
L’Odyssée : faut-il vraiment voir le film de Christopher Nolan en IMAX 70 mm ?
Voir Zendaya et Tom Holland jouer ensemble deux fois dans le même mois, regarder Matt Damon se transformer en héros mythique ou découvrir Robert Pattinson dans le rôle d’un méchant de la Grèce antique : les raisons pour lesquelles L’Odyssée (2026) fait rêver les spectateurs sont nombreuses. Mais s’il y a bien une personne pour qui ce projet représente un rêve devenu réalité, c’est Christopher Nolan lui-même.
L’un des plus grands rêves du réalisateur britannique, depuis son enfance, était de tourner un film entièrement avec des caméras IMAX. Grâce à la vision innovante et ambitieuse d’un cinéaste qui n’a jamais craint de relever des défis, cet objectif est désormais atteint. Les nouvelles caméras IMAX promettent une expérience cinématographique qui repousse les limites de l’immersion.
Mais cette technologie est-elle autre chose qu’un argument marketing destiné à attirer les spectateurs vers des salles où les billets sont nettement plus onéreux ? Perd-on réellement en immersion si l’on regarde le film dans une salle Dolby plutôt qu’en IMAX ? On vous explique !

IMAX ou « Image Maximum »
On associe souvent le format IMAX au cinéma de Christopher Nolan. Pourtant, les technologies IMAX, qu'il s'agisse de la prise de vue ou de la projection, sont bien antérieures à son œuvre. La naissance de l'IMAX est liée à l'ambition d'ingénieurs et de techniciens de l'image désireux de produire des images suscitant un sentiment d'immensité et de grandeur. Si cette quête a d'abord donné lieu à diverses expérimentations reposant sur des systèmes de projection multiples, c'est en 1970 qu'un procédé véritablement convaincant voit le jour grâce à l'utilisation d'une caméra et d'un projecteur spécialement conçus pour ce format.
Abréviation de « Image Maximum », l'IMAX repose sur une pellicule 70 mm à défilement horizontal comportant quinze perforations par image, d'où l'appellation encore utilisée aujourd'hui de format 15/70. Mais il faut noter que les caméras IMAX utilisent une pellicule de 65 mm : les 5 mm supplémentaires correspondent à la piste sonore présente sur les copies 70 mm destinées à la projection.
Pendant longtemps, l'IMAX est resté un format réservé aux usages muséaux, institutionnels et scientifiques, principalement dans le cadre d'expositions et de documentaires à vocation éducative. En France, La Géode, à la Villette, et le Futuroscope, à Poitiers, ont d'ailleurs été conçus dans cette perspective. Les œuvres projetées dans ces lieux étaient, pour la plupart, des courts ou des moyens métrages.
L'industrie cinématographique ne s'est véritablement emparée du format qu'au début des années 2000, avec l'apparition du procédé DMR (Digital Media Remastering), qui permettait de remastériser des films tournés en 35 mm afin de les projeter en IMAX. À la suite du succès de cette technique de « gonflage », utilisée notamment pour Apollo 13 (1995), Star Wars, épisode II : L'Attaque des clones (2002) et Harry Potter et la Coupe de feu (2005), le nombre de salles labellisées IMAX a progressivement augmenté. L'arrivée des projecteurs numériques a ensuite constitué le véritable tournant dans la démocratisation du format.

Nolan et l’IMAX, des expérimentations depuis 20 ans
Il faut savoir que cette chronologie historique que je viens de vous expliquer portait sur la partie projection de l'IMAX. En ce qui concerne le tournage, Christopher Nolan n'a aucune raison de se montrer modeste : il est véritablement le premier cinéaste à avoir saisi le potentiel esthétique et formel de l'IMAX pour la fiction et, d'un film à l'autre, il a toujours cherché à défier ses propres limites ainsi que les contraintes techniques que présentaient les caméras IMAX.
Nolan utilise la caméra IMAX pour la première fois lors des essais de tournage du Prestige (2006). Mais c'est The Dark Knight : Le Chevalier noir (2008) qui marque la véritable innovation. Nolan tourne environ trente minutes du film en IMAX, la séquence du braquage étant la plus mémorable. Dans The Dark Knight Rises (2012), la durée des séquences tournées en IMAX dépasse une heure. En termes de durée, Interstellar (2014) se situe dans le même ordre de grandeur, mais son imagerie spatiale renforce certainement la sensation d'immersion et de grandeur à laquelle Nolan aspire.
Dans Dunkerque (2017), la durée des séquences tournées en IMAX s'élève à 100 minutes, soit 75 % du film. Au lieu d'alterner les images IMAX avec le 35 mm, Nolan utilise les caméras Panavision System 65. Après Tenet (2020), où il emploie le même principe, Nolan introduit une nouvelle innovation dans le format IMAX avec Oppenheimer (2023). En collaboration avec son directeur de la photographie, Hoyte van Hoytema, il met au point une pellicule IMAX 65 mm en noir et blanc, qui n'existait pas auparavant. Mais c'est avec L'Odyssée qu'il relève son plus grand défi.

