La semaine dernière en France, un grand nombre de spectateur.ice.s attendait impatiemment le retour sur Pandora avec Avatar : De feu et de cendres (2025). Un événement majeur, certes, mais qui pourrait très bien vous faire passer à côté de l’un des meilleurs films de l’année ! Oui, oui, je vous parle de L’Agent secret (2025) de Kleber Mendonça Filho, qui s’impose de manière subtile dans la saison des récompenses à Hollywood.
Récompensé par le Prix de la mise en scène et le Prix d’interprétation masculine (décerné à Wagner Moura) au Festival de Cannes en mai dernier, le long métrage a obtenu trois nominations aux Golden Globes, dans les catégories du Meilleur film dramatique, du Meilleur acteur dans un film dramatique et du Meilleur film en langue étrangère.
Figurant également dans la shortlist de l’Oscar du Meilleur film international en tant que candidat brésilien, nul doute que L’Agent secret se manifestera dans d’autres catégories majeures. Le fait que l’ancien président Barack Obama l’ait inclus dans sa liste des meilleurs films de l’année 2025 contribue aussi à sa renommée, du moins aux États-Unis.
En attendant les nominations aux Oscars ainsi que les chiffres du box-office en France, JustWatch vous présente tout ce que vous devez savoir sur le film.
Connaissez-vous le cinéma de Kleber Mendonça Filho ?
Pour bien saisir les enjeux esthétiques et narratifs de L’Agent secret, il faut être un minimum familier avec le cinéma de Kleber Mendonça Filho, profondément ancré dans les dimensions politiques et sociales de la société brésilienne. Aussi, je préfère vous prévenir : ses films peuvent paraître alambiqués selon le profil du spectateur.
Entré dans le monde du cinéma en tant que critique, Mendonça Filho est connu pour réaliser des films habilement nourris de références cinéphiliques, notamment à travers les clins d’œil qu’il adresse aux genres cinématographiques. Après avoir réalisé une série de courts métrages et un documentaire dans les années 2000, le réalisateur signe son premier long métrage avec Les Bruits de Recife (2012), un récit choral centré sur les habitants d’un quartier résidentiel de la ville natale du cinéaste, à laquelle il reviendra dans ses films ultérieurs.
Aquarius (2016), son deuxième film présenté en compétition officielle à Cannes, portait sur une femme qui refusait de vendre son appartement, s’opposant à un projet de construction d’un gratte-ciel. La sortie du film a coïncidé avec une période d’instabilité politique au Brésil, et la position controversée du gouvernement brésilien, ainsi que les protestations publiques liées à la destitution de la présidente Dilma Rousseff, ont suscité des critiques autour de l’omission du film dans la sélection du Brésil pour l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère.
Désormais un habitué de la sélection cannoise, le cinéaste revient sur la Croisette avec son troisième long métrage, Bacurau (2019), coréalisé avec Juliano Dornelles. Lauréat du Prix du Jury, le film mêle le western, la science-fiction et le cinéma d’exploitation afin de construire un récit éclectique et anticolonial, dans lequel les habitants d’un village du Pernambouc doivent affronter un groupe d’étrangers venus pour les tuer.
« L’Agent secret » : de quoi parle le film ?
Même si le quatrième film du cinéaste reste plus proche de Bacurau, il s’avère moins outrancier et davantage ancré dans la réalité que ce dernier. Le film nous ramène à Recife en 1977, où un homme revient en secret dans sa ville natale afin de retrouver son fils, tout en cherchant à fuir ses ennemis qui veulent le tuer. Et non : il n’est pas un « agent secret », contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire- il s’agit simplement d’une référence aux images de Le Magnifique (1973), qui apparaissent à l’écran lors d’une projection intégrée au film.
Je ne vais pas détailler davantage le résumé afin d’éviter d’éventuels spoilers, mais sachez que ce détournement de l’attention du spectateur, qui consiste à révéler autre chose que ce à quoi l’on s’attend, fait partie intégrante de la démarche du film. A commencer par l’identité de son personnage principal, mais aussi par le point de vue narratif à partir duquel le récit se déploie. Le fait que le long métrage réserve des surprises à son public -sans pour autant chercher le choc ou l’effet spectaculaire- procure un véritable plaisir de découverte.
Mais attention : L’Agent secret n’est ni un film à mystère ni un thriller classique. S’il en reprend certains thèmes et types de personnages, ces éléments sont intégrés afin d’être déplacés, altérés et transformés. Comme une partie considérable du récit se déroule à l’intérieur d’un cinéma, on y trouve de nombreuses références relevant de l’imaginaire cinématographique, l’exemple le plus marquant étant Les Dents de la mer (1975), que le fils d’Armando a très envie de voir tout en ayant trop peur. Un autre exemple concerne une certaine « jambe poilue », à laquelle le cinéaste consacre une séquence à part entière, inspirée des films d’horreur de série B -une scène que je préfère vous laisser découvrir, sans en dévoiler davantage ici !
« L’Agent secret » ressemble t-il à « Je suis toujours là » ?
Comme beaucoup de pays d’Amérique du Sud, le Brésil a été soumis à un régime militaire pendant plus de vingt ans. Dans L’Agent secret, le réalisateur fait pleinement ressentir ce climat de violence et la pression exercée par le régime sur le peuple. En le regardant, un autre film brésilien très récent peut venir à l’esprit : je parle de Je suis toujours là (2024) de Walter Salles, qui a obtenu l’Oscar du Meilleur film international l’année dernière.
Cependant, là où le film de Salles cherche avant tout à rester fidèle à la reconstruction historique des faits, Mendonça Filho puise davantage dans la fiction pour montrer combien la mémoire collective n’est jamais objective, peut être altérée, et, à long terme, effacée — parfois volontairement. Conformément à cette idée, il n’hésite pas à exagérer et à accentuer certains aspects dans la mise en scène, en particulier l’atmosphère du carnaval.
Tout cela ne signifie pas que l’un soit meilleur que l’autre : ils répondent simplement à des enjeux différents. Alors que le film de Salles se concentre sur les performances et les effets dramatiques, Mendonça Filho mise avant tout sur les choix formels et ses allusions esthétiques.
Oscars 2026 : quels pronostics pour « L’Agent secret » ?
Après l’annonce des shortlists pour 12 catégories, nous savons maintenant que L’Agent secret figure dans deux d’entre elles : Meilleur casting et Meilleur film international. Alors quid des huit autres catégories majeures ? Pour l’instant, une nomination dans la catégorie du Meilleur film semble peu probable. En revanche, Kleber Mendonça Filho, dont la popularité est en hausse, pourrait avoir davantage de chances dans la catégorie de la Meilleure réalisation.
Une autre catégorie où le film a de fortes chances d’être nommé est celle du Meilleur scénario original, également signé par Mendonça Filho et dont les qualités n’ont visiblement pas échappé aux professionnels de l’industrie hollywoodienne. Ce que l’on peut tenir pour certain, et même espérer être récompensé, c’est la catégorie du Meilleur acteur pour Wagner Moura, dont la performance charismatique et complexe mérite absolument d’être saluée !


















































































































