
De The Crown à The Mastermind, nous avons classé les meilleures performances de Josh O’Connor !
Josh O’Connor est aujourd’hui considéré comme l’un des acteurs les plus prolifiques et les plus travailleurs de sa génération. Révélé avec le drame indépendant Seule la terre (2017) de Francis Lee, l’acteur britannique a bâti une carrière très solide, presque sans aucune fausse note dans ses choix de films, de séries et de rôles.
Après avoir travaillé avec des auteurs comme Luca Guadagnino et Alice Rohrwacher, l’année 2025 s’est annoncée particulièrement abondante pour l’acteur, puisqu’on l’a vu en tête d’affiche dans quatre films. À l’occasion des sorties françaises de The Mastermind (2025) et Le Son des souvenirs (2025), mais aussi en vue du très attendu Disclosure Day (2026) de Steven Spielberg où O’Connor donnera la réplique à Emily Blunt et Colin Firth, j’ai classé ses meilleures performances au cinéma et à la télévision dans ce guide JustWatch.
Certains peuvent trouver cette série biographique sur la vie de la reine Elizabeth II trop niche à leur goût, mais, dans le parcours de Josh O’Connor, The Crown (2016-2023) lui a offert son rôle le plus récompensé. L’acteur a rejoint le casting dans le rôle du roi Charles III et l’a incarné durant les troisième et quatrième saisons. Interpréter une personne réelle, dont la vie privée tumultueuse a été largement médiatisée, sans tomber dans une imitation grotesque, constituait le principal défi de ce rôle.
Josh O’Connor a pourtant réussi à saisir le cœur des conflits intérieurs du Prince à travers des détails très subtils dans sa manière de parler ou de se tenir, qui auraient très bien pu passer inaperçus. L’inclinaison de la tête, le sifflement de ses dents lorsqu’il parle — O’Connor intègre toutes ces nuances dans son interprétation. Surtout dans le dixième épisode de la quatrième saison, lors de la confrontation de Charles avec Diana à propos de Camilla, son jeu atteint un nouveau sommet : son visage est traversé par de multiples émotions et réactions en l’espace de quelques secondes. Heureusement, le monde de la télévision n’est pas resté indifférent à sa prestation : en 2021, l’acteur a ainsi remporté à la fois un Emmy et un Golden Globe dans la catégorie du Meilleur acteur dans une série dramatique.
Un autre film qui tient particulièrement à cœur à l’acteur britannique est La Chimère (2023) d’Alice Rohrwacher, et ce n’est évidemment pas sans raison ! Josh O’Connor s’est beaucoup investi pour incarner Arthur, un homme hanté par un amour perdu, mais aussi par les fantômes des reliques qu’il exhume de la terre grâce à ses dons de médium. Comme le film se déroule en Toscane, l’acteur a appris l’italien ; et pour capter la solitude et la mélancolie de son personnage, il a vécu dans un camping-car pendant le tournage, préparé sa propre nourriture et s’est même lavé dans un lac !
Le réalisme magique a toujours été très caractéristique du cinéma d’Alice Rohrwacher. Dans La Chimère également, vêtu d’un costume blanc cassé tout froissé, le regard reculé mais mystérieux, le personnage d’Arthur est dépeint comme une sorte d’anti-héros mythique. Parmi tous les rôles que l’acteur a incarnés jusqu’à présent, Arthur reste sans doute le plus atypique, le plus singulier, porté par la vision idiosyncrasique de la réalisatrice. Dans la même veine que La Chimère, Les Merveilles (2014) et Heureux comme Lazzaro (2018) sont également à ne pas manquer.
Le premier long métrage de Francis Lee est le film qui a véritablement révélé le talent de Josh O’Connor au public et, dans un entretien qu’il a donné à Letterboxd, l’acteur a lui-même confirmé combien il était fier de ce film, précisant qu’il regarde souvent ses dix dernières minutes pour « sentir quelque chose ». Sur le plan thématique, Seule la terre (2017) pourrait être comparé au Son des souvenirs, mais il se montre beaucoup plus nuancé et profond dans sa manière d’aborder la sensualité homosexuelle. O’Connor y incarne Johnny, un jeune fermier qui s’occupe de la ferme familiale dans le Yorkshire. C’est un travailleur frustré qui cherche à compenser ses angoisses par l’alcool et des relations sexuelles sans attaches avec des hommes, jusqu’à ce que Gheorghe, un ouvrier saisonnier roumain, fasse irruption dans sa vie.
