Soyons honnêtes deux minutes : il y a quelques années, aller voir une adaptation de jeu vidéo au cinéma était plutôt destiné aux fans désespérés et clairement masochistes qu’aux cinéphiles. Soit l’adaptation trahissait le matériau d’origine, soit elle le copiait sans âme. Mais ces dix dernières années, quelque chose a changé.
Une nouvelle génération de réalisateurs, qui a grandi avec une manette dans les mains, a pris les commandes. Et le résultat est là. De la tragédie Shakespearienne à l'humour noir et exagéré, nous vivons un véritable âge d’or que je mets en lumière pour JustWatch..
Dans cette liste, vous trouverez des films et des séries qui respectent l’esprit du jeu, son ambiance, son rythme, sa manière de faire exister le monde. Voici donc ma sélection, garantie sans Uwe Boll au générique, des titres qui ont enterré la malédiction.
Fallout (2024–)
Difficile de faire plus casse‑gueule que Fallout (2 saisons). Transformer un univers post-apo satirique, rempli de factions absurdes et de morale en carton‑pâte, en série « regardable par tout le monde » relevait du miracle. Surtout lorsque la fanbase est immense et fidèle. Et pourtant, ça fonctionne car Jonathan Nolan (Westworld) a compris que l’essence des jeux Bethesda est dans ce ton unique, ce mélange improbable d’ultraviolence gore et d’optimisme rétro années 50.
La série réussit le tour de force d’être hilarante tout en étant incroyablement cruelle, et arrive à passer de la noirceur à l’humour sans perdre le rythme. Mention spéciale à Walton Googins en Goul, qui vole la vedette à tout le monde. Fallout n’essaie pas de lisser le matériau pour le grand public, mais embrasse sa bizarrerie. Si vous avez aimé l’humour noir de la série The Boys (2019), vous serez ici en terrain conquis. Comme quoi, on peut étendre un univers sans juste copier une quête principale.
The Last of Us (2023-)
On était beaucoup à commencer The Last of Us (2 saisons) à reculons. Le jeu est déjà tellement cinématographique, à quoi bon ? Pourtant, c’est tout simplement grandiose. Craig Mazin (Chernobyl) a su trouver l’équilibre parfait : une fidélité maladive aux décors et aux dialogues cultes, tout en s’autorisant des détours narratifs.
L’épisode 3 de la première saison, centré sur Bill et Frank, reste pour moi l’un des plus beaux moments de télévision de ces dernières années, point final. Pedro Pascal et Bella Ramsey livrent une performance viscérale sur le deuil. Fallout vous attire avec un sourire cynique, alors que The Last of Us vous prend à la gorge. Deux apocalypses, mais pas le même poison.
Arcane (2021–2024)
L’univers de League of Legends me laisse de marbre, et pourtant, Arcane (2 saisons) m’a mis une claque visuelle comme j’en ai rarement pris. Oubliez le label « adaptation de jeu », on est ici face à un chef-d'œuvre d’animation qui rivalise avec des productions comme Spider-Man : New Generation (2018).
Le studio français Fortiche a réussi à créer une esthétique très particulière. Une sorte de peinture à l’huile en mouvement, qui sert une tragédie grecque déchirante entre deux sœurs. C’est sombre, politique, intense. Chaque victoire a un goût amer, chaque personnage brise le cœur. Ici on parle d’obsession, de lutte de classes, de culpabilité. Arcane joue dans une autre ligue que d’autres séries d’animation plus classiques comme Dota : Dragon’s Blood (2021). Une œuvre majeure, tout simplement.
Cyberpunk: Edgerunners (2022)
Cyberpunk: Edgerunners (1 saison) a pris le jeu, l’a retourné, et en fait cet anime sous nitro prenant Night City et tous les fans du jeu par surprise, moi compris. Le studio Trigger (Kill la Kill) y injecte sa frénésie habituelle : c'est coloré, vulgaire, hyper-violent et, étrangement, ça vous brise le cœur. L’histoire nous rappelle que le système gagne toujours. On sait que ça va mal finir, mais on regarde quand même.
C’est une adaptation qui comprend le cœur du jeu : l’illusion de la liberté dans une ville qui vous consomme. Cette énergie du désespoir est affreusement toxique mais tellement addictive. Regarder cet anime, c’est comme boire trop de café : on a besoin d’un bon thé à la fin pour s’en remettre. Alors si vous en voulez encore, relancez votre partie de Cyberpunk ou lancez vous dans Devilman Crybaby (2018).
