Après vingt ans de capes, de pouvoirs, de méchants, de multivers et de sauvetages planétaires, le monde semble souffrir d’une légère overdose de super-héros. Ou superhero fatigue, comme l’ont théorisée les médias hollywoodiens qui assistent à un réel essoufflement du genre au box-office et sur les sites de notation.
L’ère du Marvel Cinematic Universe a en effet transformé le cinéma en un grand parc d’attractions cosmiques qui nous en met plein les yeux mais qui nous éloigne de la simplicité. Mais heureusement, il existe encore des films qui rappellent que l’héroïsme ne se mesure pas en CGI ni en costumes moulants !
Ces douze œuvres – drames, fables, comédies ou films d’animation – redonnent foi dans le courage ordinaire, l’imagination pure et la puissance du cinéma sans masque. Je vous invite à les découvrir dans cette (super) liste JustWatch !
Everything Everywhere All at Once (2022)
Avec Everything Everywhere All at Once (2h19), le chaos multiversel prend enfin un sens humain. Les Daniels (Scheinert et Kwan) y transforment une mère épuisée, incarnée par une Michelle Yeoh bouleversante, en héroïne cosmique malgré elle. Derrière le délire visuel et les hot-dogs aux doigts, le film parle avant tout de lien familial, de regrets et de pardon. C’est un film de super-héros qui n’en est pas un, un manifeste sur l’amour au milieu du chaos.
Rarement une œuvre aura su être aussi sincère et démesurée à la fois. Là où les blockbusters multiplient les portails et les effets, Everything Everywhere All at Once ramène la magie à hauteur d’humain. Ici, on réinvente totalement le multivers, à en rendre jaloux Doctor Strange. C'est le chaos le plus total, mais pour celles et ceux qui aiment ça, c'est jouissif. Si vous avez aimé Swiss Army Man (2016), premier délire absurde des réalisateurs, vous y retrouverez la même poésie désespérée.
Birdman (2014)
Dans Birdman (1h59), Alejandro González Iñárritu suit Michael Keaton, un ancien acteur de film de super-héros, coincé entre ce qu’il a été et ce qu’il rêve encore d’incarner. Il prête à ce personnage une grande vulnérabilité : un homme autrefois célèbre, inquiet à l’idée de devenir transparent, qui s’acharne à croire qu’il peut encore compter — pour le public, pour les siens, et surtout pour lui-même. Sur la scène de Broadway où il tente de monter une pièce ambitieuse, tout vacille : l’ego, les doutes, les souvenirs d’un costume qui lui colle à la peau. Les longs plans qui serpentent d’un couloir à l’autre donnent au film une fluidité étrange, comme dans un rêve lucide.
Le film plonge dans un Hollywood qui vacille, peuplé d’artistes qui brûlent trop vite alors que tout ne tient debout que par l'illusion. La batterie d’Antonio Sánchez rythme chaque scène avec tension. Keaton y est bouleversant de sincérité ; Edward Norton incarne un comédien brillant et imprévisible et Emma Stone apporte toute sa légèreté. Birdman avance entre hallucination et lucidité, sans jamais imposer une interprétation unique, laissant au spectateur le soin de se faire sa propre idée. Une expérience intense et troublante, qui séduira aussi celles et ceux qui aiment les films où la fragilité et l’orgueil s’entremêlent, comme Black Swan (2010) ou Whiplash (2014).
Kick-Ass (2010)
Kick-Ass (1h57) ramène le super-héros sur le trottoir. Matthew Vaughn imagine un adolescent banal (Aaron Taylor-Johnson) qui décide, sans entraînement ni gadgets, de devenir justicier. Résultat : fractures, chaos, et humour grinçant. Entre parodie et déclaration d’amour au genre, le film jongle entre satire et défouloir ultra-violent. Il faut dire que Matthew Vaughn excelle dans les longs métrages frénétiques, un peu loufoques, avec des combats très bien chorégraphiés qui partent dans tous les sens. Ici je pense par exemple à Kingsman : Services secrets (2015).
Kick-Ass est une œuvre jubilatoire sur la désillusion et la bêtise héroïque. Marvel aime glorifier la destinée, la morale suprême qui justifie toutes actions, alors qu’on montre ici la maladresse, la peur et la douleur. C’est sanglant, absurde, parfois cruel, mais c’est surtout libérateur. Hit-Girl, incarnée par Chloë Grace Moretz, est fabuleuse. Comme dans Birdman, l'égo et l'envie de compter sont source de motivation. Et si vous aimez ce ton irrévérencieux, jetez un œil à Super (2010) de James Gunn, aussi dérangeant qu’hilarant.
Logan (2017)
Logan (2h17) apporte une conclusion magnifique à un personnage mythique des X-Men. Hugh Jackman livre sa plus belle performance dans la peau d’un mutant fatigué, rongé par la douleur et l’oubli. James Mangold, le réalisateur, transforme la fresque superhéroïque en western plein de poussière et de mélancolie. Inutile de regarder une bande-annonce, il vous suffit d'écouter l’une des chansons du film : Hurt de Johnny Cash, qui laisse entrevoir la fatigue d'un homme qui n'a pas réussi à abandonner plus tôt.
Ici, pas de héros sauveur, mais un homme en fin de route. Logan parle du poids de la mémoire et de la peur de disparaître. C’est un adieu digne, émouvant, et d’une grande sobriété pour un film de super-héros. Patrick Stewart reprend son rôle de Professeur Xavier, et il y est bouleversant. Voilà un film qu'on ne peut qu'aimer car authentique, brutal et bouleversant.
Les Indestructibles (2004)
Chez Pixar, Les Indestructibles (1h55) réinvente le super-héros avec beaucoup d’humour. Les Parr, une super-famille, sont forcés de vivre incognito et sont confrontés à la routine et à l’ennui. Jusqu’au jour où, enfin, un génie maléfique fait son apparition. C’est drôle et émouvant, et montre que l’héroïsme peut aussi très bien se trouver dans la vie de famille.