La singularité de Seule la terre réside dans l’équilibre impressionnant qu’il instaure entre le réalisme social et la profondeur émotionnelle, qui déterminent respectivement les comportements de ses personnages. La physicalité, le langage corporel — non seulement entre Johnny et Gheorghe, mais aussi dans leurs gestes quotidiens de manière plus générale — y occupent une place centrale. Dans ce rôle révélateur, le jeune acteur fait coexister la cruauté et la fragilité dans un même regard, un même geste. Aux côtés d’O’Connor, il faut également saluer l’interprétation d’Alec Secăreanu dans le rôle de Gheorghe, car la force du film découle précisément du magnétisme entre les deux acteurs. Un équilibre qui ne s’atteint pas aussi facilement qu’on pourrait le croire.
À titre personnel, The Mastermind est mon film préféré parmi les œuvres évoquées dans cette liste, mais si l’on établit un classement fondé uniquement sur les performances de Josh O’Connor, celle qu’il livre dans le film de Kelly Reichardt reste, disons, moins piquante. The Mastermind se concentre sur un certain J. B. Mooney, père de famille et charpentier au chômage qui, succombant à son ego démesuré, se croit capable de voler des œuvres d’art dans un musée du Massachusetts. Mais ses plans s’avèrent complètement désastreux et Mooney se retrouve rapidement dépassé, à la fois par le système et par le climat politique et social du début des années 1970.
Qu’il s’agisse du début du XIXème siècle ou de notre époque, les films de Kelly Reichardt ont toujours été dotés d’un regard très incisif et lucide sur la société américaine, et The Mastermind n’y fait pas exception. On pourrait être tenté de qualifier le long métrage de film de braquage, mais il s’agit plutôt d’un anti-film de braquage, dans la mesure où la réalisatrice démonte un à un tous ses clichés pour aboutir à un exercice de style à portée politique. Dans cette perspective, le jeu du comédien joue un rôle indispensable, par la manière dont il incarne un protagoniste auquel le film ôte tout moyen de s’identifier ou de se sentir proche. Sa présence corporelle dans le cadre est travaillée avec une grande subtilité afin de convoquer, chez le spectateur, sa maladresse et son inaptitude existentielle. Une performance digne des films de Robert Bresson, qui restera sans doute sous-estimée par rapport à ses rôles plus connus.
Le drame sportif et romantique électrisant de Luca Guadagnino a beaucoup contribué à la reconnaissance de Josh O’Connor auprès du grand public, car les rôles qu’on lui confiait jusqu’alors étaient davantage limités au cinéma d’art et d’essai. Challengers (2024) chronique des relations à la fois amoureuses et compétitives entre trois joueurs de tennis. Aux côtés de Zendaya et Mike Faist, Josh O’Connor y incarne Patrick Zweig, un personnage frontal, charmeur, instable mais aussi très ambitieux -des attributs qui contrastaient avec ceux de son ami et rival, Art Donaldson, incarné par Mike Faist.
L’acteur a confié que jouer Patrick représentait un véritable défi, sa personnalité étant assez différente de la sienne -ajoutons également qu’il s’agissait de sa première production majeure où il incarnait un personnage américain. Nul besoin de dire qu’il a parfaitement assuré. Même si le film dessine un triangle amoureux entre Patrick, Art et Tashi, c’est en réalité la tension presque homoérotique entre eux qui laisse le plus d’impression dans la mémoire des spectateurs. Et ça, on le doit énormément au duo Faist–O’Connor ! Oui, oui, je sais, moi non plus je n’arrive pas à oublier la scène du churro, ni celle du sauna !
