« Il est le héros que Gotham mérite. Un gardien silencieux. Un protecteur vigilant. Un chevalier noir. » Y’a t-il meilleure manière de décrire Batman que les mots du Commissaire Gordon à la fin de The Dark Knight (2008) ? Justicier de l’ombre et cauchemar des criminels, l’Homme chauve-souris est assurément l’un des super-héros les plus emblématiques qui soit.
Né en 1939 dans les pages DC Comics, sous les crayons de Bob Kane et Bill Finger, Batman a toujours passionné les lecteurs. Puis les spectateurs, alors qu’il a pris vie à la télévision et au cinéma, que ce soit en prises de vue réelles ou en animation. Il faut dire que ce vigilante nocturne est fascinant : pour sa silhouette unique, pour ses gadgets, pour sa double identité, pour sa psyché torturée… et pour ses méchants hauts en couleurs.
JustWatch vous invite à (re)visiter les rues de Gotham City à travers le classement des longs métrages live action dédiés au personnage. Avec, sans surprise, George Clooney tout en bas du classement… Il serait d’accord avec moi !
12. Batman & Robin (1997)
Croyez-le ou non, j’ai un Batman / George Clooney grandeur nature. J’ai eu le privilège d’en faire l’acquisition un peu par hasard, et depuis, c’est une vraie fierté d’héberger chez moi celui qui reste le pire Dark Knight de l’histoire ! Car Batman & Robin (1997) est indiscutablement un ratage total, entre les punchlines WTF d’Arnold Schwarzenegger, la bat-carte de crédit (et les bat-nipples) du héros, l’esthétique fluo et criarde de Gotham City et le ton parodique adopté par le réalisateur Joel Schumacher qui transforme immédiatement le long métrage (où se croisent pourtant Poison Ivy, Bane et Freeze) en une soirée cosplay qui aurait mal tourné. Grâce au film, Clooney a retenu la leçon de ne plus céder aux sirènes des blockbusters super-héroïques. Mieux, avec son second degré légendaire, il a su en rire, remboursant même de sa poche certains spectateurs au moment de la sortie cinéma ! Avec autant de défauts, j’aimerais dire que le film est un plaisir coupable. Mais non, c’est juste douloureux à (re)voir.
11. The Flash (2023)
Avant même sa sortie, The Flash (2023) avait pris son départ d’un très mauvais pied. Passant après la série de l’Arrowverse plébiscitée par les fans, le long métrage a connu une période de développement chaotique (réécritures incessantes et valse de réalisateurs) et a dû composer avec les frasques extra cinématographiques de sa star Ezra Miller. Le film, quatorzième entrée d’un DC Extended Universe qui n’a jamais convaincu, débarque alors comme une aventure méta qui explore le multivers en confrontant Barry Allen non pas à un mais plusieurs Batman. C’est sans doute le seul vrai intérêt du film d’Andy Muschietti, qui convoque Ben Affleck, George Clooney (!) mais surtout Michael Keaton sous l’armure du Chevalier Noir. Le reste est, dans mon souvenir, un gloubiboulga numérique qui multiplie les vannes, le fan service et les effets visuels discutables sans réelle cohérence. Ah si, il y a quand même Supergirl (Sasha Calle) qui tire son épingle du jeu. Et Nicolas Cage en Superman.
10. Batman, le film (1966)
Évidemment, quand on aime Batman, on a une sympathie inévitable pour son tout premier long métrage cinéma, tourné dans la foulée de la première saison de la série Batman (1966-1968) pour capitaliser sur le succès du show. Mais cela ne doit pas nous empêcher de rester objectif sur le kitsch absolu de cette aventure sur fond de Guerre Froide et de déshydratation moléculaire, qui reprend tous les codes du programme télévisé. Entre les costumes moulants de Batman et Robin, leurs véhicules pimpés (Batmobile, Batcycle, Batcopter, Batboat…), les méchants cartoonesques (le Joker, le Pingouin, l’Homme-Mystère et Catwoman sont de la fête) et les cartons flashy illustrant les coups portés par nos justiciers, Batman, le film (1966) verse volontiers dans la parodie. Drôle ou pénible, chacun jugera selon ses goûts. Plus qu’un vrai film, c’est à voir comme un témoignage nostalgique d’une ère passée, où les super-héros n’étaient pas encore pris au sérieux et se destinaient avant tout à un public enfantin.
9. Batman Forever (1995)
Deux ans avant Batman & Robin (1997) évoqué plus haut, Joel Schumacher avait déjà fait beaucoup de mal à l’imagerie de l’Homme chauve-souris avec Batman Forever (1995). Qui a bien pu convaincre Val Kilmer, Nicole Kidman, Tommy Lee Jones, Jim Carrey, Drew Barrymore et Chris O’Donnell de s’embarquer pour cette adaptation visuellement ratée et véritablement épuisante, où chaque méchant cabotine en roue-libre ? Sur le tournage, Tommy Lee Jones (Double-Face) ne pouvait pas supporter Jim Carrey (L’Homme-Mystère)... et je le comprends tant le comédien est irritant dans son justaucorps verdâtre. Et pourtant, je l’adore : The Mask (1994) et Truman Show (1998) sont pour moi des incontournables. Mais là, c’est trop… Mais pour être juste vis-à-vis de Carrey, Tommy Lee Jones est lui aussi fatigant dans son duo grimaçant avec lui-même. Quand les 2h02mn de torture s’arrêtent, on est très heureux de savoir que d’autres propositions bien plus pertinentes existent autour de Batman !
