Frustrant, décevant, agaçant, énervant… Le final de A House of Dynamite (2025), qui ne quitte pas le Top Netflix depuis sa mise en ligne sur la plateforme le 24 octobre dernier, divise les abonné.es comme la critique. Certains spectateurs reprochent en effet à Kathryn Bigelow d’avoir opté pour une conclusion trop ouverte. La réalisatrice a pourtant fait le meilleur choix possible.
De quoi parle « A House of Dynamite » ?
Mais avant cela, revenons sur le long métrage, passé par la Compétition du Festival de Venise en septembre dernier. Structuré en trois segments, A House of Dynamite raconte comment les plus hautes instances de la Maison Blanche (politique, militaire, diplomatique…) font face à une menace atomique majeure. En l’occurrence un missile d’origine inconnue lancé contre la ville de Chicago et menaçant la vie de 10 à 20 millions d’Américains. Et plus largement, le monde.
En effet, les systèmes de défense qui encadrent la dissuasion nucléaire supposent une riposte massive en cas de menace directe. Quitte à embraser la planète, comme le suggérait avec pertinence et gravité le dernier échange entre Einstein et Oppenheimer devant la caméra de Christopher Nolan en 2023. Ici, l'État-Major US se retrouve donc avec la double responsabilité de sauver le maximum de concitoyens mais aussi de -peut-être- contre-attaquer.
Une structure à plusieurs points de vue
La particularité de A House of Dynamite, c’est de croiser plusieurs points de vue : la salle de crise, le centre de commandement anti-missiles, une conférence téléphonique de haute sécurité, le secrétaire à la Défense, le pilote d’un bombardier B-2, l’équipage d’un sous-marin, le Président des Etats-Unis… La construction, à travers des échanges physiques, téléphoniques, radio ou visio, retranscrit alors l’effervescence d’une situation de crise inédite, où une éventuelle apocalypse se décide en dix-huit minutes.
Ce procédé scénaristique a été popularisé par le chef d’œuvre Rashōmon (1950) d'Akira Kurosawa et repris depuis dans des genres aussi variés que Usual Suspects (1995), Snake Eyes (1998), Angles d’attaque (2008), Le Dernier Duel (2021) ou… La Véritable histoire du Petit Chaperon Rouge (2005). Il permet d’apporter des niveaux de lecture différents, complémentaires et nuancés, pour faire émerger non pas une vérité simple mais toute la complexité d’une situation qui s’avère, dans le cas de A House of Dynamite, catastrophique. Et qui repose sur des recherches approfondies menées par le scénariste Noah Oppenheim.
Une fin volontairement ouverte
L’éventualité d’une guerre totale n’est pas nouvelle au cinéma. On pense à USS Alabama (1995), La Somme de toutes les peurs (2002) ou Hunter Killer (2018) dont les dilemmes sous haute tension sont finalement réglés par la bonne intelligence humaine et un happy-end hollywoodien rassurant. A House of Dynamite ne verse pas dans cette approche pour sa conclusion. Ni dans un dénouement désespéré façon Point Limite (1964), Le Jour d’après (1983) ou Fail Safe (2001), qui embraserait définitivement le monde. Non, la fin reste ouverte, et le film s’arrête au moment où le Président (Idris Elba) s’apprête à donner -ou pas- l’ordre de riposte. Et c’est le meilleur choix possible face à un choix impossible, celle de la prochaine pièce à bouger dans une partie d’échecs mortelle où les options nucléaires se résument à « saignant », « à point » ou « bien cuit ».
Le long métrage nous confronte à ce moment précis où tout basculerait, avec une décision aux conséquences mondiales, à prendre en quelques minutes en se basant sur d’innombrables avis et recommandations, des renseignements plus ou moins pertinents, des expert.es pas toujours joignables, des connexions bancales, des suppositions sur les intentions des autres nations, ce qu’on pense savoir d’un ennemi non identifié, ce que signifierait de réagir ou au contraire de ne pas réagir… Montrer cette décision, quelle qu’elle soit, aurait dès lors considérablement atténué le vertige de ce questionnement. A House of Dynamite nous met en réalité face à notre responsabilité collective.
« Je veux que les gens terminent le film en disant : D’accord, que fait-on maintenant ? », explique Kathryn Bigelow. « C’est un problème mondial, et bien sûr, j’espère qu’un jour nous pourrons réduire l’arsenal nucléaire. Mais en attendant, nous vivons vraiment dans une maison remplie de dynamite. Je trouvais essentiel de diffuser cette information afin d’ouvrir le dialogue. C’est cette réaction qui nous intéresse : les échanges que le public aura après la projection du film. » Un questionnement plus que jamais nécessaire, tant que nous le pouvons et que cela ne reste -pour le moment- que du cinéma…
L’humanité au-delà des protocoles
Au-delà des ces considérations citoyennes majeures, A House of Dynamite convoque notre humanité au-delà des protocoles. A l’image de ce Major impuissant (Anthony Ramos) pris de nausées après l’échec de la mission d’interception, de cette officier (Rebecca Ferguson) qui ne reverra sans doute pas son fils, du Secrétaire à la Défense (Jared Harris) qui appelle sa fille avant de mettre fin à ses jours, du Président qui a désespérément besoin d’échanger avec la Première Dame avant de trancher…C'est ça, finalement, qui est au coeur du film : comment affronter l’inconcevable quand il survient. Et c’est aussi (et surtout ?) pour cela que cette fin, ou plutôt cette non-fin, a une telle force.














































































































