
César 2026 : 3 moments Carrey-ment inoubliables de la cérémonie
Et le César d’honneur est décerné à… Jim Carrey ! Au-delà des récompenses décernées à L’Attachement, Nouvelle Vague, Nino, Arco, Léa Drucker et Laurent Lafitte, entre autres, la 51e grand-messe du cinéma français a salué comme il se doit son invité d’honneur, qui a provoqué chez les personnes présentes à L’Olympia un mélange de respect artistique, de star-struck et de joie enfantine assez rare. JustWatch vous partage les trois moments forts de cet hommage.
Le discours swing de Benjamin Lavernhe
Le maître de cérémonie des César 2026 l’avait dit en amont de la soirée : pouvoir rencontrer et surtout célébrer Jim Carrey serait un moment majeur pour lui. Et il n’a pas raté le rendez-vous. Il est d’abord rattrapé par l’émotion quand il s’adresse à son héros dans son discours d’introduction : « J’ai 10 ans, je sors d’une séance de The Mask au cinéma Le Castille à Poitiers. Je découvre beaucoup plus qu’un acteur : un artiste immense, au talent sans limite, qui libère nos imaginaires. Trente ans plus tard, il est à trois mètres de moi. C’est quasi irréel ». Un sanglot discret vient l’interrompre, et on sent à quel point le moment est fort pour le comédien. Et je ne peux que le comprendre, moi pour qui The Mask (1994) est un grand moment de ma vie de spectateur et dont la répliques m’accompagnent depuis.
Et puis Benjamin Lavernhe va faire quelque chose qu’on aurait tous, je crois, rêvé de faire. Après avoir fait porter sur scène le véritable masque du film depuis le Musée Cinéma & Miniature de Lyon, le comédien s’en empare, lance un regard chargé de malice à son idole façon « Et si j’osais ? », et se l’applique sur le visage. Et là, le show est lancé : des éclairs verts rappelant les transformations du film de Chuck Russell, un changement de costume digne des plus grands illusionnistes troquant le smoking sobre des débuts pour le complet jaune du long métrage, un orchestre de swing qui reprend Hey Pachuco, une chorégraphie endiablée, une déambulation enjouée dans les travées et les couloirs de L’Olympia, des vannes gentiment acides à la The Mask pour présenter les différents nommés, un nouveau changement de costume, une rumba/mambo sur Sancho le Cubain / Cuban Pete… Le tout devant un Jim Carrey conquis. Refaire The Mask en live : j’avais à nouveau 10 ans (plutôt 14 ans dans mon cas), merci Benjamin !
La rencontre avec sa (splendide) voix française
Benjamin Lavernhe a définitivement tout réussi lors de cette soirée. Chaque intervention, chaque trait d’humour était juste, avec le bon équilibre entre classe et irrévérence. Un deuxième moment m’a conquis. Et je dois même concéder que s’il n’avait pas eu lieu, j’aurais crié au scandale. Alors que le maître de cérémonie lance la prochaine catégorie -en l'occurrence le Meilleur son-, sa voix n’est plus la même. Dans un playback absolument parfait, il se retrouve affublé du timbre d’Austin Powers, de Chandler dans Friends, de Borat, de Simba dans Le Roi Lion… Pas de doute, Emmanuel Curtil est dans les parages. Le comédien assure le doublage français de Jim Carrey depuis 1994. L’année qui a révélé Jim Carrey avec les triomphes de The Mask, Ace Ventura et Dumb & Dumber. Il aurait été impensable de ne pas le convier à la fête.
Car Jim Carrey, c’est un talent rare, c’est un corps unique, mais c’est aussi une voix qui, quand on est enfant et pas encore adepte de la VO, est française. Et c’est celle d’Emmanuel Curtil. Malgré leur collaboration de plus de trente ans, il n’avait jamais rencontré la star. Et c’est avec une assurance impressionnante -car le moment était fort- et un respect sincère qu’il a pu lui adresser quelques mots depuis la scène : « J’attendais une belle occasion. C’est un véritable honneur pour moi de vous rencontrer ce soir. Enfin. Vous n’imaginez pas le cadeau que c’est pour un comédien comme moi de doubler un artiste tel que vous. Et à chaque fois que je vous retrouve dans un film, j’ai l’impression de retrouver un vieil ami. En tout cas je vous promets que je fais le max pour vous abîmer le moins possible. Je sais qu’à un moment donné vous avez songé à arrêter le cinéma mais je vous en supplie Jim : continuez ! Continuez à nous faire rêver ! Faites des films ! Et maintenant qu’on se connaît… Depuis trente secondes… Si vous ne le faites pas pour vous, alors faites-le pour moi. » Avant de s’adresser à la Ministre de la Culture fraîchement nommée Catherine Pégard pour défendre les talents du doublage face aux dangers de l’IA. Même si je regrette qu’Emmanuel Curtil n’ait pas été convié pour remettre le César d’honneur et que Jim Carrey ne soit pas monté sur scène pour lui adresser un « hug » mérité, le moment était ssssssssplendide !
Le discours touchant (et en français) de Jim Carrey
« Comment était mon français ? Presque médiocre, non ? » Non, Jim. C’était parfait ! Et extrêmement personnel, loin d’un discours convenu. En recevant son César d’honneur des mains de Michel Gondry -dont les quelques mots étaient à l’image du cadre Gym-Carré qu’il a offert à son comédien de Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004), un peu étranges- et de la Présidente Camille Cottin -dont les mots étaient vibrants et parfaitement choisis- Jim Carrey a tenu à s’exprimer en français avec des mots très personnels, célébrant notamment ses origines hexagonales (son arrière arrière arrière arrière grand-père François Carré est parti de Saint-Malo pour le Canada), sa famille et son papa disparu Percy Joseph Carrey (l’homme le plus drôle qu’il ait jamais connu, venant de Jim Carrey ça vous pose le monsieur), et partageant avec simplicité et émotion tout ce que son art lui avait apporté.
« En tant qu’acteur, chaque personnage que vous incarnez est comme l’agile du sculpteur que vous façonnez à la force de votre cœur. Quelle chance j’ai eu de partager cet art avec tant de personnes qui m’ont offert leur cœur en retour. (...) Si vous voulez que la fortune vous sourit, souriez-lui d’abord. C’est très difficile, mais nous devons essayer. Je vais toujours chérir ce souvenir. Et je vais toujours sourire ce souvenir ! Je vous aime tous, du fond du cœur, merci. » Je dois concéder que je râle chaque année en voyant les César convier une star hollywoodiene pour ce César d'honneur, comme si nous manquions de talents hexagonaux -certains jamais primés- à mettre en lumière. Mais là, ils ont vu juste en honorant cet artiste complet et profondément humain qui ne se réduit pas qu’à ses (géniales) grimaces et contorsions burlesques et dont les réussites n’ont jamais vraiment été célébrées dans les grandes cérémonies (à l’exception de Golden Globes pour The Truman Show et Man on the Moon). Il lui a fallu revenir en France pour recevoir cet honneur mérité. « Ce Carré a bouclé la boucle », comme il l’a dit lui-même.
























































