« J’ai tout de suite pensé à des films comme The Truman Show ou The Game », confie Boris à Dauphiné Libéré, quand il découvre la réalité de l’imposture. Et c’est la première réflexion qui m’est venue en tête en entendant Eric et Ramzy lancer qu’une seule personne était « vraie » au moment de dévoiler la réalité de l’expérience. La même réplique prononcée par Ed Harris, le réalisateur-Dieu à la fin de Truman Show (1998).
C’est quoi un prank ?
Un prank, c’est une blague sous forme d’imposture, qui vise à tromper la personne ciblée sur la réalité de ce qu’elle traverse, que cela soit par téléphone, en caméra cachée ou à travers des mises en scènes trompeuses. La blague peut être réalisée avec des moyens limités, ou au contraire reposer sur des dispositifs plus élaborés.
En France, on se souvient des programmes télévisés La Caméra invisible, La Caméra cachée ou Surprise sur prise !, de l’imposture mémorable de Patrick Sébastien dans Le Grand Bluff (plus grande audience historique pour un divertissement avec 17,4 millions de téléspectateurs le 26 décembre 1992) ou des blagues filmées de François Damiens ou Greg Guillotin.
Très récurrent en radio, le concept a depuis envahi les réseaux sociaux et s’est même décliné en streaming, à travers des propositions comme Jury Duty (2023-) dont la seconde saison arrive le 20 mars sur Prime Video.
Tout Simplement Fan, le prank ultime
La France n’avait pas encore proposé son prank majeur et longue durée. C’est chose faite avec Tout Simplement Fan (2026) qui marque une nouvelle collaboration entre Amazon et Eric et Ramzy après Comedy Class et leurs participations à LOL qui rit sort. Pour ce programme en six épisodes, les compères de La Tour Montparnasse infernale (2001) voient grand : une blague étalée sur cinq jours, dans un décor de western impressionnant, impliquant 300 comédiens et techniciens, 40 caméras et des guests comme Laurent Lafitte, Laura Felpin, Melha Bedia, Jean-Pascal Zadi, Youssef Hajdi, Niels Schneider ou Marc Labrèche.
Le concept ? Quatre aficionados du duo sont invités sur le tournage de leur série Zorro et Bernardo en Espagne, pour assister aux prises de vues tout en participant à un jeu pour choisir le plus grand fan d’Eric et Ramzy avec 20 000 euros à la clé. Parmi eux, il y a le Lyonnais Boris. Et ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il est au centre du prank et le seul participant à tout ignorer de la supercherie.
Durant cette petite semaine, il va être confronté à un tournage pour le moins tendu, entre rivalités pour le rôle de Zorro, panel de spectateurs organisé par Amazon, réalisateur prêt à évincer Eric Judor, explosion imprévue d’un chariot… Il va même être invité à tester ses compétences de comédien lors d’une séquence WTF de multivers.
Une première tentative ratée !
La blague est impressionnante en termes de logistique. Et peut capoter à tout moment, tant les péripéties commencent à s’enchaîner de manière un peu trop énorme quand ce n’est pas une caméra derrière un miroir ou un micro oublié par Eric qui sont trop visibles. Mais aveuglé par sa joie d’être sur le plateau, sa découverte des coulisses d’une production (après tout, peut-être que ça se passe ainsi dans la grande famille du cinéma ?), les prestations bluffantes des trois autres fans complices du prank (qui ont tenu leur rôle pendant cinq jours !), et sa fanitude, Boris se laisse complètement berner.
Contrairement à Aurélie, fan N°1 du tandem et première candidate malgré elle, qui avait compris les tenants et les aboutissants de la blague dès la première journée, obligeant la production à trouver un cobaye de secours pour tenter une deuxième fois de mettre en boîte l’imposture (et Laurent Laffite à prolonger son séjour alors qu’il était attendu au théâtre !). Ce raté majeur est dévoilé à la fin du dernier épisode, et c’est une vision tout aussi intéressante que le prank réussi.
Un Truman Show en vrai ?
Alors bien sûr, avec le montage, l’habillage et l’humour d’Eric et Ramzy, Tout Simplement Fan s’avère être au final un prank certes d’envergure mais surtout bon enfant, dont les leviers auraient pu aller beaucoup plus loin (les tensions en plateau restent limitées et cadrées, la blessure de Ramzy dans l’explosion ne verse jamais dans le drame) pour miner Boris. Les applaudissements de l’équipe, au moment de la révélation, sont sincères alors qu’Eric et Ramzy semblent ravis d’avoir mis un vrai fan au centre de leur univers et que tout le monde loue les qualités humaines du jeune homme (qui a été jusqu’à protéger la trahison de l’un des autres fans, qui a voté contre Ramzy lors du panel).
Mais le programme divise, forcément (et même heureusement), puisque c’est, au final, un Truman Show « pour de vrai » qui peut provoquer un sentiment malaisant voire d’acharnement comme le pointe Télérama. La scène de multivers jouée par Boris, par exemple, sincèrement ridicule, se fait sous les rires cachés des uns et des autres alors que le jeune homme est persuadé d’avoir découvert et montré un talent qu’il ignorait. Cela m’interroge.
Et je dois avouer ne pas avoir encore d’avis définitif sur le sujet. Je respecte l’ambition du prank, l’envie des trublions Eric et Ramzy de célébrer leurs admirateurs, et la bonne humeur qui en ressort. Mais j’aime surtout, finalement, que Tout Simplement Fan nous pose une question morale sur le fait de filmer quelqu’un à ses dépens pour capter une vérité. Et sur la frontière, très fine, entre rire avec cette personne et rire de cette personne.



















































































































