
« Il y a quelque chose de magistral dans ce film, même si personne ne le connaît » : le réalisateur de Moulin Rouge a été marqué par ce drame des années 80
Il y a 25 ans, en mai 2001, la grande fête du Festival de Cannes était lancée par Moulin Rouge !, troisième volet de la « Trilogie du Rideau Rouge » après Ballroom Dancing (1992) et Romeo + Juliette (1996). Baz Luhrmann y signait -à mes yeux- son chef d’oeuvre dont les tableaux musicaux m’obsèdent depuis un quart de siècle, de Sparkling Diamonds à REl Tango de Roxanne en passant par le magnifique Come What May chanté par Ewan McGregor et Nicole Kidman ou leur légendaire Elephant Love Medley. On peut aisément trouver ça « trop », et je le comprends aisément, mais j’ai personnellement adoré cette proposition flamboyante et cette vision néo-baroque du Paris de la Belle Époque qui revisite Orphée et Eurydice et La Dame aux camélias à travers l’amour contrarié de Christian et Satine.
Le plaisir coupable de Baz Luhrmann
La fin des festivités cannoises est l’occasion de donner la parole au réalisateur Baz Luhrmann, qui s’est prêté au jeu de l’interview Sorry Not Sorry au micro de JustWatch au moment de la sortie de son documentaire musical EPiC: Elvis Presley in Concert (2026), qui vient compléter le biopic Elvis (2022) emmené par Austin Butler et Tom Hanks. Si son choix de plaisir coupable s’est porté sur un film de Bob Fosse (Cabaret, Que le spectacle commence), maître du musical à Broadway et à l’écran et référence majeure du cinéaste australien, il a pourtant choisi une oeuvre méconnue et bien plus sombre comme recommandation :
« Je pense à ce film de Bob Fosse, Star 80 », explique Baz Luhrmann « C’est un film très sombre. Il y a quelque chose de tarantinesque, avec une ambiance très années 70. Il y a quelque chose de magistral dans ce long métrage, même si personne ne le connaît. Et c’est fascinant que ce soit réalisé par Bob Fosse, car c’est un drame vraiment sombre au sein du Manoir Playboy. Et je me souviens d’une séquence en rollers assez incroyable ! »
C’est quoi Star 80 ?
A ne pas confondre avec Stars 80 et Stars 80 la suite, dans lequel Richard Anconina et Patrick Timsit convoquent les chanteurs et chanteuses marquants de la décennie, Star 80 (1983) est le dernier film réalisé par Bob Fosse. On y suit Dorothy Stratten (Mariel Hemingway), dont l’agent et compagnon (Eric Roberts), persuadé qu'il pourra faire d’elle une vedette, la convainc de poser pour des photos de charme et d'envoyer celles-ci à Playboy. Sous le pseudonyme de Dorothy Stratten, la jeune femme est alors engagée comme playmate et entame une carrière d'actrice. Alors qu'elle remporte un succès croissant et prend son indépendance, Paul, dont les affaires ne marchent pas, devient bientôt jaloux et paranoïaque…
Comme le révèle Baz Luhrmann, le film est sombre, très sombre. Il s’inspire d’un fait divers tragique et sordide relaté dans l’article Death of a Playmate de Teresa Carpenter salué par le Prix Pulitzer, déjà adapté deux ans plus tôt à l’écran dans Meurtre d’une créature de rêve (1981) avec Jamie Lee Curtis et Bruce Weitz. Loin des paillettes et des tableaux musicaux qui ont fait sa réputation, Bob Fosse opte ici pour une approche clinique et quasi-documentaire, mais regarde la violence de cet épisode en face, révélant l'envers du décor hollywoodien. C’est d’ailleurs ce qui a plu à certains critiques, d’autres lui reprochant sa complaisance et sa noirceur. Même si le film a plus de quarante ans, son sujet qui croise emprise masculine et féminicide, trouve un écho, hélas, toujours aussi actuel aujourd'hui. Une bonne raison de le découvrir, en étant averti du caractère malsain et étouffant de l'œuvre posthume du cinéaste.




















