Alors qu’Hollywood reste absorbée par la course aux Oscars, les premiers festivals de 2026 ont également commencé, offrant un premier aperçu des nouveaux films du circuit dont on parlera au cours de l’année. Même si le titre de premier grand festival est généralement attribué à Sundance, celui-ci demeure assez niche et principalement axé sur le cinéma indépendant américain. C’est donc plutôt avec la Berlinale que commence, chez nous, en Europe, la saison des festivals.
200 films au programme Wim Wenders au Jury
Cette année, la 76ème édition du Festival International du Film de Berlin se déroulera du 12 au 22 février 2026. Parmi les plus de 200 films qui composent sa programmation, 22 titres concourent pour le très prestigieux Ours d’or. Le jury de cette édition est présidé par le grand réalisateur Wim Wenders, et compte parmi ses membres Min Bahadur Bham, Bae Doona, Shivendra Singh Dungarpur, Reinaldo Marcus Green, HIKARI et Ewa Puszczyńska.
Avec une programmation particulièrement variée, allant d’œuvres expérimentales aux films et séries grand public, la Berlinale s’adresse à des audiences très diverses. Dans ce guide Justwatch, j’ai regroupé huit films qui, avant même d’être dévoilés au public, ont déjà suscité un fort retentissement et que j’ai, moi aussi, hâte de découvrir.
L’arrivée des films berlinois dans l’Hexagone prenant généralement plus de temps que celle des films cannois, il est possible que certains d’entre eux ne soient visibles qu’au cours de la seconde moitié de 2026. Voire plus tard.
At the Sea (2026)
À partir des années 2000, le cinéaste hongrois Kornél Mundruczó s’est imposé comme un habitué de la sélection cannoise. On a surtout retenu White God (2014), qui a remporté le prix Un Certain Regard, tandis que La Lune de Jupiter (2017), qui lui a succédé, a été relativement mal accueilli. Les deux films suivants du cinéaste -Pieces of a Woman (2020) et Evolution (2021)- ont, d’une certaine manière, été victimes de la pandémie.
Malgré un casting prestigieux réunissant Vanessa Kirby, Shia LaBeouf, Sarah Snook et Benny Safdie, Pieces of a Woman n’a pas réussi à laisser une impression durable auprès du public. Après cinq ans d’absence, il n’est pas surprenant que certains cinéphiles l’aient quelque peu oublié, mais avec At the Sea (2026), on espère qu’il saura raviver les mémoires.
Pour ce nouveau film présenté en compétition, le réalisateur collabore à nouveau avec sa femme Kata Wéber à l’écriture du scénario. Selon le synopsis, le récit suit Laura, qui séjourne dans un centre de réhabilitation à la suite d’un accident lié à l’alcool, avant de retourner dans la maison familiale située au bord de la mer. On peut ainsi s’attendre à un drame psychologique proche de Pieces of a Woman, mais davantage orienté vers les thèmes de la guérison et de la confrontation. Côté casting, Amy Adams incarne Laura, entourée de Murray Bartlett, Chloe East, Brett Goldstein, Dan Levy, Jenny Slate et Rainn Wilson.
Josephine (2026)
Si vous avez un peu suivi le festival de Sundance, vous avez probablement entendu parler de Josephine (2026), réalisé par la cinéaste américaine Beth de Araújo. Le film a fait pas mal de bruit la semaine dernière, puisqu’il y a remporté à la fois le Grand Prix du Jury dans la compétition dramatique et le Prix du public. Ce doublé est à retenir, car les deux derniers films à avoir reçu ces honneurs étaient Minari (2020) et CODA (2021), ce qui constitue d’ores et déjà un fort présage en vue des Oscars 2027.
Josephine est le deuxième long-métrage de la réalisatrice, après un premier thriller psychologique produit sous l’égide de Jason Blum et de sa société Blumhouse Productions. D’après le synopsis, le film se concentre sur une fillette de huit ans qui est témoin d’un viol alors qu’elle jouait dans le parc de Golden Gate, à San Francisco, avec son père. Cet événement traumatique, malgré tous les soutiens affectifs qui l’entourent, bouleverse complètement la vie de la jeune fille, qui devient à son tour très violente envers les autres.
Selon la critique, Beth de Araújo adopte une approche frontale sur le plan dramatique, tout en restant subtile dans le traitement des émotions. La jeune actrice Mason Reeves interprète Josephine dans son tout premier rôle. Channing Tatum, qui incarne le père, est unanimement salué pour une performance qualifiée comme la meilleure de sa carrière, tandis que celle de Gemma Chan -connue notamment pour Les Éternels (2021)- dans le rôle de la mère ne manque pas non plus d’éloges. Au vu de ce fort engouement festivalier, il y a de grandes chances que Josephine reparte également de la Berlinale avec un prix important.