Les courses poursuites et combats sont tout aussi hilarants que divertissants, tout en traitant de sujets qui nous touchent tous et toutes : l’adolescence, la famille, la mort, l’anonymat, l’égo, la dépression. Bref, c’est un film qui nous montre que l’esprit de tribu passe au-dessus de la gloire. Si vous aimez, Les Mitchell contre les machines (2021) ne peut que vous séduire.
Spider-Man : New Generation (2018)
Spider-Man : New Generation (1h57) a redonné vie à l’homme-araignée, et au cinéma d'animation dans le même temps, grâce à son panache. Avec son style qui casse les codes et son énergie musicale, le film de Sony transforme Spider-Man en Miles Morales. Et inversement. New Generation, c’est l’anti superhero fatigue par excellence : un film qui prouve qu’on peut encore surprendre, émouvoir et inspirer avec une histoire déjà mille fois racontée.
Alors qu'on avait passé plus d'une décennie à voir des films qui adoptaient le style Pixar, Sony a décidé de taper fort et de sortir de la perfection et de la précision pour adopter des traits grossiers, affirmés, avec une animation saccadée et frénétique. Chaque plan est une explosion graphique. Comme pour Everything Everywhere All at Once, on peut compter sur ce film pour renouveler le multivers, qu'on a pourtant avalé à toutes les sauces ces dernières années. Si vous aimez, comme moi, jetez-vous immédiatement sur sa suite, Across the Spider-Verse (2023), qui pousse encore plus loin la réflexion.
Scott Pilgrim (2010)
Sous ses airs de comédie pop, Scott Pilgrim (1h52) est une odyssée sentimentale en pixels. Edgar Wright y mélange musique, romance et bastons vidéoludiques avec un sens du rythme dont le réalisateur de Shaun of the Dead (2004) et Running Man (2025) a le secret. Michael Cera incarne un anti-héros candide, pris entre adolescence éternelle et quête d’amour.
Derrière le délire visuel, le film parle d’émancipation et de responsabilité. C’est fun, coloré, et profondément sincère. Une œuvre qui prouve qu’on peut parler de grandir, d’aimer et de se battre pour soi-même sans sauver la planète à chaque scène. Grâce à sa jeunesse, Scott Pilgrim apporte la même fraîcheur que Kick-Ass. Fraîcheur qu'on retrouve dans sa suite, la série animée Scott Pilgrim prend son envol (2023).
Le Géant de fer (1999)
On quitte Iron Man pour laisser place à Iron Giant, ou plutôt, Le Géant de fer (1h26). Brad Bird raconte l’amitié entre un petit garçon et un robot venu des étoiles. Loin des explosions hollywoodiennes, le film explore la peur, la guerre et la compassion à travers une fable d’une douceur désarmante, alors que les États-Unis sont en pleine Guerre Froide et la menace nucléaire plane sur le pays.
C’est une œuvre sur le choix : celui de ne pas être une arme, de refuser la violence. À la fois poétique et bouleversant, Le Géant de fer est un conte fabuleux sur l’héroïsme pacifique, qui résonnera chez celles et ceux qui se reconnaissent dans l'existentialisme. Un robot tueur qui décide d'aimer représente parfaitement la phrase « l'existence précède l'essence ». Et si un robot peut apprendre à aimer, que nous reste-t-il comme excuse ?
La Vie rêvée de Walter Mitty (2013)
La Vie rêvée de Walter Mitty (1h54) suit un employé effacé et timide, joué par Ben Stiller, qui s’évade dans ses rêves pour fuir la banalité du quotidien. Jusqu’au jour où il décide enfin d’agir et de sortir de sa zone de confort. À travers ses paysages spectaculaires et sa bande-son lumineuse signée José González, le film devient une ode au courage, et appelle l'aventurier qui sommeille en nous.
Walter Mitty, c’est un super-héros sans costume, un rêveur qui ose enfin vivre. Chaque plan respire l’émerveillement, chaque pas vers l’inconnu est un acte héroïque. Un film à revoir quand on a besoin de se rappeler qu’il n’y a rien de plus extraordinaire que d’oser une vie ordinaire.
Princesse Mononoke (1997)
Avec Princesse Mononoke (2h14), Hayao Miyazaki livre une épopée mythologique sur l’équilibre entre l’Homme et la Nature. Dans une forêt où dieux et esprits s’affrontent, une jeune femme sauvage et un prince banni se battent pour la survie du monde.
C’est une œuvre très spirituelle, où la compassion devient une arme et la violence une tragédie. Mononoke renverse la logique héroïque : ici, la victoire est dans l’harmonie, pas dans la domination, ni la force. Plongez-vous aussi dans Nausicaä de la Vallée du Vent (1984) et Le Voyage de Chihiro (2001), deux autres sommets du studio Ghibli.
Debout les femmes ! (2021)
Documentaire signé Gilles Perret et François Ruffin, Debout les femmes ! (1h25) suit aides à domicile, soignantes et femmes de ménage dans leur combat pour la reconnaissance. Ici, pas de pouvoirs, pas de capes : juste la force du collectif et la dignité de celles qui tiennent la société debout.
C’est la plus belle conclusion possible à cette liste. Parce qu’au fond, les vrais super-héros et super-héroïnes sont là : dans l’ombre, dans la fatigue, dans le soin. Ce film rappelle que l’héroïsme du quotidien n’a pas besoin d’effets spéciaux, juste de courage et d’humanité.
















































































































