A première vue, le palmarès cinéma des Golden Globes 2026 a essentiellement mis en lumière deux long métrages : Hamnet (2025), sacré Meilleur film - drame et Une bataille après l’autre (2025), auréolé de quatre trophées dont Meilleur film - comédie/comédie musicale. Mais il ne faudrait pas minimiser le parcours de Sinners (2025) lors de la cérémonie, qui a reçu un prix très particulier.
Les déçus des Golden Globes 2026
Évidemment, on ne peut pas récompenser toutes les œuvres et tous les talents en lice dans le cadre d’une cérémonie. C’est le jeu, et il faut l’accepter. Comme ses partenaires Benicio Del Toro et Sean Penn, « battus » par Stellan Skarsgård (Valeur sentimentale, 2025) côté seconds rôles, Leonardo DiCaprio peut en témoigner, lui qui a vu Timothée Chalamet lui ravir la statuette du Meilleur acteur - comédie/comédie musicale grâce à son interprétation dans Marty Supreme (2025). Mais Leo n’est pas le seul à être reparti (un peu) frustré du Beverly Hilton.
Malgré cinq nominations, le Frankenstein (2025) de Guillermo del Toro et le deuxième volet de Wicked (2025) sont repartis bredouille. Tout comme la Palme d’Or Un simple accident (2025), l’étrange Bugonia (2025), ou les interprétations plébiscitées de Dwayne Johnson dans Smashing Machine (2025) et Jeremy Allen White dans Springsteen: Deliver Me from Nowhere (2025). Sans oublier, côté animation, les frenchies Arco (2025) et Amélie et la métaphysique des tubes (2025) et les Disney Elio (2025) et Zootopie 2 (2025), tous balayés par le phénomène Netflix KPop Demon Hunters (2025).
Quels prix pour « Sinners » ?
Sans avoir été totalement boudé par les 400 votant.es de la presse étrangère, Sinners est considéré par beaucoup d’observateurs comme un « snub » injuste de cette édition. Il faut dire que le long métrage de Ryan Coogler, qui fait une proposition marquante entre film d’auteur et d’horreur avec un sous-texte éminemment politique, figurait parmi les films les plus nommés de cette édition, avec pas moins de sept citations.
Il n’a toutefois pas reçu les suffrages suffisants pour inscrire son titre dans les catégories majeures (Meilleur film - drame, Meilleur acteur pour Michael B. Jordan, Meilleur scénario où il figurait parmi les favoris). Et à la fin de la soirée, Sinners repartait « seulement » avec deux Golden Globes : Meilleure musique originale (signée Ludwig Göransson, déjà plébiscité pour Oppenheimer deux ans plus tôt) dont la remise a été programmée pendant une pause publicitaire pour mettre en lumière la nouvelle catégorie dédiée aux podcasts (!)... et le Golden Globe Award for Cinematic and Box Office Achievement. Ou pour le dire autrement, le Golden Globe du box-office.
Un Golden Globe… du box-office ?
Intronisée en 2024 pour saluer « les films les plus acclamés, les plus rentables et/ou les plus vus de l’année, ayant bénéficié d’un large soutien du public international et ayant atteint l’excellence cinématographique », cette jeune catégorie met en lumière les productions ayant généré au moins 150 millions de dollars de recettes au box-office mondial ou ayant enregistré une audience équivalente sur une plateforme de streaming. Au palmarès, Sinners a succédé à Barbie (2023) et Wicked (2024).
Comme le César du public, testé entre 2018 et 2020 et remis respectivement à RAID dingue, Les Tuche 3 et Les Misérables pour ne pas occulter les succès en salles, ce Golden Globe Award for Cinematic and Box Office Achievement apparaît un peu comme une « médaille en chocolat », destinée à consoler les grosses productions génératrices d’entrées d’un côté et à parler au grand public de l’autre alors que les cérémonies peuvent renvoyer une image quelque peu élitiste et auteuriste, très éloignée de la majorité des spectatrices et spectateurs.
Que signifie ce prix pour « Sinners » ?
Dans cette catégorie, Sinners était opposé à des blockbusters d’envergure, qui ont (plus ou moins) brillé au box-office cette année : Avatar : de feu et de cendres (1,2 milliards de dollars de recettes dans le monde), F1® Le Film (631 millions de dollars), KPop Demon Hunters (325 millions de vues), Mission: Impossible - The Final Reckoning (598 millions de dollars), Wicked Partie II (522 millions de dollars) et Zootopie 2 (1,6 milliards de dollars). Avec un cumul de 368 millions de dollars, le film de Ryan Coogler émergeait, à l'instar de Évanouis (269 millions de dollars), comme l’un des petits poucets de la compétition.
C’est pourtant vers lui que se sont dirigés les votes. Peut-être dans une démarche de consolation, alors que Hamnet de Chloé Zhao apparaissait comme un lauréat indiscutable dans la catégorie drame ? Mais sans doute, aussi, pour la nature même du long métrage. Sinners est en effet, avec Évanouis et F1® Le Film, l’un des trois films originaux (c’est à dire n’appartenant pas à une franchise ou un univers préexistant) à intégrer le Top 20 du box-office annuel aux Etats-Unis. Et c’est même la seule production originale du Top 10 !
A l’heure où Hollywood semble plus que jamais en panne d’inspiration et d’originalité -et même en panne de sens-, le message envoyé par les membres de l’association de la presse étrangère est sans équivoque. De la même manière que la liste des cinéastes nommés ont intégré un grand nombres de talents internationaux (Kleber Mendonça Filho, Joachim Trier, Jafar Panahi, Guillermo del Toro, Park Chan-wook, Yorgos Lanthimos, Ugo Bienvenu…), illustration de la jachère artistique américaine actuelle, voir Sinners émerger comme le chouchou des votants est un signal fort. Très fort, même.
D’autant plus fort quand le studio derrière les films originaux plébiscités cette année par la critique et le public (Sinners, Évanouis, F1® Le Film, Une bataille après l’autre et dans une moindre mesure Mickey 17 ou Companion) n’est autre que la Warner Bros. au centre de tous les enjeux de l’industrie alors qu’un rachat par Netflix se profile. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un certain nombres de talents invités sur la scène des Golden Globes hier soir ont tenu à saluer Michael De Luca, l'un des patrons de la Warner dont l'ambition est justement de mettre le studio au service des cinéastes. Le prix de Sinners fait donc plus que jamais, au milieu de ses concurrents issus de suites et sagas, acte de résistance.
De quoi parle « Sinners » et où le voir ?
Sorti dans les salles françaises le 16 avril 2025 (et deux jours plus tard aux Etats-Unis), Sinners nous plonge dans le Mississippi des années 1930. Anciens soldats, les frères jumeaux Smoke et Stack (Michael B. Jordan) reviennent dans leur ville natale pour y ouvrir un club de jazz. Mais leur projet est menacé par une force surnaturelle ancestrale et assoiffée de sang, attirée par la musique de leur jeune cousin et menée par l’inquiétant Remmick (Jack O'Connell).
Entre la série B vampirique façon Une nuit en enfer et le frisson sociologique et sociétal à la Get Out, le cinquième long métrage de Ryan Coogler (Fruitvale Station, Creed, Black Panther) convie le folklore africain, l’histoire américaine, le blues et l’horreur gothique pour explorer des thèmes puissants comme le racisme, la ségrégation et l’appropriation culturelle. Avec en point d’orgue un plan-séquence musical proche de la transe, totalement spectaculaire et absolument ébouriffant, qui a profondément marqué l’année cinéma. Le film est disponible en VOD, en DVD & Blu-ray et sur CANAL+.















































































































