Le point commun entre l’univers connecté de Gourou (2026) et le monde post-apocalyptique de 28 ans plus tard : le temps des morts (2026) ? Deux personnages de leaders influents, capables d'ôter tout libre-arbitre à celles et ceux qui, aveuglés par leur aura, sont prêt.es à les suivre dans leurs philosophies, au point de passer à l’acte.
La figure du gourou ou du cult leader a régulièrement influencé le grand écran, nous livrant des personnages certes fascinants, mais souvent inquiétants. Voire carrément dangereux. JustWatch vous propose une sélection de quelques grandes figures oratoires imaginées par la fiction, qu’on adore regarder (et détester ?). Nous ne traiterons donc pas ici de documentaires ou de longs métrages adaptés de figures réelles.
Sir Lord Jimmy Crystal - 28 ans plus tard : le temple des morts (100 mots minimum)
Il était apparu de manière rapide -prophétique ?- dans 28 ans plus tard (2025) : Sir Lord Jimmy Crystal est au centre de la suite, Le Temple des morts (2026). Cheveux peroxydés, chaînes en or, survêtement : le personnage campé par Jack O'Connell (qui livre une nouvelle performance majeure après Sinners) se revendique comme le fils et héritier de Satan, et mène sa bande de Jimmys à travers la campagne infectée pour faire acte de « charité » en torturant celles et ceux qui ont le malheur de croiser leur chemin. A ce titre, la séquence de la grange où une famille est dépecée vivante est très perturbante. On ne sait jamais si Sir Lord Jimmy Crystal croit vraiment être l’Antéchrist ou s’il adopte ce mécanisme de protection pour assurer sa survie ; en revanche, je sais qu’il est terrifiant, notamment dans sa capacité à faire commettre à son groupe emperruqué les pires atrocités au nom de « Old Nick » et... des Télétubbies.
Lancaster Dodd - The Master (2012)
Cinq ans après There Will Be Blood (2007), où il explore déjà une figure charismatique, flamboyante et écrasante, Paul Thomas Anderson dévoile The Master (2012) centré sur la rencontre entre un vétéran traumatisé par la guerre (Joaquin Phoenix) et le leader d’un mouvement baptisé La Cause (Philip Seymour Hoffman). Le film, qui est le préféré de « PTA » au sein de sa propre filmographie, est exigeant dans son rythme et sa narration. Troublant aussi, parce qu’il refuse le manichéisme et s’attache à explorer ls mécanismes de « processing », de pression psychologique, d’isolement, de fatigue mentale, d’emprise et de dépendance au guide. Inspiré de Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie, Lancaster Dodd est une figure marquante qui interroge le spectateur, justement parce que le film refuse de trancher sur sa vraie nature. C’est ce qui fait tout son intérêt d’ailleurs.
Mola Ram - Indiana Jones et le Temple Maudit (1984)
Toute personne qui a grandi dans les années 80 devant les aventures d’Indiana Jones a été traumatisée par Mola Ram, leader de la secte Thuggee, adoratrice de la déesse Kali dans Le Temple Maudit. Campé par l'impressionnant Amrish Puri, acteur légendaire du cinéma indien, le personnage a laissé un souvenir mémorable lors de la séquence du sacrifice, arrachant à main nue le cœur d’un malheureux (maintenu en vie grâce à la magie noire) avant de le plonger dans la lave rougeoyante. Grâce à l’intensité machiavélique de son interprétation (c’est LE méchant préféré du réalisateur Steven Spielberg) !, le long métrage est assurément le plus sombre de la franchise, avec scènes sacrificielles rougeoyantes, esclavage d’enfants, lavage de cerveau d’Indy et séquence acrobatique sur un pont suspendu au-dessus des crocodiles.
Thulsa Doom - Conan le barbare (1995)
J’ai toujours été hanté par la performance de James Earl Jones dans Conan le barbare (1982). Que ce soit lors de l’attaque sur le village du futur guerrier campé par Arnold Schwarzenegger, durant cette séquence où il invite avec une grande délicatesse une disciple à se jeter dans le vide ou pendant la scène de cérémonie/orgie, le comédien joue Thulsa Doom avec un calme total, une voix grave et posée, un regard hypnotique et des gestes contrôlés. Quelque chose de très reptilien, finalement, qui fait écho au culte du dieu-serpent Seth dont il est le gourou suprême. Également sorcier, le personnage peut se métamorphoser en reptile géant (voilà un autre moment qui m’a vraiment marqué !) et se distingue par l’emprise totale qu’il exerce sur ses fidèles, qui s’abandonnent totalement à lui et à sa volonté. « L'acier n'a aucune force mon garçon, la chair est plus forte » lance t-il au Cimmérien, démontrant sa toute-puissance dans le contrôle d’une foi aveugle.
