Nous célébrons, aujourd’hui 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes : une date dont la portée reste souvent symbolique et ne se traduit pas toujours par des actions durables dans les sphères sociales, économiques et politiques de la société. L’industrie cinématographique, aussi bien en France qu’ailleurs, constitue l’un des domaines les plus flagrants où les inégalités professionnelles dont souffrent les femmes se font sentir.
Les festivals de cinéma, par leur fonction de vitrines de cette industrie, incarnent inévitablement ces tensions structurelles. Bien que des mentalités obsolètes continuent de résister au changement, les initiatives visant à transformer le système et à assurer la parité, aussi bien devant que derrière la caméra, commencent à porter leurs fruits. Au-delà du travail collectif mené par diverses organisations, la reconnaissance des professionnelles de l’industrie -en particulier celle des réalisatrices- nourrit considérablement ces efforts et leur offre une visibilité accrue.
À l’occasion de cette journée marquée par la lutte, la liberté d’expression et l’affirmation de soi, JustWatch vous invite à découvrir l’œuvre de cinq réalisatrices qui ont marqué l’histoire des plus grands festivals internationaux du cinéma.
Jane Campion
Quand on pense aux Oscars et à la place des femmes dans leur histoire, le nom de Kathryn Bigelow vient presque immédiatement à l’esprit -sa victoire il y a seize ans avec Démineurs (2008) ayant fait d’elle la première femme à remporter l’Oscar de la meilleure réalisation. Dans le milieu festivalier, c’est plutôt le nom de Jane Campion qui s’impose comme figure pionnière -son œuvre étant célébrée et commémorée à chaque fois qu’une nouvelle réalisatrice est récompensée dans les grands festivals du monde du cinéma. La réalisatrice néo-zélandaise est surtout connue pour ses héroïnes rebelles, capables d’affirmer leur personnalité aussi bien dans l’Angleterre du 19ème siècle que dans les forêts sauvages de Nouvelle-Zélande. La renommée de Campion a sans doute atteint son apogée avec La Leçon de piano (1993), film qui lui a valu la première Palme d’or attribuée à un film réalisé par une femme. Mais Cannes n’est pas le seul festival à reconnaître les mérites de son œuvre : elle a également reçu le Grand Prix du Jury pour Un ange à ma table (1990) et le Lion d’argent de la Meilleure réalisation pour The Power of the Dog (2021) à la Mostra de Venise.
Julia Ducournau
Campion a été une pionnière en affrontant la présence masculine écrasante dans l’attribution des prix à Cannes, mais pendant près de trois décennies son succès est resté une exception, jusqu’à ce que Titane (2021) de Julia Ducournau remporte la Palme d’or en 2021. Victoire fulgurante qui a fait briller le talent de sa réalisatrice -malgré le faux pas de Spike Lee lors de la cérémonie !- le film a également contribué à accroître la visibilité du body horror, un genre que le festival a par la suite mis à l’honneur avec The Substance (2024) de Coralie Fargeat. Ducournau est rapidement devenue une icône féministe subversive et provocatrice grâce à Titane, qui rend hommage à des chefs-d’œuvre du genre tels que Crash (1996) ou La Mouche (1986) de David Cronenberg. Si Titane s’est ancré dans les esprits grâce à sa consécration cannoise, Grave (2016), le premier long métrage de la réalisatrice, se révèle tout aussi audacieux et fiévreux. Son film le plus récent, Alpha (2025), qui marque une transformation stylistique très saisissante dans son œuvre, mérite également d’être découvert.