Rosebush Pruning (2026)
Au cours des deux dernières décennies, l’œuvre du réalisateur brésilien Karim Aïnouz a été mise en avant dans de nombreux festivals -à Venise, Cannes et Berlin, entre autres. Or, en comparaison avec ses compatriotes Walter Salles ou Kleber Mendonça Filho, les films d’Aïnouz n’ont jamais été autant sous le feu des projecteurs, comme en témoigne notamment l’accueil peu favorable réservé à ses deux derniers films, Le Jeu de la reine (2023) et Motel Destino (2024). Mais ces déceptions critiques ne semblent pas avoir découragé le réalisateur, puisque son nouveau film s’annonce encore plus ambitieux.
En lice pour l’Ours d’Or, Rosebush Pruning (2026) est décrit comme étant librement inspiré de Les Poings dans les poches (1965) de Marco Bellocchio. Au scénario, on retrouve un nom pour le moins intrigant : Efthimis Filippou, jusqu’alors surtout connu pour avoir coécrit plusieurs films de Yorgos Lanthimos. À la lumière de l’œuvre de ce dernier, il est certain qu’on ne manquera pas d’une satire bien tranchante -d’autant plus qu’à la lecture du pitch, les échos thématiques à Canine (2009) se font pleinement sentir.
Le synopsis révèle que le film est centré sur des frères et sœurs -Jack, Ed, Anna et Robert- qui vivent dans une ville espagnole avec leur père aveugle et profitent de leur fortune de manière insolente. Leur équilibre intime est brisé lorsque Jack décide d’emménager avec sa petite amie, Martha, tandis qu’Ed révèle la véritable cause de la mort de leur mère. Probablement appuyé sur un récit choral, le casting donne particulièrement envie de découvrir le film : Riley Keough, Callum Turner, Elle Fanning, Jamie Bell, Tracy Letts et Pamela Anderson devraient y livrer des performances à la fois inventives et décalées.
Dao (2026)
Le réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis se distingue comme l’une des voix les plus singulières du cinéma d’auteur contemporain. Certes relativement peu connu en comparaison de certains grands noms, son œuvre, qui aborde la question de l’identité à la fois à travers la sphère intime et le milieu social, constitue une force politique indispensable dans le contexte d’un cinéma postcolonial.
Gomis est un habitué de la Berlinale depuis son troisième long métrage, Aujourd’hui (2013). Son quatrième film, Félicité (2016), y a d’ailleurs reçu le Grand Prix du Jury. Si, du côté de la fiction, les dix années écoulées depuis son dernier long métrage peuvent sembler particulièrement longues, le réalisateur s’est néanmoins fait remarquer avec Rewind & Play (2022), un documentaire d’archives sur Thelonious Monk présenté à la section Forum et qui cherchait à exposer les mécanismes cachés du racisme.
Son nouveau film, Dao (2026), qui sera présenté en compétition, met au centre Gloria, qui, avec peu d’intervalle, fait marier sa fille en banlieue parisienne et participe à une commémoration en hommage à son père décédé en Guinée-Bissau. Selon les informations communiquées jusqu’à présent, le récit du film semble jouer avec les tensions entre passé et présent, ainsi qu’entre forme documentaire et fiction. Avec une durée de 185 minutes, Dao est l’un des films les plus ambitieux de la compétition. Heureusement, sa sortie est prévue pour le 29 avril : on ne tardera donc pas à découvrir de quoi il retourne !
À voix basse (2026)
La réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid est également en lice cette année à la Berlinale avec son troisième long métrage, À voix basse (2026). Dans son premier film, À peine j’ouvre les yeux (2015), elle signait, au cœur d’une révolution à l’horizon, le portrait d’une jeune femme assumant sa quête de liberté à travers la musique et la politique, en conflit avec les attentes de sa mère. Son deuxième film, Une histoire d’amour et de désir (2021) -comme son titre l’indique- proposait un récit sensoriel autour de la relation entre deux étudiants : l’un issu de la banlieue parisienne, l’autre fraîchement arrivée de Tunisie.
Bouzid est une cinéaste très attentive à la confrontation entre identité personnelle et traditions ou mœurs qui la façonnent, mais aussi à celles auxquelles elle résiste. Dans À voix basse, l’histoire de Lilia, qui rentre en Tunisie pour les funérailles de son oncle et se retrouve confrontée aux secrets de sa famille, semble nourrie par ces mêmes thématiques. On a surtout hâte de découvrir les performances d’Eya Bouteraa (potentielle révélation César 2027 ?) et de Hiam Abbass. À noter : la sortie du film est déjà annoncée pour le 22 avril !
The Blood Countess (2026)
Nous avons vraiment de la chance que l’une des figures les plus emblématiques de l’avant-garde allemande soit encore vivante et qu’à l’âge de 83 ans, elle nous honore d’un nouveau film. Bien évidemment, il s’agit d’Ulrike Ottinger, dont le très attendu The Blood Countess (2026) sera présenté dans la section Berlinale Special Gala.
Le film s’inspire d’un personnage historique réel, Élisabeth Báthory, comtesse hongroise que l’on croyait meurtrière en série et que l’on surnommait « Comtesse Dracula ». Ottinger s’empare donc de ce mythe vampirique avec la participation scénaristique de la grande écrivaine Elfriede Jelinek, et le transforme en un récit excentrique et mystérieux, avec les paysages urbains de Vienne en toile de fond.
