
Le monstre de Hope expliqué : que cache la mystérieuse créature du film de Na Hong-jin ?
Absent de la scène des festivals internationaux depuis son dernier film The Strangers (2016), le cinéaste coréen Na Hong-jin a suscité de vives attentes auprès des spectateurs lorsqu'il a été annoncé que son nouveau long-métrage, Hope (2026), était sélectionné en compétition officielle à Cannes.
Déjà sorti dans plusieurs pays, y compris aux États-Unis et en Corée du Sud, il arrive enfin dans les salles françaises. S’il est encore difficile d'évaluer le succès commercial de Hope, une chose est claire : le film a réussi à exercer une véritable fascination sur le public grâce à un univers peuplé de monstres extraterrestres particulièrement originaux, qui défient les conventions du film de créatures et d’action.
Hope déconstruit les conventions du genre en gardant la menace invisible
L’intrigue de Hope se déroule à Hope Harbor, un petit village portuaire très proche de la zone démilitarisée. Les premières minutes du film annoncent d’ailleurs un récit de monstres classique. Mais contrairement aux attentes, le cinéaste ne montre véritablement la source de ces dégâts qu’au bout d’une heure -créant ainsi une sensation d’effroi et une menace plus généralisée et profonde, s'apparentant presque à une allégorie du monde contemporain.
Pour résumer très brièvement, le film nous présente d’abord Ko Bum-seok, chef de police de la ville, qui est sollicité par Ko Sung-ki pour examiner le corps violemment mutilé d’une vache. Alors que Sung-ki et les chasseurs locaux soupçonnent l’attaque d’un tigre, d’autres victimes -humaines et animales- indiquent qu’ils sont confrontés à une menace plus puissante. Lorsque Bum-seok revient à Hope, il découvre le village complètement ravagé. C’est lors de cette partie que la force inconnue acquiert une forme -une forme grotesque colossale, en l'occurrence- et une identité, lesquelles situent le film dans un univers plus large que le cinéaste promet de continuer à explorer.
De ce monstre qui insuffle au film son énergie prodigieuse et spontanée dans sa première partie, nous savions très peu de choses lors de sa première cannoise. Maintenant que le film circule en salles et que le cinéaste et la production apportent plus de détails sur la mythologie, on vous explique pourquoi ce monstre joue un rôle si crucial dans l’analyse globale du film.

Le monstre de Hope cache un univers plus complexe
C’est à travers le groupe mené par Sung-ki dans les montagnes que l’on découvre que le monstre appartient à un groupe d’extraterrestres. Plus tard, avec l’apparition du petit monstre conservé dans le congélateur, les pièces du puzzle commencent à se mettre en place. L’inspection menée par Sung-ki et son groupe dans le vaisseau spatial nous introduit l'impératrice J'aur (Alicia Vikander) et ses serviteurs Ma'veyyo (Michael Fassbender) et Ai’dovor (Taylor Russell). Il se trouve que ce petit extraterrestre que le menuisier Yang-bae a tué et mis dans le congélateur est le jeune prince que les extraterrestres sont venus sauver et ranimer.
Mais à l’intérieur du film lui-même, ni ces informations concernant les identités des extraterrestres ni les hiérarchies qui les relient les uns aux autres ne sont précisées de manière explicite. Leur point de vue ne prend de la place que vers la fin, la plus grande portion du film étant consacrée aux efforts de Bum-seok, Sung-ki et Sung-ae pour sauver leur peau et -bien que ces tentatives s’avèrent futiles- tuer les extraterrestres. À cet égard, le récit de Hope semble être construit de façon à servir de base aux suites que Na Hong-jin compte réaliser pour explorer davantage les personnages extraterrestres.
Par ailleurs, ces intentions n’enlèvent rien à l’action extrême qui bombarde tous nos sens et nous garde rivés à nos sièges tout au long du film. Sans oublier le côté comique qui relève, admettons-le, d’un humour un peu vulgaire ! Ces aspects font de Hope un film qui offre à son public une forme de divertissement complet et dynamique que les blockbusters hollywoodiens ne peuvent que rêver d’atteindre.

Le monstre de Hope n’est qu’un assistant de cuisine
Hope prouve également qu’un film peut, tout en étant divertissant, faire preuve d’un scénario savamment construit. Si l'on prend en compte le déroulement chronologique du récit, le premier « monstre » -car au début, on ignore encore qu’il s’agit d’un extraterrestre- est présenté comme la menace centrale que les héros du film doivent vaincre. Or, on découvre que cet extraterrestre, nommé Va’migere (Cameron Bitton) selon les notes de production, ne constitue que la partie émergée de l’iceberg !
Au sein de la hiérarchie des extraterrestres, il se trouve que Va’migere n’est qu’un assistant de cuisine pour la cour royale. Contrairement à ce que nos héros croyaient, il n'attaquait pas les êtres humains parce qu’ils avaient tué son enfant, mais pour aider l'impératrice à retrouver le prince. L'identité de Va’migere renverse considérablement notre perspective, car on comprend que son pouvoir, qui paraissait extraordinaire aussi bien pour les personnages que pour nous, ne l'est finalement pas par rapport aux autres extraterrestres qu’il accompagne. Cette révélation constitue un aspect majeur des différences entre la perception humaine et celle des extraterrestres, un sujet que le film aborde à plusieurs niveaux.