Tyler Durden - Fight Club (1999)
La première règle du Fight Club (1999), c’est de ne pas parler du Fight Club. Ni de Tyler Durden, son cofondateur et leader charismatique incarné par Brad Pitt. Aussi magnétique qu’inquiétant, le comédien donne vie à cette figure d’anarchie et de chaos, qui va d’abord libérer ses membres dans des pugilats clandestins et anonymes, avant de les embarquer, en bons « Space Monkeys », dans son « Project Mayhem » qui vise à détruire la société de consommation. Révolutionnaire flamboyant et manipulateur, Tyler utilise les questionnements modernes sur la masculinité, la frustration sociale et économique et la perte de repères pour annihiler toute individualité chez ses disciples et transformer un discours radical en idéologie totalitaire. Le film, bien sûr, dénonce tout cela en sous-texte. Mais David Fincher a constaté et regretté que le propos ait été détourné et même retourné… On ne peut qu'être, hélas, d'accord avec ce constat.
Rose the Hat - Doctor Sleep (2019)
Doctor Sleep (2019), la suite de Shining (1980) m’a marqué pour deux raisons. La reconstitution de l’Hôtel Overlook dont Ewan McGregor arpente les pièces et les couloirs un an après le magnifique clin d'œil de Spielberg à Kubrick dans Ready Player One (2018). Et la mise à mort prolongée (et glaçante) d’un enfant par les vampires psychiques menés par Rose the Hat (Rebecca Ferguson). Son groupe de marginaux, baptisé « Nœud Vrai », forme une communauté itinérante à la recherche d’enfants possédant eux aussi le Shining : en les torturant durant de longues minutes, ils peuvent alors se nourrir -avec délectation- de ce pouvoir pour ralentir leur vieillissement et prolonger leur vie. Rose est la plus puissante de ces goules impitoyables, et dirige sa communauté prédatrice avec un mélange d'amour maternel et de calcul froid, qui rend tous les membres dépendants de ses décisions. Une secte surnaturelle, donc, mais une secte, assurément. Comme dans Le Maître des illusions (1995).
Paul Atreides - Dune (2001-2026)
A la sortie de Dune : Première Partie (2021) et Dune : Deuxième Partie (2024), celles et ceux qui ne connaissaient pas l’œuvre de Frank Herbert ont sans doute vu dans le personnage campé par Timothée Chalamet une sorte de Luke Skywalker moderne (même si le roman est sorti avant Star Wars, je suis d’accord). Pourtant, alors qu’il embrasse son statut d’élu, Paul Atreides, désormais vu comme le « Lisan al-Gaib », va mener une croisade politique et religieuse intersidérale, sous la bannière de la Maison dont il a hérité de son père le Duc Leto. La vision d’une bataille, livrée dans le premier film, montrait comment le jeune homme contemplait avec froideur ses disciples déferler sur l’univers. Le cri de guerre lancé par Stilgar (Javier Bardem) à la toute fin du deuxième volet en donnait justement le coup d’envoi. Et c’est sur cette toute-puissance messianique, manipulée dans l’ombre par sa mère Dame Jessica devenue révérende-mère des Fremen (tiens, encore Rebecca Ferguson !), que le récit d’Herbert nous alerte. Cet arc passionnant, que Denis Villeneuve conclura dans Dune : Troisième Partie le 16 décembre prochain lors du Dunesday, changera assurément le regard du public sur son « héros ». De la même manière que sa chère Chani (Zendaya) le voit désormais autrement.
Immortan Joe - Mad Max : Fury Road (2015)
« Soyez témoins !!! » C’est sur ce cri, les dents étincelantes grâce à un spray chromé, que les War Boys d’Immortan Joe se jettent dans la bataille de Mad Max : Fury Road (2015), prêts à mourir pour celui qui leur a promis une chevauchée éternelle sur les routes du Valhalla. Dans l’univers post-apocalyptique imaginé par George Miller, ce personnage masqué est un ancien chef militaire devenu despote, où il contrôle l’eau depuis les hauteurs de sa Citadelle. A la fois dieu vivant, chef de guerre et père spirituel de cette armée de jeunes hommes fanatisés depuis l’enfance, il utilise leur loyauté aveugle et sa mainmise sur les ressources pour dominer la région qu’il se partage avec le People Eater (John Howard) et le Bullet Farmer (Richard Carter). Comme toute figure érigée en divinité, il est néanmoins très fragile, lui qui glorifie la mort en façade quand, en coulisses, il exploite un harem pour obtenir une descendance viable. Pour l’anecdote, le personnage est incarné à l’écran par Hugh Keays-Byrne, qui campait le motard Toecutter dans le tout premier Mad Max (1979).
