Êtes-vous prêts pour l’événement cinématographique le plus attendu de l’année ? On imagine que, comme des milliers de cinéphiles à travers le monde, vous suivez de près la course aux Oscars 2026, alors que les favoris commencent peu à peu à se dessiner, à mesure que d’autres institutions professionnelles décernent leurs propres prix.
En comparaison avec les nominations de l’année dernière, difficile de ne pas constater que, parmi les films en lice cette année, la concurrence est nettement plus intense et que les pronostics s’avèrent bien moins évidents -ce qui n’empêche évidemment pas de s’y risquer. Là où, en 2025, les Oscars du Meilleur acteur et du Meilleur second rôle semblaient promis bien avant la cérémonie -respectivement à Adrien Brody et à Kieran Culkin- rien ne semble cette fois joué d’avance dans les catégories majeures.
Qui pour l’Oscar de la Meilleure réalisation ?
Parmi elles, la catégorie de la Meilleure réalisation se distingue tout particulièrement, tant par la qualité des cinéastes nommé.es que par la portée culturelle et historique que pourrait revêtir la victoire de chacun.e. Au prix d’absences notables -celles de Kléber Mendonça Filho, Park Chan-wook ou encore Jafar Panahi- les nominations dans cette catégorie distinguent ainsi Chloé Zhao, Joachim Trier, Josh Safdie, Paul Thomas Anderson et Ryan Coogler.
Certes, les votant.es de l’Académie prennent rarement en compte les enjeux de la diversité. Mais, à l’échelle de l’industrie, la valeur symbolique de ces récompenses demeure loin d’être négligeable. Dans ce guide JustWatch, je reviens sur ce que pourrait signifier la distinction de chacun.e de ces cinéastes, qui ont toutes et tous signé des films particulièrement aboutis et qui mériteraient, chacun.e pour des raisons propres, de l’emporter.
Chloé Zhao (Hamnet)
Le parcours cinématographique de Chloé Zhao a été pour le moins tumultueux. En 2021, lorsque son Nomadland (2020) a remporté trois Oscars, dont Meilleur film et Meilleure réalisation, la réalisatrice était au sommet de sa carrière. Mais son film suivant, Les Éternels (2021), fut un échec critique, à tel point qu’on a commencé à douter de la capacité de la réalisatrice à se remettre de cette chute de popularité.
Hamnet (2025) a prouvé qu’en elle était sûrement capable. Objectivement, Zhao n’est pas la favorite, mais en tant que la troisième réalisatrice qui a remporté l’Oscar de la Meilleure réalisation après Kathryn Bigelow et Jane Campion, elle pourrait devenir la toute première réalisatrice à recevoir deux Oscars dans la catégorie ! Sa victoire serait d’autant plus marquante que parmi les nommés, son film est vraiment le plus investi émotionnellement, et marqué par une sensibilité intime seulement propre aux vrais auteurs.
Joachim Trier (Valeur sentimentale)
Distribué par la société NEON aux États-Unis, Valeur sentimentale (2025) a débuté la saison des récompenses avec une belle visibilité sur la route des Oscars. Mais aujourd’hui, on pourrait dire que, parmi les cinq nommés, Joachim Trier se situe au dernier rang des pronostics. Néanmoins, si par miracle il l’emportait, il deviendrait le premier cinéaste norvégien, mais aussi scandinave, à recevoir une statuette dans cette catégorie.
Il est inutile de rappeler que l’Académie des Oscars est une institution très américano‑centrée, qui honore rarement les réalisateurs étrangers -Bong Joon-ho, Alejandro González Iñárritu, Alfonso Cuarón et Guillermo del Toro constituant des exceptions ces dernières années. Du côté des auteurs scandinaves, on retrouve des noms tels qu’Ingmar Bergman, Lasse Hallström, Morten Tyldum, Thomas Vinterberg et Ruben Östlund parmi le snommés. À cet égard, si Trier gagne, cela contribuerait à accroître la visibilité d’une région qui reste, historiquement, minoritaire au sein de l’institution.
Josh Safdie (Marty Supreme)
En termes de diversité, la victoire de Josh Safdie n’aurait pas autant de valeur, c’est sûr. D’ailleurs, au sein de la catégorie, Safdie avait initialement de bonnes chances de l’emporter avec Marty Supreme (2025). Cependant, la mise en lumière polémique remontant au tournage de Good Time (2017) semble avoir considérablement entaché l’image du réalisateur, ce qui pourrait réduire significativement ses chances d’être récompensé.
Mais en même temps, à l’instar de Sean Baker qui, comme lui, était jusqu’à Anora (2024) associé au milieu niche et indépendant du cinéma américain, sa victoire n’est pas si improbable. Comme Baker, Safdie s’est tourné vers un style qui, sans renier l’esthétique de ses débuts indépendants, parle davantage au grand public. Du point de vue des Oscars, la reconnaissance de ce type de films témoigne également d’un changement : les biopics feel-good ou les drames historiques perdent en influence face aux films de circuits festivaliers ou aux œuvres d’auteur.
Paul Thomas Anderson (Une bataille après l’autre)
Avec 13 nominations au total, Une bataille après l’autre (2025) est l’un des films les plus marquants des Oscars 2026. Et Paul Thomas Anderson se distingue clairement comme le grand favori de la catégorie Meilleure réalisation. Sa victoire serait particulièrement significative au regard de son parcours et de sa position dans l’industrie. Avant cela, le cinéaste avait déjà été nommé 11 fois aux Oscars, dont 3 pour la catégorie de la Meilleure réalisation, mais de manière assez incompréhensible, il n’avait jamais soulevé le trophée.
« PTA » reste à ce jour l’un des auteurs contemporains les plus snobés par l’Académie. Sachant que l’institution a souvent tendance à récompenser les cinéastes et les comédien.nes oubliés non pas pour un film qui le mérite mais comme compensation des précédentes omissions, il y a de fortes chances que l’année 2026 soit celle du cinéaste.
Ryan Coogler (Sinners)
Sinners (2025) a créé la surprise avec ses 16 nominations, établissant ainsi un record historique. Si on ne sait évidemment pas dans combien de catégories il sera récompensé, une chose est sûre : ce n’est pas un film qui repartira bredouille. Quant à la catégorie de la Meilleure réalisation, la présence de Ryan Coogler représente un enjeu majeur, car il pourrait devenir le premier cinéaste noir à remporter ce prix. Oui, vous avez bien lu : dans l'histoire des Oscars, aucun réalisateur de couleur n’a jamais gagné dans cette catégorie.
Certes, avant Coogler, plusieurs réalisateurs afro-américains ont été nommés : John Singleton pour Boyz'n the Hood, la loi de la rue (1991), Lee Daniels pour Precious (2009), Steve McQueen pour 12 Years a Slave (2013), Barry Jenkins pour Moonlight (2016), Jordan Peele pour Get Out (2017) et Spike Lee pour BlacKkKlansman : J'ai infiltré le Ku Klux Klan (2018). Mais sans statuette à la clé. Un tableau sombre, fruit d’une longue histoire de discrimination et d’inégalités de chances.
Cette année marque la deuxième citation de Coogler dans la catégorie, après Black Panther : Wakanda Forever (2022). Compte tenu de l’importance historique de cette nomination et de l’accueil très positif réservé à Sinners, les chances semblent être de son côté. Sur le plan pratique, si le prix du Meilleur film revient à Une bataille après l’autre, les votant.es pourraient choisir de mettre en avant Coogler au niveau individuel. Verdict le 16 mars !

















































































































