus qu’un anime spin-off est sorti par la suite : Cyberpunk : Edgerunners (2022).





















