8.Batman v Superman : L’Aube de la Justice (2016)
Mais on n’y est pas encore… Avant ça, il y a eu Batman v Superman : L’Aube de la Justice (2016), crossover tant attendu entre les deux icônes DC Comics. Après un faux départ à la fin des années 2000 (l’affiche du film avait été glissée dans Je suis une légende dès 2007), ce choc au sommet prend vie devant la caméra de Zack Snyder, qui se pose en artisan de l’univers partagé en cours d'élaboration après Man of Steel (2013). Au-delà du face à face quasi-mythologique entre le lumineux défenseur de Metropolis et le sombre justicier de Gotham, le film, très (trop) sombre, est l’occasion d’introniser un nouveau Dark Knight en la personne de Ben Affleck. Plus massif que Michael Keaton et Christian Bale, plus cynique et désabusé aussi, il arbore un costume adoré des fans. Il y a donc des choses intéressantes dans le film, qui sème les graines de la Justice League qui suivra, mais il est à la fois trop confus et trop simpliste (le fameux « Martha » qui rapproche au final les deux héros) pour pouvoir prétendre à grimper dans le classement.
7. Justice League (2017) / Zack Snyder's Justice League (2021)
En 2017, le DCEU propose sa Justice League en réponse au carton de Avengers cinq ans plus tôt. Il existe deux versions du long métrage : l’une signée Joss Whedon (qui a repris la réalisation et le montage quand Zack Snyder a quitté le projet pour raisons familiales) ; l’autre surnommée « Snyder-Cut » et réclamée à corps et à cris par les fans pendant plusieurs années. D’un côté, on a une version pilotée par le studio, qui a connu beaucoup de reshoots pour se rapprocher de la légèreté d’un Marvel en y perdant son ton et sa spécificité. De l’autre, on a une version plus cohérente et plus longue (on passe de 2h00 à 4h00 de film !), qui respecte la vision initiale de Snyder et intègre des personnages clés comme Darkseid, Martian Manhunter et le Joker. Côté Batman, Ben Affleck fait ce qu’il peut mais le personnage semble un peu perdu au milieu de Wonder Woman, Flash, Aquaman et Cyborg… et de la surabondance de CGI. Déjà échaudé par Daredevil (2003), l’acteur n’arrive décidément pas à inscrire dans sa filmographie LE film de super-héros qui met tout le monde d’accord. L’échec de cette Justice League marque le début de la fin du DCEU.
6. Batman (1989)
Quand Tim Burton s’attèle à Batman (1989), le genre super-héroïque n’est pas (du tout) ce qu’il est aujourd’hui. La précédente incarnation du Chevalier Noir était celle d’Adam West dans la série kitsch des années 60, aussi le public n’attend pas grand chose de cette nouvelle version. Surtout quand il apprend que le réalisateur a choisi son Beetlejuice (1988), alias l’excentrique Michael Keaton, pour se glisser sous le costume. Pourtant, quand le film sort, c’est un vrai phénomène culturel. Par son approche visuelle stylisée, inspirée de l’expressionnisme allemand. Par son traitement sombre et torturé du justicier, qui offre un point de vue mature sur le personnage et l’univers. Par son ambition, Gotham et la Batmobile laissant des traces indélébiles dans la pop culture. Bref, c’est une réussite… mais qui m’a toujours laissé un peu à distance en raison de son approche un peu trop cartoonesque à mon goût (le Joker de Jack Nicholson notamment). L’épisode suivant signé Burton trouvera un ton gothique bien plus assumé.
5. Batman Begins (2005)
Là, on rentre dans le Top 5. Et c’est un casse-tête (pour ne pas dire un crève-cœur) de devoir ranger les cinq longs métrages restants. Si le N°1 est -il me semble- indiscutable, vous pourriez être en désaccord avec mon classement des positions 5 à 2. Et je vous comprendrais. Quoi qu’il en soit, on débute avec Batman Begins (2005) de Christopher Nolan. A l’époque, le cinéaste britannique n’a pas encore signé Le Prestige (2006), Inception (2010) et Interstellar (2014). Aussi, son reboot de l’univers Batman est guetté avec une vraie curiosité, mais pas plus. Et c’est très convaincant, limitée toutefois par la mainmise du studio. Ce n’est pas encore un blockbuster d’auteur, mais la promesse d’une approche nouvelle, très réaliste, ancrée sur les traumatismes, la peur et le symbolisme. Gotham est réinventée, tout comme la Batmobile/Tumbler. Et Christian Bale est parfait en Bruce Wayne/Batman.
