
Connaissez-vous Allegra Coleman ? Voici l’étonnante histoire de l'actrice qui n'a jamais existé
« Oubliez Gwyneth… Oubliez Mira… Voici la prochaine fille de rêve d’Hollywood ». En novembre 1996, le magazine Esquire met à sa Une un nouveau visage : sous la plume de la journaliste Martha Sherrill et devant l’objectif de Troy House, la comédienne Allegra Coleman se dévoile aux lecteurs sur huit pages dans lesquelles elle partage avec une profondeur de « vieille âme » sa vie, son parcours, sa philosophie, ses ambitions…
« Je suis née actrice »
Dans le plus pur style du magazine, qui aime offrir des portraits vivants et très incarnés, on y apprend que la jeune femme de 22 ans, aux origines cherokees et tchèques, s’est confiée à la journaliste au détour d’une balade et d’un road trip, sans réelle interview cadrée. Qu’elle vient d’une famille de circassiens et de poètes (ses parents étaient photographe et actrice), qu’elle est amie avec l’auteur et gourou Deepak Chopra, qu’elle a vécu une relation passionnée avec David Schwimmer (Friends), qu’elle est apparue dans Melrose Place (1992-1999) et Cliffhanger (1993), et que les plus grands rêvent de travailler avec elle.
« Elle a un talent fou. Que du talent. », dit d’elle Quentin Tarantino. « Vous avez l'impression qu’elle pourrait quitter la scène à n’importe quel moment et ne jamais revenir », confie Bernardo Bertolucci. Woody Allen s'apprête à la faire tourner, Susan Sarandon et Goldie Hawn veulent produire son prochain film, Joel Schumacher rêve de lui confier le rôle de Sally Bowles dans un remake de Cabaret… Allegra Coleman est désirée et pourtant insaisissable. « Elle se tient au bord de la célébrité comme s'il s'agissait d'une étape vers la mort », écrit Martha Sherrill.
Le buzz Allegra Coleman
Dès la publication, le tout-Hollywood s’enflamme pour Allegra Coleman. De nombreux agents et responsables de studios contactent la rédaction d’Esquire pour entrer en contact avec celle qui avait échappé à leurs radars et lui proposer un contrat. Sauf qu’Allegra Coleman n’existe pas. Elle est née de l’esprit de Martha Sherrill -qui poursuivra d’ailleurs ses aventures dans le roman My Last Movie Star (2003)- dans le cadre d’un canular visant à dénoncer la fascination et l’emballement permanent du microcosme hollywoodien pour ces portraits trop beaux pour être vrais. Et le buzz a prouvé que cela fonctionnait.
La plume de Martha Sherrill, les clichés réels et retouchés signés Troy House, les anecdotes impliquant des stars, les citations improbables, les péripéties clichés qui parsèment le papier, le style en phase avec les publications habituelles du magazine, l’aura glamour de Esquire… Tout était aligné pour que la supercherie fonctionne. Si le cinéma imaginera par la suite des fictions autour d’actrices fictives voire de vraies stars virtuelles, l’article consacré à Allegra Coleman a finalement été l’une des premières tentatives du genre et nous incite, trente ans après, à l’heure où l’IA rend tout possible, à questionner les apparences.
Deux vrais liens avec le réel
Malgré son pedigree entièrement nourri d’illusions et de mensonges, Allegra Coleman a toutefois deux véritables liens avec le réel. Et le cinéma. Le premier, c’est son visage. C’est une jeune mannequin, alors âgée de 20 ans, qui accepte de jouer ce rôle en 1996. Une certaine Ali Larter qui, prophétiquement, verra sa carrière d’actrice décoller quelques années plus tard. Après des débuts dans American Boys (1999) et La Maison de l’horreur (1999), elle devient par la suite un visage récurrent des sagas Destination Finale et Resident Evil au cinéma, et multiplie les rôles à la télévision, notamment dans Heroes (2006-2010) et Landman (2024-). Et si je vous raconte cette histoire aujourd’hui, 28 février 2026, c’est que l’Américaine fête ses 50 ans ce samedi.
L’autre lien est plus discret et relève de l’easter egg bien (bien) caché. Si vous l’aviez repéré, vous êtes fort.e car pour ma part, je ne l’ai découvert que très récemment. Dans le film Hitch - expert en séduction (2005), il y a Will Smith en love-coach, il y a Eva Mendes en journaliste piquante décidée à boucler un article sur ce gourou des sentiments, il y a Kevin James en amoureux nourri de ses conseils, et il y a Amber Valetta en femme d’affaires pour qui en pince ce dernier. C’est son personnage qui nous intéresse : dans la romcom, elle est baptisée Allegra Cole. Un clin d’oeil plus qu’appuyé à la star imaginaire d’Esquire, qui renvoie assurément à l’aura parfaite et inaccessible que prend la jeune femme dans l’oeil de son prétendant. Comme Allegra Coleman en 1996.





