La caméra Keighley entre en scène : une odyssée commence…
Lorsque Nolan et ses équipes entament les préparatifs de l'adaptation de l'épopée d'Homère, il avait déjà derrière lui vingt ans d'expérience et d'expérimentation avec le format. Mais malgré les avancées technologiques qu'a connues l'industrie cinématographique, l'IMAX n'était pas encore exempt de points faibles, à commencer par le bruit produit par les caméras, qui rendait impossible le tournage de scènes intimes, les acteurs ne s'entendant pas les uns les autres.
C'est à cause de ce problème que Nolan avait dû utiliser les caméras Panavision sur ses films précédents. Or, la nouvelle caméra Keighley, utilisée pour la première fois sur L'Odyssée, a considérablement facilité le tournage. Nommées en hommage au regretté David Keighley, directeur de la qualité chez IMAX ainsi que mentor de longue date de Christopher Nolan, ces nouvelles caméras sont beaucoup plus compactes que les modèles traditionnels de la marque. Le bruit étant toutefois toujours présent et c'est grâce à un boîtier de 150 kg, surnommé « blimp », qui abrite la caméra, que l'équipe est parvenue à créer des conditions de tournage optimales pour les séquences dialoguées. Mais le « blimp » était tellement volumineux qu'il empêchait les acteurs de se regarder face à face ! Un problème que les techniciens ont finalement surmonté grâce à un système de miroirs créant une illusion de face-à-face entre les comédiens.
Le seul véritable point faible -ou plutôt la seule contrainte- provient de la capacité limitée du magasin : celui-ci ne peut contenir que trois minutes de pellicule, ce qui oblige le cinéaste à effectuer de nouvelles prises à de très courts intervalles. Un aspect que Tom Holland, ignorant cette contrainte technique, a mal interprété, pensant que le réalisateur n'était pas satisfait de sa prestation !

L'Odyssée : dans quelles salles faut-il le voir ?
Avec toutes les discussions suscitées par les prouesses techniques déployées par Christopher Nolan lors du tournage, ainsi que par l’expérience immersive que le film promet à ses spectateurs, on peut légitimement se demander si découvrir L’Odyssée en IMAX 70 mm est une nécessité absolue. Ces débats se sont d’ailleurs intensifiés lorsque le site officiel du film a publié une démonstration visuelle illustrant l’apparence de l’image et du cadrage dans chacun des formats disponibles.
Répondons-y d’emblée : la salle IMAX 70 mm (ratio 1,43:1) n’est pas une nécessité absolue. En revanche, si vous tenez réellement à voir les images telles que Nolan les a conçues, alors oui : aucun des formats dits « premium » ne restitue la verticalité si spécifique à l’IMAX 70 mm. Mais, en même temps, même si vous habitez dans une grande ville européenne, ce format idéal demeure une véritable rareté. Il n’existe en effet que trois salles en Europe où il sera possible de voir L’Odyssée dans sa forme optimale : Kinepolis à Bruxelles, Cinema City Flora à Prague et, enfin, le Pathé Odysseum à Montpellier, qui ouvre ses portes au public avec la projection de cet opus très attendu du cinéaste.
La meilleure alternative à l’IMAX 70 mm reste les salles équipées de projecteurs IMAX Laser, qui proposent un ratio de 1,90:1. Les cinémas Pathé, Gaumont, Kinepolis et Megarama portant le label IMAX entrent justement dans cette catégorie. Le Dolby Cinema peut également constituer une excellente alternative, même si l’on commence déjà à perdre les effets d’expansion de l’image. Les autres formats présentent relativement peu de différences entre eux. Ainsi, si vous n’êtes pas en mesure de vous rendre dans une salle premium, mieux vaut ne pas trop vous soucier de ces considérations très techniques.
De toute manière, il est impossible de réunir des conditions absolument idéales pour voir un film -et cela vaut même pour l’IMAX 70 mm. L’essentiel est de pouvoir se laisser emporter par la magie des images qui, lorsqu’elles sont façonnées par un cinéaste de talent comme Nolan, sont capables de transporter les spectateurs, quel que soit le format de projection.














