On a tous en tête cette image du vieux bonhomme jovial, avec sa grande barbe blanche, sur son traîneau tiré par des rennes, entouré de cadeaux et de sapins. Si le cinéma aime énormément surfer sur cette image pendant les fêtes, il aime aussi montrer le côté glauque du conte de fées !
Entre les psychopathes qui cachent des haches dans leur hotte et les démons scandinaves venus manger des gosses, le costume rouge est parfois synonyme de très mauvais quart d’heure. Dans cette liste, j’ai voulu monter la pression progressivement.
On attaque avec des Pères Noëls dangereux par accident, pour finir par les plus psychopathes et meurtriers. Bref, si vous faites une overdose de téléfilms mielleux et de « magie de Noël », bienvenue dans l’envers du décor. Ça va saigner sous le sapin !
Bad Santa (2003)
Bad Santa (1h35) commence comme une comédie noire bien arrosée : un faux Père Noël enchaîne les centres commerciaux pour mieux les cambrioler, bourré du matin au soir, misanthrope et grossier. Billy Bob Thornton est impérial dans ce rôle de Père Noël trash et complètement cramé, à mille lieues de la figure bienveillante qui fait rêver les enfants. Il fume clope sur clope dans son costume, insulte les enfants sur ses genoux et vomit dans les coulisses. Mais rassurez-vous, c’est le « moins pire » de la bande. Il a un désintérêt absolu pour tout ce qui l’entoure, jusqu’à ce qu’un gamin paumé le force malgré lui à se souvenir qu’il a une part d’humanité.
Dans l’échelle des Pères Noël problématiques, Bad Santa reste le plus « fréquentable » de cette liste : il fait du mal mais surtout à lui-même, et le film reste un parfait antidote pour celles et ceux qui veulent un Noël cynique mais encore un peu tendre. Si vous aimez ce ton acide, vous pouvez enchaîner avec Tel est pris qui croyait prendre (1994) ou The Night Before (2015), qui prouvent que la comédie de Noël peut être vraiment méchante sans perdre son cœur.
Violent Night (2022)
Avec Violent Night (1h52), on change clairement de registre : cette fois, c’est le vrai Père Noël qui débarque, mais coincé au beau milieu d’une prise d’otages dans une villa de milliardaires. Vous l’aurez deviné : ici on pose le cerveau et on sort les popcorns. Entre deux saisons de Stranger Things, David Harbour incarne un Père Noël fatigué et désabusé, qui préfère lever le coude que descendre par la cheminée. Cependant, il est encore capable de distribuer des mandales très concrètes. Au milieu de mercenaires en pleine prise d’otage, il se comporte d’ailleurs plus comme un John Wick qui veut venger son chien que comme un papa noël tout gentil.
Ce qui rend le film jouissif, c’est la créativité du carnage. Oubliez la magie de noël : ici, on éradique des criminelles à coup de patins à glace, de décos de sapin et de chaussettes garnies de boules de billard. Pour les criminels, c’est une machine à broyer de l’os sur fond de guirlandes lumineuses. Violent Night assume totalement son côté Die Hard au pays des lutins, avec un humour bien gras et des kills inventifs. Si vous avez toujours rêvé de voir un Santa croiser la route de John McClane, c’est probablement ce qui s’en rapproche le plus. Et si vous en redemandez, complétez avec Fatman (2020) pour explorer une autre version de la figure du Père Noël armé jusqu’aux dents.
Fatman (2020)
J’en parlais à l’instant : Fatman (1h40) pousse encore plus loin l’idée d’un Père Noël qui a mal vieilli. Mel Gibson y joue un Santa usé, en plein burn‑out, dont l’atelier ne tourne plus aussi bien et qui se retrouve carrément obligé de travailler pour l’armée américaine pour équilibrer les comptes. Pendant ce temps, un gamin riche et odieux, furieux d’avoir reçu un morceau de charbon, engage un tueur à gages pour le supprimer. Voilà un face à face inattendu : le Père Noël, plus coriace qu’on pourrait le croire vs. un assassin.
Fatman mélange western enneigé et fusillades entre les sapins, avec un ton parfois bancal. Ce n’est pas le film de l’année, et probablement pas de la semaine, mais si vous êtes un cynique de Noël, il vous fera sûrement plaisir. Imaginez que c’est une version ratée de Logan (2017) sous la neige. La fin de carrière du Père Noël n’est donc pas glorieuse.
3615 Code Père Noël (1989)
3615 Code Père Noël (1h32) est sans doute l’un des films français les plus déroutants autour du mythe du Papa Noël. On y suit Thomas, petit génie de l’informatique obsédé par les films d’action, qui se retrouve coincé avec sa mère et son grand-père lorsqu’un tueur déguisé en Père Noël s’introduit chez eux. Le jeune homme doit donc utiliser toute son intelligence pour faire face à ce psychopathe. L’histoire vous rappelle Maman, j’ai raté l’avion (1990) ? C’est normal ! Le réalisateur René Manzor a d’ailleurs déjà déclaré que le film américain est un remake mais qu’il n’ait jamais donné son accord. Une chose est certaine, 3615 Code Père Noël est bien sorti en premier !