Max Walker-Silverman est un cinéaste plutôt apprécié dans le circuit du cinéma indépendant américain, notamment à Sundance. Mais son deuxième long métrage, Rebuilding (2025), n’a malheureusement pas fait de buzz au box-office dans l’Hexagone (à peine 50 000 entrées). Dans ce néo-western, qui rappelle la subtilité des premiers films de Chloé Zhao, Josh O’Connor livre une performance très solide et convaincante. D'autant plus que l'acteur britannique y joue un cowboy de Colorado qui a perdu son ranch dans des incendies et qui, entouré des personnes qui se retrouvent dans la même situation que lui, essaye de « reconstruire » sa vie.
Rebuilding est un film qui travaille beaucoup avec le silence et les non-dits, et O’Connor est vraiment doué pour capter les états d’âme d’un homme qui n’arrive pas à se servir des mots pour exprimer ses émotions. Même si son personnage reste central au récit, le film met davantage l’accent sur le sens de la communauté et la résilience que l’on apprend à assumer à travers nos proches -la présence de l’acteur repose donc beaucoup sur l’effacement de soi, afin d’atteindre une certaine universalité sentimentale. La tonalité de Rebuilding est assez rare dans le cinéma contemporain, dotée d’une sincérité et d’une foi en l’humanité que je vous conseille vivement de découvrir.
Même si le terme de « hot priest » nous est venu à l’esprit grâce à l’ingénieuse performance d’Andrew Scott dans Fleabag (2016-2019), le titre semble aujourd’hui être passé à son compatriote Josh O’Connor, qui incarne, dans le troisième volet de la saga Knives Out, un prêtre faussement accusé du meurtre d’un autre prêtre avec lequel il était en conflit. Le fait que la carrière de l’acteur soit aussi prolifique rend la comparaison entre ses rôles assez délicate ; mais comme Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés (2025) propose un récit choral, porté par de nombreux·ses comédien·nes apportant chacun·e sa propre singularité, il se retrouve ici relégué au septième rang.
Cet aspect du récit n’enlève rien à la performance de Josh O’Connor ; au contraire, le très sensible prêtre Jud constitue le véritable centre moral et émotionnel du film. D’ailleurs, la saga Knives Out est connue pour ses personnages excentriques et hauts en couleur. Même si celui de Josh O’Connor n’est pas au même niveau d'extravagance que celui de Daniel Craig, par exemple, le fait qu’il soit un ex-boxeur au passé sombre enrichit et approfondit les doutes qu’il éprouve envers lui-même. Wake Up Dead Man est également à ne pas manquer, car c'est l'un des rares cas où le comédien verse dans le registre comique. Enfin, au-delà de notre appréciation pour Josh O’Connor, c’est un délicieux whodunit.
Réalisé par Oliver Hermanus, que certains connaissent également pour son film Vivre (2022), Le Son des souvenirs est, en théorie, un choix parfait pour les fans de Josh O’Connor, puisqu’il partage l’affiche avec une autre star tout aussi connue (et belle, d’ailleurs) : Paul Mescal. Mais le résultat s’avère plutôt décevant sur le plan cinématographique.
Présenté en 2025 en compétition officielle à Cannes, le film raconte l’histoire d’amour entre deux étudiants en musique -Lionel et David- qui partent en voyage dans le Maine rural afin de recueillir et d’enregistrer des chansons folkloriques vers la fin des années 1910. Inutile de préciser que, compte tenu de l’époque, leur relation est condamnée à rester impossible. O’Connor y incarne David, dont la mélancolie et la solitude sont bien plus marquantes que celles du personnage joué par Paul Mescal. Son attitude ostensiblement insouciante, qui dissimule une intériorité plus profonde, rappelle d’ailleurs quelque peu son rôle dans Challengers.
Malgré les performances touchantes de ses acteurs principaux, le film peine à capturer l’intimité et la chimie entre Lionel et David, sans doute en raison des ellipses temporelles qui rythment le récit. À noter, pour les fans de Josh O'Connor, que le film pourrait s’avérer quelque peu décevant, car dans sa seconde moitié, on ne le voit presque plus. Quoi qu’il en soit, la sortie est prévue le 25 février, si vous souhaitez découvrir ce film que je pourrais présenter comme un Secret de Brokeback Mountain (2005) dépourvu de toute sexualité.















