Voldemort - Harry Potter (2001-2011)
On l’oublie, mais dans le Wizarding World de J.K. Rowling, les Mangemorts s’apparentent à une secte. Toutefois, dans l’univers de la saga Harry Potter (2011-2011), pas de prisme spirituel (quoique, la magie noire pourrait être vue comme une religion) mais une croyance idéologique et politique qui vise à instaurer le pouvoir absolu pour les sorciers de sang pur. Et à célébrer le pouvoir de leur chef, « celui dont on ne doit pas prononcer le nom » alias « vous-savez-qui » alias le Seigneur des Ténèbres alias Lord Voldemort. Sous les traits reptiliens d’un Ralph Fiennes méconnaissable, le mage aime étaler sa toute-puissance à des disciples soumis (gare à celui ou celle qui ne rirait pas à une tirade du Maître ou qui refuserait une mission !) : en mêlant aura, intimidation, promesse, contrôle, charisme et image quasi-divine, il attire à lui ses partisans et exploite leurs faiblesses et leurs ambitions pour les fidéliser sous sa marque des ténèbres.
Le Colonel Kurtz - Apocalypse Now (1979)
« L’horreur… L’horreur… » Marlon Brando n’apparaît qu’une quinzaine de minutes dans Apocalypse Now (1979). Pourtant, son personnage, l’énigmatique et mythique Colonel Kurz, hante tout le long métrage de Francis Ford Coppola alors que le Capitaine Willard (Martin Sheen) se voit confier par sa hiérarchie la mission de remonter au coeur des ténèbres vietnamiennes et cambodgiennes pour retrouver cet officier renégat et l’éliminer. Vénéré par ses soldats (américains et locaux) soumis à sa volonté et son idéologie, à l’image du photographe de guerre campé par Dennis Hopper, Kurtz vit dans un temple en pleine jungle, décoré des têtes tranchées et des corps pendus ou crucifiés de ses ennemis, où il professe sa vision. Entre le gourou et le poète guerrier, c’est une figure majeure du cinéma. Et de cette liste.
Lord Summerisle - Wicker Man (1973)
Oubliez le Wicker Man (2006) emmené par Nicolas Cage ! Avant ce monument du nanar WTF qui a fait le bonheur des premiers memes à la fin des années 2000, il y a eu The Wicker Man (1973) de Robin Hardy, figure de proue du sous-genre du folk-horror où l’on retrouve également Midsommar (2019), The Witch (2015) ou Les Démons du maïs (1984). Et au centre du film, il y a la figure charismatique de Christopher Lee, chef politique et religieux d’une petite île isolée qui se livre à des rituels païens (et sacrificiels) pour assurer la prospérité de la communauté. Débarqué sur l’archipel pour tenter de retrouver une jeune femme disparue, un policier va plonger au coeur de la folie fanatique de Summerisle, dont le quotidien est bercé par les croyances et les rites collectifs organisés depuis des générations par la famille du maître des lieux. Avec des masques animaliers VRAIMENT dérangeants.
Mathieu Vasseur - Gourou (2026)
Gourou (2026) est né d’une idée et d’une envie de Pierre Niney d’explorer l’une de ces figures d’influence, alors que les coachs et autres motivateurs autoproclamés profitent de l’essor des réseaux sociaux pour prodiguer leurs conseils, développer leur communauté et monnayer ensuite des séances one-to-one ou des séminaires de groupe. Où s’arrête l’accompagnement et où commence la manipulation ? C’est la question que creuse le troisième long métrage porté par le comédien et le réalisateur Yann Gozlan (après Un homme idéal et Boîte noire) qui, s’il se perd un peu dans plusieurs sous-intrigues, réussit à capter l’électricité, l’énergie et la frénésie des séances collectives, où la foule s’abandonne à ce gourou si inspirant. Avec notamment trois moments très forts : la confession d’Anthony Bajon (toujours aussi juste), le face-à-face avec une journaliste incognito et la démission d’un participant par téléphone. Des scènes puissantes.
Et aussi…
Julian Karswell (Niall MacGinnis) - Rendez-vous avec la peur (1957)
Roman et Minnie Castevet (Sidney Blackmer et Ruth Gordon) - Rosemary’s baby (1968)
Night Slasher (Brian Thompson) - Cobra (1985)
Sal (Tilda Swinton) - La Plage (2000)
Patrick (John Hawkes) - Martha Marcy May Marlene (2011)
Abin Cooper (Michael Parks) - Red State (2011)
Maggie (Brit Marling) - Sound of My Voice (2011)
Hal (Tate Ellington) - The Endless (2017)
Jeremiah Sand (Linus Roache) - Mandy (2018)
Miss Novak (Mia Wasikowska) - Club Zero (2023)
















































































