Il s’agit aussi d’une version beaucoup plus anxiogène, qui joue sur le contraste entre l’imaginaire enfantin (gadgets, pièges, déguisements) et la brutalité très réelle de la menace. Vous êtes constamment à la frontière entre le conte et le home invasion. Pas besoin de démon ou de créature antique : ici, le costume de Père Noël suffit à transformer un psychopathe en figure de cauchemar. Ce film, produit par Francis Lalanne (c’est le frère du réalisateur !), est parfait à regarder à Noël pour se changer des films cartes postales de Noël à l’eau de rose. Personnellement, j’ai adoré.
Père Noël Origines (2010)
Père Noël Origines (1h24) nous vient de Finlande et part d’une idée délicieusement tordue : et si le « vrai » Père Noël était en fait une abomination lovecraftienne scellée sous la glace depuis des siècles pour protéger l'Humanité ? Le film suit des chasseurs de rennes qui découvrent un gigantesque tombeau pris dans la montagne. Une série d’événements étranges s’ensuivent : enfants qui disparaissent, traces de pas inquiétantes dans la neige… et massacre.
Oubliez le bonhomme rouge et jovial. Ici, le Père Noël est une entité qui punit les enfants vilains (et pas en leur donnant du charbon, si vous voyez ce que je veux dire). Ses « lutins » sont des vieillards nus et effrayants qui courent dans la neige pour capturer de la chair fraîche, plus proches des Marcheurs Blancs de Game of Thrones (2011) que des petits bonhommes avec des chapeaux verts. Le film joue habilement avec le folklore nordique pour transformer la figure de Noël en mythe païen terrifiant, tout en gardant un humour noir très particulier. Comme dans SISU (2023) c’est toujours un plaisir de voir Jorma Tommila et Onni Tommila. Je ne vais pas vous vendre Père Noël Origines comme du grand cinéma, mais ça se regarde avec plaisir !
Krampus (2015)
Krampus (1h38) est un vrai bijou pour tous les cyniques de Noël : ici, ce n’est plus le Père Noël qui vient récompenser les enfants sages, mais son double maléfique, Krampus, qui débarque quand une famille entière a cessé d’y croire. Au lieu de cadeaux, ce démon cornu apporte une tempête de neige et une armée de jouets démoniaques. Le ton oscille entre comédie familiale qui commence mal et véritable conte de punition.
C’est un grand bazar de monstres créatifs, et on s’amuse à les découvrir : il y a les ours en peluche aux dents acérées, les pains d’épices tueurs, et le clown qui avale des gens tout entiers. C’est à la fois drôle et effrayant, Krampus est l’ombre portée du Père Noël, la version qui vient quand la magie a été remplacée par le cynisme et le sarcasme. Alors attention à ne pas trop aimer le film : vous risqueriez de passer un Noël assez surprenant. Si vous cherchez un programme parfait pour une soirée d’hiver entre amis, enchaîner Krampus avec Gremlins (1984) reste un combo imparable.
Silent Night, Deadly Night (1984)
Silent Night, Deadly Night (1h19), c’est un film qui a fait le buzz puisque des associations de parents ont essayé d’empêcher sa sortie au cinéma dans les années 80. Résultat : de nombreuses suites et plusieurs remakes ont vu le jour !
Ici, on ne rit plus. L'histoire de Billy est terrible : après avoir vu ses parents se faire massacrer par un braqueur déguisé en Père Noël et avoir subi des années de maltraitance dans un orphelinat catholique, le pauvre garçon finit par craquer. Quand on l'oblige à enfiler le costume rouge pour le boulot, le fusible saute définitivement. On rentre alors dans le vrai slasher de Noël, violent, sanglant. Billy ne distribue pas de cadeaux, mais des coups de hache en hurlant « PUNISH! » (« Punition ! »). C’est presque l’entrée la plus radicale de cette liste, réservée à celles et ceux qui veulent voir jusqu’où on peut pousser le détournement du mythe. C'est sale, c'est tragique, et c'est parfait pour ruiner votre enfance. Mais il y a encore pire…
Terrifier 3 (2024)
Un film d’horreur interdit aux moins de 18 ans, c’est assez rare pour être signalé. Terrifier 3 (2024) l’a fait, et c’est sincèrement un film à réserver à un public (très) averti. Notamment son prologue, qui voit le clown démoniaque Art s’inviter chez une famille avec sa hache et son humour macabre pour y « fêter » Noël à sa façon. Extrêmement choquant -et même limite déviant, disons le-, le long métrage n’épargne rien au spectateur.
Et si vous pensiez souffler après ces douze premières minutes insoutenables, accrochez-vous car le réalisateur Damien Leone a encore plein de « surprises » dans sa hotte dégénérée. Tout en saccageant une rencontre entre le Père Noël et des enfants, il creuse en profondeur la mythologie de son tueur diabolique et muet qui se conclut (ou presque car un cliffhanger annonce une suite) par une soirée de Noël encore plus trash que la scène d’ouverture. Au bout d’un moment, cette déferlante de torture et de gore tourne, au choix, au festin horrifique ou au trop-plein écœurant. Chacun.e décidera selon son seuil de tolérance. En tout cas, après ce film, vous ne regarderez plus jamais le type déguisé au centre commercial de la même façon. Joyeux Noël quand même, hein.
















































































