Justine Triet
Après l’effet de choc provoqué par Titane, heureusement qu’il n’a pas fallu attendre vingt-huit ans de plus : Justine Triet a remporté la Palme d’or seulement deux ans plus tard. Le succès de son Anatomie d’une chute (2023) était d’autant plus surprenant que le long métrage appartient au film de procès -un genre souvent marqué par une certaine sobriété, voire une pesanteur narrative, et qui exige également une attention particulière de la part de son audience. Le cinéma de Triet s’est toujours attaché à des figures de femmes complexes, ambitieuses et ambivalentes, révélées à travers leurs défauts -on pense notamment aux personnages incarnés par Virginie Efira et Adèle Exarchopoulos dans le deuxième long métrage de la réalisatrice, Sibyl (2019). Sandra, l’héroïne d’Anatomie d’une chute, portée par la brillante performance de Sandra Hüller, ne fait certainement pas exception. Le talent de Triet ne se limite pas à la mise en scène et se manifeste également dans l’écriture du scénario, qu’elle développe aux côtés de son collaborateur et compagnon Arthur Harari -formant un véritable duo de choc, également reconnu par l’Académie des Oscars à travers la statuette du Meilleur scénario original. Les fans de son œuvre peuvent d’ailleurs se réjouir : le tournage du cinquième long métrage de la réalisatrice, un thriller psychologique avec Andrew Scott et Mia Goth en tête d’affiche, devrait commencer très bientôt.
Audrey Diwan
En comparaison avec Cannes, la Mostra de Venise s’est montrée plus précoce dans la mise en avant des réalisatrices : le premier Lion d’or attribué à une femme a été décerné à Margarethe von Trotta en 1981. Depuis cette victoire, le festival a couronné six autres femmes du même prix -un chiffre qui demeure néanmoins insuffisant. Parmi elles figure Audrey Diwan, qui a provoqué un véritable choc auprès du public de la Mostra avec L’Événement (2021), adaptation du roman éponyme d’Annie Ernaux. Bien que le récit du film se déroule dans les années 1960, le regard presque prémonitoire de la réalisatrice parvient à capter les sentiments d’oppression et de désespoir dont des milliers de femmes continuent de souffrir en raison des tabous entourant l’avortement. Caractérisé par un langage visuel à la fois très dynamique et profondément claustrophobique, le film est avant tout marqué par la performance retenue et poignante de son actrice principale, Anamaria Vartolomei. Si la réalisatrice était déjà connue dans le paysage du cinéma français grâce à ses collaborations scénaristiques avec Cédric Jimenez, c’est véritablement avec L’Événement qu’elle s’est fait connaître à l’international. Son dernier long métrage, Emmanuelle (2024), qui s’engage dans une direction très différente de celle empruntée par L’Événement, montre néanmoins qu’elle reste déterminée à défendre un regard féministe tout aussi tranchant et controversé.
Laura Poitras
L’année 2022 a marqué un moment emblématique pour la Mostra de Venise : après Chloé Zhao et Audrey Diwan, la documentariste Laura Poitras a à son tour remporté le Lion d’or, portant à trois le nombre de réalisatrices récompensées consécutivement. Le fait que Toute la beauté et le sang versé (2022) soit un documentaire était d’autant plus significatif, au regard du faible nombre de femmes documentaristes récompensées dans les grands festivals. Avant cette consécration à la Mostra, Poitras était déjà très active depuis le début des années 2000, mais elle s’est surtout fait connaître grâce à Citizenfour (2014), son enquête sur Edward Snowden, qui lui a valu l’Oscar du meilleur film documentaire. Pour Toute la beauté et le sang versé, la réalisatrice a collaboré avec une véritable icône du monde de l’art et de l’activisme : Nan Goldin. Le documentaire peut paraître assez classique dans sa forme. Pourtant, Poitras relie avec brio les expériences personnelles et intimes de la célèbre photographe aux luttes qu’elle a menées contre la compagnie pharmaceutique de la famille Sackler, tenue pour responsable de la crise des opioïdes -une crise à cause de laquelle Goldin a perdu de nombreux proches. L’articulation entre la sphère intime et la sphère collective témoigne des grandes capacités narratives et affectives de la réalisatrice. Mais son projet le plus récent, Cover-Up : Un journaliste face au pouvoir (2025), suggère que son véritable intérêt réside dans l’exploration de l’histoire récente des États-Unis et des appareils militaires et politiques qui déterminent les règles du jeu sur la scène politique.





















































































































