
« Ring », « Le Dîner de cons » et 10 films et séries bien meilleurs que leur remake
Hollywood adore recycler ses succès. On prend une œuvre culte, on change le casting, on polit un peu les bords, on met plus de budget… et on espère recréer la magie. Mais très souvent, ce qui faisait le charme de l’original se perd. Ce texte ne veut pas enterrer tous les remakes – certains sont brillants – mais plutôt rappeler que, bien souvent, la première version reste la plus audacieuse, la plus risquée, la plus vivante.
Voici donc une sélection JustWatch très personnelle de films et de séries que je trouve au dessus de leur remake, reboot ou adaptation. J’essaie de rester objectif, mais ne m’en voulez pas si je verse dans la subjectivité sur certains titres. Des polars britanniques aux comédies françaises, du J-horror aux thrillers hongkongais, ces œuvres ont quelque chose en commun : elles n’avaient pas besoin d’être « améliorées ». Si vous ne connaissez que la copie, il est temps de remonter à la source.
Avec Ring (1h31), Hideo Nakata redéfinit le film d’horreur en choisissant la suggestion plutôt que le choc. Une cassette vidéo maudite, un coup de téléphone, sept jours à vivre : la prémisse est simple, presque banale, mais la mise en scène installe une angoisse qui progresse à pas lents, sans jamais éclater en grands effets.
Le Cercle - The Ring (2002), son remake américain, est efficace, et même très réussi, mais il a tendance à montrer là où Ring préfère laisser l’imagination travailler. Le film japonais joue sur le hors-champ, sur les silences. C’est l’un des premiers films d’horreur que j’ai regardés, et l’un des derniers. J’en ai encore des frissons en écrivant ces lignes.
Le Dîner de cons (1h20) est sans doute l’une des comédies françaises les plus citées, les plus rejouées, les plus rabâchées – et pourtant, elle fonctionne toujours. Francis Veber enferme ses personnages dans un appartement, tend un fil, et laisse la catastrophe se dérouler avec une précision d’horloger. Jacques Villeret est bouleversant de naïveté lunaire, Thierry Lhermitte d’une cruauté drôle mais troublante ; chaque réplique est une petite bombe, chaque silence un malaise délicieux. Le spectateur fait entièrement partie du film et agit presque comme un nouveau personnage, car nous sommes amenés à participer aux fous rires et à la gêne.
Porté par Steve Carell et Paul Rudd, le remake américain, Dinner for Schmucks (2010), traduit tout… sauf l’essentiel. C’est plus bruyant, plus gras, comme si l’on avait peur de laisser un moment de flottement. On perd l’ambiguïté, cette étrange alchimie où la gêne se mêle à une vraie tendresse pour ce « con » qu’on finit par trouver beaucoup plus humain que ceux qui se moquent de lui.
Avec Broadchurch (3 saisons), on touche à ce que le polar télévisuel a fait de plus puissant ces dix dernières années. Dans ce village côtier du sud-ouest de l’Angleterre, la mort d’un jeune garçon brise toute la communauté locale. Olivia Colman et David Tennant forment un duo bouleversant d’humanité : elle, tout en douceur ; lui, épuisé, nerveux, rongé par ses propres démons. La mise en scène laisse respirer les silences, les regards, les paysages battus par le vent, avec une bande sonore toute aussi belle que les paysages.
Face à cela, Gracepoint (2014) ressemble à une photocopie trop nette : même intrigue, même David Tennant, mais sans cette mélancolie très britannique qui imprègne chaque épisode. On se demande encore aujourd’hui pourquoi ce remake américain a été fait…
Avant The Agency (2024), il y avait Le Bureau des Légendes (5 saisons), et c’est peu dire que la marche était haute. Éric Rochant y invente une série d’espionnage à la française, très loin des gadgets et des poursuites : ici, tout se joue dans les cafés, la lenteur, les discussions, les manipulations. Mathieu Kassovitz campe un agent aussi brillant que paumé, coincé entre ses identités de couverture et la personne qu’il est encore vaguement chez lui. La mise en scène, d’une sobriété quasi documentaire, donne l’impression de regarder un vrai service de renseignement au travail.
Le remake américain tire vers le suspense spectaculaire, les visages connus (Michael Fassbender, Jeffrey Wright, Richard Gere…), un rythme plus marqué, une tension plus grande – tout ce que la série originale avait soigneusement évité pour rester crédible. Si vous aimez Homeland (2011-2020) mais que vous rêvez d’une version plus réaliste, plus nuancée, plus sèche, vous savez où aller.
Dans HPI (4 saisons), Audrey Fleurot fait exploser l’écran en Morgane Alvaro, mère solo surdouée qui résout des enquêtes entre deux galères de vie. La série aurait pu n’être qu’une énième série procédurale avec un personnage excentrique mais intelligent, mais elle trouve un ton à part : couleurs pop, humour assumé, énergie brute et vraie tendresse pour son héroïne. Morgane n’est pas une caricature de cerveau brillant ; elle est bordélique, émotive, parfois à côté de la plaque, souvent épuisée – et c’est précisément ce qui la rend si attachante.
Le remake américain, High Potential (2024-), coche les mêmes cases en surface, mais peine à retrouver ce mélange très particulier de fantaisie et de sincérité. Fleurot porte HPI par son charisme, ses ruptures de ton et cette manière de dynamiter chaque scène sans jamais saboter l’émotion. Je comprends cependant que l’idée de base a un fort potentiel, et que la série originale soit difficilement transportable tant elle est « franchouillarde » Nous c’est ce qu’on aime, mais outre-Atlantique, peut-être pas !




























