4. The Dark Knight Rises (2012)
Si The Dark Knight Rises (2012) rate le podium de peu, c’est pour deux raisons. La première, c’est que l’idée d’un tiercé de tête avec trois cinéastes et trois acteurs différents me plaît bien. La seconde, c’est que l’on sent que cette conclusion de la trilogie « Batman par Nolan » n’est pas tout à fait celle initialement envisagée par le cinéaste, qui a dû revoir ce chapitre final après la mort de Heath Ledger (comme Black Panther : Wakanda Forever a dû composer avec la disparition de Chadwick Boseman). Le film n’est donc pas tout à fait parfait (surtout après la claque TDK), mais c’est néanmoins un tour de force, de sa spectaculaire scène d’ouverture à sa conclusion d’une émotion et d’une puissance rares. L’arc de Bruce Wayne est passionnant, Catwoman est parfaite, Bane est terrifiant, et les enjeux dramatiques, politiques et philosophiques sont profonds. Bref, c’est le dénouement (presque) idéal pour un triptyque qui aura réussi à maintenir son ambition et sa cohérence.
3. Batman, le défi (1992)
Plus de trente ans après sa sortie, Batman, le défi (1992) a peut-être un peu vieilli. Mais qu'est-ce que j’aime la proposition de Tim Burton, qui croise l’univers DC Comics avec une ambiance gothique et expressionniste du plus bel effet. Gotham est une ville labyrinthique, torturée, macabre… Ce second opus, qui n’a pas manqué de diviser à sa sortie et amené les producteurs de Warner Bros. à orienter la franchise vers le fluo de Batman Forever / Batman & Robin, est un vrai spectacle de freaks. Dans ce conte de Noël mi-superhéroïque mi-horrifique, Batman trouve une place de choix (il est moins effacé qu’en 1989) aux côtés de Catwoman (Michael Pfeiffer, iconique), le Pingouin (Danny DeVito, monstrueusement tragique) et Max Shreck (incarné par Christopher Walken, l’homme d’affaires est baptisé comme l’interprète du vampire Nosferatu !). Le film donne une réelle épaisseur à ses villains, ce que le genre n’avait jamais fait jusqu’ici. C’est vrai qu’on est loin de Nolan ou Reeves, mais on adore !
2. The Batman (2022)
Comme Michael Keaton, Robert Pattinson a dû affronter le rejet des fans au moment de son engagement pour The Batman (2022). Et, comme Michael Keaton, le comédien a mis tout le monde d’accord et fait immédiatement oublier sa scintillante interprétation du vampire de la saga Twilight (2008-2012). Quand je pense à cette relecture de Matt Reeves, les premières image qui me viennent en tête sont les regards apeurés des criminels de Gotham, scrutant l’obscurité des ruelles et des toits où pourrait se cacher ce croquemitaine déguisé en chauve-souris. J’ai adoré ce traitement de Batman par le prisme de la peur qu’il inspire. Comme j’ai adoré les pas pesants du justicier alors qu’il s’avance implacablement vers les truands sur le quai du métro, la beauté formelle du long métrage (le plan inversé depuis la voiture du Pingouin est fou !), la psychologique torturée de Bruce Wayne, l’approche de Catwoman et du Riddler, le ton film noir. Même s’il est un peu long (3h !) et que l’enquête est parfois un peu confuse, c’est une réussite dont on attend impatiemment la suite en septembre 2027.
1. The Dark Knight, le Chevalier noir (2008)
Quelle claque. Que pourrai-je dire de plus pour parler du segment central de la trilogie de Christopher Nolan, qui donne vie à la promesse de la carte à jouer dévoilée à la fin de Batman Begins ? C’est bien simple, The Dark Knight, le Chevalier noir (2008) est autant un chef d’œuvre du film de super-héros (avec Incassable et Watchmen - Les Gardiens) qu’un bijou du polar (le Heat de Michael Mann et le Se7en de David Fincher ne sont pas loin). Et quel génie d’orchestrer le long métrage autour des figures du chevalier blanc (Aaron Eckhart, futur Double-Face), du chevalier noir (Christian Bale, impeccable, épaulé par un Michael Caine très touchant) et de l’agent du chaos (Heath Ledger, insaisissable en Joker, live une interprétation magistrale saluée par un Oscar posthume). Loin de se contenter de livrer un spectacle popcorn, Nolan utilise l’enrobage d’un blockbuster pour interroger la morale. C’est une perfection de chaque instant, qui culmine avec une séquence d’interrogatoire passée à la postérité.



















































































