L’aspect le plus excitant du film est que la comtesse est interprétée par Isabelle Huppert, LA reine du cinéma français. Selon le synopsis, la comtesse revient du monde souterrain pour retrouver l’élixir rouge de la vie, accompagnée de sa fidèle servante. Mais sa quête risque d’être perturbée par son neveu végétarien, son psychothérapeute, deux vampirologues et un inspecteur de police !
On sait qu’Ottinger est une artiste polyvalente, et ses films combinent souvent des éléments formels issus de diverses expressions artistiques -qu’il s’agisse du théâtre ou des arts visuels- leur conférant une plasticité très singulière. Nul doute que le mélange des genres -mystère, comédie et fantastique- que promet The Blood Countess sera également à la hauteur de la vision artistique que la réalisatrice n’a cessé de réinventer depuis plus de soixante ans.
Good Luck, Have Fun, Don’t Die! (2025)
De temps à autre, et beaucoup plus souvent ces derniers temps, les réseaux sociaux font surgir des séquences ou des images des trois premiers films de Pirates des Caraïbes, et une synergie se produit : des centaines d’utilisateurs saluent de concert le génie de Gore Verbinski. En réalité, depuis les aventures de Jack Sparrow, la carrière du réalisateur n’a pas vraiment connu de nouveaux sommets, à l’exception peut-être de son avant-dernier film, A Cure for Life (2016).
Après une absence d’une décennie sur le grand écran, le retour de Verbinski avec Good Luck, Have Fun, Don’t Die! (2025) semble s’annoncer beaucoup plus prometteur, et certainement au-delà d’un simple objet de curiosité découlant de notre nostalgie cinéphile. Écrit par le réalisateur et scénariste Matthew Robinson, le film a déjà fait sa première mondiale à Fantastic Fest en septembre, mais c’est surtout après sa première internationale à la Berlinale, dans la section Special Gala, qu’il pourra réellement toucher des audiences plus variées. D’après le résumé, on y découvrira une satire sociale anti-IA, à travers l’histoire d’un homme venu du futur pour empêcher une catastrophe causée par l’intelligence artificielle.
Certains commentaires décrivent le film comme une version décalée et sci-fi de Un jour sans fin (1993), tandis que d’autres évoquent une tonalité exubérante proche de Everything Everywhere All at Once (2022). Avec Sam Rockwell dans le rôle de l’homme du futur, entouré de Haley Lu Richardson, Michael Peña, Zazie Beetz et Juno Temple, le casting donne lui aussi très envie de découvrir le film.
The Moment (2026)
Peut-on dire que l’on va bientôt entrer dans « l’hiver de brat » ? En tout cas, c’est ce qui semble s’annoncer avec The Moment (2026), le faux documentaire signé Aidan Zamiri, consacré à l’icône de l’électro-pop Charli xcx et qui, après sa première à Sundance, sera présenté en compétition dans la section Panorama de la Berlinale.
Ceux et celles qui sont un peu familiers avec l’artiste connaissent sans doute déjà sa cinéphilie -son usage actif de Letterboxd ou encore ses micro-commentaires postés sur TikTok- mais à partir de 2025, elle s’est également mise à s’investir devant la caméra. D’abord avec son rôle dans Erupcja (2025) de Pete Ohs, pour lequel elle est aussi créditée comme scénariste et productrice. À partir de là, il devient difficile de l’arrêter : en 2026, elle sera à l’affiche de quatre films !
Parmi ces quatre projets, The Moment semble être celui qui se rapproche le plus d’elle-même et dans lequel elle s’est le plus impliquée, là encore en tant que productrice et scénariste. Charli xcx y incarne une version fictive d’elle-même, alors qu’elle prépare la tournée mondiale de son album sensationnel brat en 2024. La bande-annonce, dévoilée il y a quelque temps, laisse déjà entrevoir -non sans humour- les coulisses chaotiques d’une industrie musicale cherchant à rentabiliser chaque geste artistique à tout prix, où l’authenticité devient elle-même un produit.
Au-delà de la musicienne, le film bénéficie d’un casting bien fourni. On y retrouve notamment Rosanna Arquette et Alexander Skarsgård, qui interprètent des personnages fictifs, mais aussi plusieurs personnalités proches de Charli xcx -Rachel Sennott, Julia Fox ou encore Kylie Jenner- apparaissant sous des versions fictionnalisées d’elles-mêmes. Le film est distribué par A24 aux États-Unis ; reste à voir s’il suscitera suffisamment d’intérêt pour espérer une sortie en France.














































































