Super Mario Bros. le film (2023)
Je pense qu’on s’attendait tous à un film rempli de fan-service et de clins d’œil sans histoire. Pourtant, Super Mario Bros. le film (1h33) n’est (presque) pas tombé dans le piège. Alors oui, le scénario tient sur un ticket de métro et l’évolution des personnages est quasi inexistante. Mais ce n’est pas si grave.
Le film a un rythme de jeu de plateforme, des décors qui donnent envie de sauter dedans, et donne un véritable spectacle de fête foraine. Super Mario embrasse totalement son côté « parc d’attraction ». C’est un feu d'artifice de références visuelles et sonores, c’est beau, c’est drôle. Il ne prétend pas réinventer le cinéma d’animation, mais c’est le film « doudou » par excellence. Un bon bol d’air pour un dimanche après-midi en famille, dont la suite est attendue en 2026.
Castlevania (2017 - 2021)
Rendons à César ce qui est à César : avant Arcane et Edgerunners, c’est Castlevania (4 saisons) qui sauvait les meubles des adaptations de jeu vidéo. Warren Ellis a transformé un jeu de plateforme où l’on fouette des squelettes en une série gothique tout aussi sanglante que philosophique, disponible sur Netflix.
Oui, les combats sont jouissifs, mais ce qui surprend le plus, c’est l’épaisseur morale des personnages : des héros épuisés, des monstres tragiques, des idéaux qui vacillent. J’ai particulièrement aimé Dracula, qui n’est pas juste un antagoniste, mais surtout un homme brisé par le deuil. Ici, nous sommes plutôt dans une série dark fantasy pour adultes que dans un simple anime d’action.
Sonic, le film (2020)
Sonic, le film (1h39) aurait pu être une catastrophe. Après un premier design du hérisson qui avait terrifié internet (et pour cause, il ressemblait plutôt à un Pokémon pour lequel on ne gâcherait pas une pokéball), le studio a eu l’humilité de tout refaire. Résultat : un film familial solide qui assume son côté « buddy movie », avec un Jim Carrey en roue libre qui renoue avec ses grimaces mythiques.
Le film est moins spectaculaire que Mario, mais il a plus de cœur. Ce n’est pas du grand cinéma d’auteur et il ne prétend pas être autre chose que fun, drôle et divertissant. Et parfois, c’est tout ce qu’on demande, non ? C’est un peu comme Détective Pikachu (2019), qui aurait pu figurer dans cette liste.
Gran Turismo (2023)
Je ne m’attendais à rien, et j’ai été surpris. Quelle idée d'adapter un simulateur sans histoire ! Mais en choisissant l’angle du biopic sportif (l’histoire vraie de Jann Mardenborough), Gran Turismo (2h15) s’en sort avec les honneurs. Neill Blomkamp (District 9) réussit à rendre le film étonnamment prenant avec des courses effrénées.
Le problème, c’est qu’on a l’impression de regarder une publicité géante de deux heures pour Sony et Nissan. Mais si vous arrivez à passer outre cet aspect marketing, le fun et l’adrénaline sont bien là, et Gran Turismo ne pourra que plaire aux joueurs. C’est carré, c’est divertissant, et bien mieux que le film Need for Speed (2014).
Donjons & Dragons : L'Honneur des voleurs (2023)
D’accord, ce n’est pas un jeu vidéo, et je triche un peu avec celui-là. Techniquement, Donjons & Dragons : L'Honneur des voleurs (2h14) adapte un jeu de rôle de plateau. Mais sans lui, des monuments vidéoludiques comme Baldur’s Gate, Skyrim, Final Fantasy ou World of Warcraft n’existeraient pas. Le monde du jeu vidéo serait totalement différent et probablement bien moins fun. Les points de vie, le mana, les classes… tout vient de D&D !
Il ne fallait donc absolument pas rater cette adaptation au cinéma. Les réalisateurs nous ont offert une comédie d’aventure généreuse, portée par un Chris Pine charismatique en barde raté, en capturant l’essence d’une « partie entre potes ». Dans une liste dominée par des univers sombres, ce film fait du bien. C’est drôle, rythmé et ça respecte l’ADN du gaming mieux que la plupart des « vrais » films de jeux vidéo.
















































































































