C’est un sacré paradoxe de voir que l’IA soulève des débats houleux et des craintes existentielles sur notre propre obsolescence, tandis que le cinéma s’évertue à nous prouver que les machines ont une âme. Peut-être est-ce pour nous rassurer nous-mêmes ? Si les robots sont gentils, alors nous n’avons rien à craindre d’eux.
En tout cas, dans certains films, ces machines sont souvent plus gentilles que les humains, et sont prêtes aux plus grands sacrifices pour le prouver. Qu’ils soient des nounous dévouées, des guerriers repentis, des nettoyeurs solitaires ou des robots qui aimeraient être humains, ils partagent tous un point commun : ils ont réussi à nous faire verser une larme. Pour JustWatch, je vous partage les 9 circuits imprimés les plus bouleversants du grand écran.
WALL·E (2008)
WALL·E (1h37) n’est pas seulement un film sur l’écologie, c’est aussi une romcom muette post-apocalyptique. C’est d’ailleurs l’un des exploits de Pixar : réussir à véhiculer les émotions à travers des bruits de vérins hydrauliques et des « bips » électroniques, sans un mot, pendant toute une partie du film. Ce qui marque, c’est l’immense solitude de ce petit robot dernier gardien d’une humanité qui a fui, triant nos erreurs depuis 700 ans. WALL·E est un archiviste du futur, condamné au silence perpétuel. Puis un jour, il tombe amoureux d’EVE, un robot au design épuré, et se lance dans une folle aventure dans le seul but de lui tenir la main.
Finalement, WALL·E est le personnage avec la plus grande humanité du film, nous rappelant que ce n’est pas une question de biologie, mais bien de liens et de sentiments. C’est le film parfait pour les romantiques et les défenseurs de l’environnement, à la recherche d’une oeuvre bien plus adulte qu’il n’y paraît.
Roz - Le Robot Sauvage (2024)
Dans la même veine que WALL·E, on pourrait croire que Le Robot sauvage (1h41) est un film sur l’écologie destiné aux enfants. Détrompez-vous. Si l’écologie est effectivement au cœur de l’histoire, les adultes sont assurés de verser leur larme. Visuellement, c’est une claque, une sorte de peinture en mouvement. Roz (l'unité ROZZUM 7134) s'échoue sur une île hostile avec son mode d'emploi d'assistante parfaite pour les humains. Elle cherche désespérément une tâche à accomplir au milieu de la nature et des bêtes sauvages qui la voient comme un monstre.
Pourtant, une mission lui tombe tragiquement dessus, puisqu’elle se retrouve à devoir élever Joli-Bec, un oison chétif et orphelin dont elle a accidentellement tué la famille. Roz doit alors dépasser sa programmation pour pouvoir comprendre les besoins du vivant. Elle essaie, échoue, recommence, tout cela pour pouvoir s’occuper de Joli-Bec et lui apprendre à voler pour qu’il puisse migrer avant l’hiver.
Mikki - Arco (2025)
Arco (1h29), c’est de la SF silencieuse, précise, poétique, signée Ugo Bienvenu, qui n’a pas besoin de trop en dire. Arco, c’est le nom d’un petit garçon qui vient de l’année 2932, une époque presque idyllique où la nature a repris ses droits, et voyage en 2075. Il y rencontre Iris, une gamine dont les parents trop occupés ne sont plus que des hologrammes. Fort heureusement, elle peut compter sur Mikki, un robot qui s’occupe de tout.
Il aime, ne juge pas, rassure, et se montre présent pour affronter tous les dangers. Au milieu d’un monde où les catastrophes naturelles sont quotidiennes, où les robots remplacent les profs, la police et les services publics, Mikki est une lueur d’humanité. Ici, c’est une sorte de fable à la Miyazaki version française et futuriste. Un film qui en met plein la vue, avec la mélancolie comme couleur primaire. Pour continuer dans la SF française animée, Mars Express (2023) est un incontournable.
Baymax - Les Nouveaux Héros (2014)
Dans Les Nouveaux Héros (1h42), contrairement à ce qu’on pourrait croire, Baymax n’est pas un guerrier robotique, mais plutôt un infirmier personnel, un « marshmallow » technologique programmé pour l’empathie et le soin. Le résultat de toute la bonté et l’amour de son créateur : Tadashi, le frère défunt du jeune Hiro.
Dévasté par la mort brutale de son frère, il tente de transformer ce robot de soin en machine de vengeance. Mais Baymax ne comprend pas la haine. A l’opposé de Roz, qu’on a vu plus haut, Baymax est programmé pour l’empathie, et c’est probablement le plus touchant. Cette rencontre animée entre Marvel et Disney, c’est le film câlin par excellence, qui nous tire une larme autant qu’il nous fait rire.
Le Géant de fer (1999)
Le Géant de fer (1h26) nous plonge en 1957, en pleine paranoïa de la Guerre Froide, où tout ce qui vient du ciel est suspect. C’est là qu’Hogarth, un gamin solitaire élevé par une mère célibataire, découvre et cache un titan de métal de 30 mètres, qui est en fait une arme de destruction massive venue d’ailleurs. Comme Roz, nous voyons ce géant de fer lutter contre sa propre nature.
Conçu pour tuer, armé dans chaque recoin de sa carcasse, il choisit de s’inspirer d’Hogarth et de Superman plutôt que de la guerre. Tout le film est une course contre la fatalité : d’un côté l’armée américaine voulant le détruire, de l’autre, son propre apprentissage. C’est un fable loin du cynisme, qui nous montre qu’on est ce qu’on a choisi d’être. Le film parfait pour les fans d’E.T. l’extra terrestre, qui aiment voir l'innocence d’un enfant donner une chance à quelque chose qui fait peur.
T-800 - Terminator 2 : Le Jugement dernier (1991)
James Cameron a réussi à nous faire pleurer pour un robot tueur dans Terminator 2 : Le Jugement dernier (2h17), c’est fort non ? Pourtant, il n’est pas gentil, il est juste en mission. Le T-800, ce vieux modèle obsolète par rapport au T-1000, doit protéger l’adolescent John Connor sous les yeux d’une Sarah Connor terrifiée. Le cyborg, joué par un Arnold Schwarzenegger au sommet de son art, apprend l’humanité par mimétisme et discipline, en assimilant le jargon, l’humour, les codes sociaux.
On se souvient de cette fameuse phrase « Je sais maintenant pourquoi vous pleurez, mais c’est quelque chose que je ne pourrai jamais faire », qui nous rappelle que c’est un robot qui a suffisamment compris l’humanité pour avoir le sens du sacrifice. Mais ce n’est que lors de ce fameux pouce levé que j’ai versé ma larme. C’est brutal.
Le Robot - Robot & Frank (2012)
Dans Robot & Frank (1h29), on suit Frank (l'immense Frank Langella), un ancien cambrioleur à la retraite dont la mémoire part en lambeaux, forcé par son fils d'accepter un robot d'assistance médicale. Au départ, le ton reste léger, surtout lorsque Frank voit en cette machine une opportunité de relancer sa carrière de voleur de bijoux. Mais les choses se détériorent et le robot devient littéralement la mémoire externe de Frank, son dernier point d’ancrage au réel.
Ce film traite de la technologie avec beaucoup de douceur, et comme un prétexte pour parler de la solitude et de la perte de soi. C’est aussi une bonne manière de parler de la fin de vie et de la dignité sans tomber dans le pathos excessif. Si vous avez aimé Robot & Frank, The Father (2020) est un incontournable, même s’il brise le cœur en 1000 morceaux.
Andrew - L’Homme bicentenaire (1999)
L’Homme bicentenaire (2h12) de Chris Columbus peut être regardé de deux manières différentes : soit c’est une comédie familiale à la Mrs. Doubtfire, soit c’est une tragédie existentielle qui nous laisse sur le carreau. On y suit Andrew (Robin Williams, bouleversant de retenue sous ses prothèses), un robot domestique livré à la famille Martin qui, sur une période vertigineuse de deux siècles, va développer quelque chose d’inimaginable pour un robot : une âme. Alors qu’il voit ses proches vieillir et mourir, il finit par vouloir devenir humain.
Le film a beaucoup de longueurs, la mise en scène de Chris Columbus est parfois chargée en bons sentiments hollywoodiens, et nous sommes loin de la rigueur d’Isaac Asimov (l’auteur de l'œuvre d’origine). Cependant, l’histoire est vraiment émouvante, et on ne peut résister au visage rempli d’empathie de Robin Williams. Si vous n’avez pas peur des films un peu Kitsch, et que vous aimez la filmographie de Columbus (Maman j’ai raté l’avion, Harry Potter), lancez vous ! Rien que pour la réflexion philosophique que nous impose le film, ça vaut le coup.
David - A.I. Intelligence artificielle (2001)
A.I. Intelligence artificielle (2h26) est le bébé né du cynisme froid de Stanley Kubrick (qui a initié le projet) et du sentimentalisme de Steven Spielberg. Résultat ? Un conte de fées qui se transforme en cauchemar existentiel. Le concept de base est d’une cruauté absolue : David (Haley Joel Osment), est un « Mecha » enfant programmé à aimer d’un amour inconditionnel. Le problème est qu’il est condamné à aimer sa mère, Monica, qui ne l’aime pas en retour.
Ce film, c’est un peu la version hardcore de Pinocchio. David a pour seul but de devenir un véritable petit garçon pour être un bon fils et enfin être aimé. Il nous interroge sur des questions existentielles qui empêcheraient de dormir le plus fatigué des koalas. Quelles responsabilités avons-nous envers nos créations ? Quels droits pouvons-nous exercer sur elles à partir du moment où elles ont une conscience ? A l’heure où les IA inondent notre quotidien et ne cessent de progresser, c’est un film particulièrement d’actualité. On est à mi-chemin entre le Pinocchio (2022) de Guillermo del Toro et Ex Machina (2015) d’Alex Garland.
















































































































