
Des Toons et des hommes : les meilleurs films à voir avant Coyote vs. ACME
Après plusieurs années et pas mal de rebondissements, le projet annulé par Warner Bros. en 2023 dans le cadre d’une optimisation financière revient cette année sur le devant de la scène par la petite porte, mais sur grand écran ! Et ce n’était pas gagné !
Véritable histoire pleine d’imbroglios invraisemblables, la genèse de ce projet, qui voit le célèbre Coyote de Bip-Bip et le Coyote assigner en justice la société ACME, n’a pas fini de faire couler de l’encre. Le film, né d’une idée farfelue parue dans un article satirique de Ian Frazier pour le New Yorker en 1990, a plusieurs fois été proposé et repris, pour finir au point mort. Pendant plusieurs années, différents projets autour du personnage ont ainsi été développés avant que le film ne finisse par voir le jour. C’est donc avec un plaisir non dissimulé qu’on a découvert que les voyants étaient repassés au vert.
Le film est enfin là, et la campagne marketing s’intensifie. Cette proposition atypique, qui mélange personnages animés et prises de vues réelles, nous a donné des envies de (re)visionnages, de Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (1988) à Space Jam (1996). Une logique d’hybridation qui ne date pas d’hier d’ailleurs, puisque dès les débuts du cinéma, on retrouve des exemples de dessins animés interagissant avec le réel, notamment avec Gertie the Dinosaur (1914) ou la série Out of the Inkwell (1918-1929).
Dans les années 40, Disney explorait déjà ce mélange visuel dans Saludos Amigos ! (1942), Les Trois Caballeros (1944) ou le fameux La Mélodie du Sud (1946), qui a fort mal vieilli avec ses stéréotypes raciaux marqués et controversés. Dès l’après-guerre, dans Escale à Hollywood (1945), Gene Kelly dansait déjà avec Jerry, la petite souris de Tom & Jerry. Mais il faut attendre le milieu des années 60 pour que la magie opère vraiment. C’est supercalifragilisticexpialidocious !
« Oh, quelle jolie balade avec Mary ! Mary fait s’lever l’soleil ! » C’est sur cet air entraînant que Julie Andrews et Dick Van Dyke se sont invités dans une course hippique mémorable, entourés d’animaux de la ferme et, plus surprenants encore, de serveurs pingouins, pour une scène iconique de Mary Poppins (1964). Robert Stevenson et ses équipes y perfectionnent les techniques d’hybridation entre prises de vues réelles et animation, et la séquence, qui mélange les acteurs du film à des animaux animés, marque les esprits. Le film remportera cinq Oscars, dont celui des meilleurs effets visuels.
Le réalisateur remettra le couvert quelques années plus tard dans L’Apprentie Sorcière (1971) avec Angela Lansbury, mais le film n’acquerra jamais la même renommée. À voir aussi, Le Retour de Mary Poppins (2018) de Rob Marshall, qui rend hommage à la fameuse séquence du film original.
À peine une dizaine d’années plus tard, un film éclipsera tous les autres. Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (1988) de Robert Zemeckis, avec Bob Hoskins, Christopher Lloyd et Joanna Cassidy, repousse les limites du possible. Techniquement, c’est une prouesse d’animation qui prend en compte les perspectives, les ombres et les mouvements des prises de vues réelles, et qui sera récompensée par quatre Oscars. Et du côté marketing, c’est une alliance qui fera date, puisque les studios Disney et Warner Bros. s’associent pour l’occasion et imaginent un monde où les Toons vivraient tous dans un univers partagé, Toontown.
Le film prend la forme d’un néo-noir parodique, avec son privé déprimé et sa chanteuse de jazz sexy, sur fond de mafia des années 40. Un film dont je garde au cœur une peur maintenant digérée. Mais le Juge Demort m'a longtemps empêché de dormir. Entre la Trempette et la petite chaussure toon qui se fait désintégrer en pleurant et sa réplique : « Mais c’était peut-être moi ! » à la toute fin du film, il y avait de quoi faire des cauchemars ! À voir aussi, par curiosité : le Cool World (1992) de Ralph Bakshi, avec Kim Basinger, Gabriel Byrne et Brad Pitt, plus underground et sombre, et le Tic et Tac, les Rangers du Risque : Le Film (2022), sorti sur Disney+, qui se veut un hommage direct à Roger Rabbit et se paie le luxe de multiplier les styles d’animation pour chaque personnage invité (CGI, stop-motion, 2D…).
Chaque décennie a ses icônes. Et dans les années 90, au firmament, on avait Michael Jordan. En toute logique, le basketteur star a fait l’objet de beaucoup d’attention et de propositions cinématographiques. Parmi celles-ci, une aventure loufoque qui voit le célèbre n°23 des Chicago Bulls propulsé dans un conflit intergalactique. Pour empêcher des extraterrestres de réduire en esclavage Bugs Bunny et ses potes, il accepte de prendre part à un match de basket décisif. Ça s’appelle bien entendu Space Jam (1996) et c’est un énorme succès.
Le film pousse encore plus loin les techniques inaugurées par Roger Rabbit. Et pour cause, Ed Jones participe à la supervision des effets numériques et du compositing permettant de faire interagir Michael Jordan avec les Toons de façon crédible. Les différentes couches d’animation et de prises de vues réelles sont alors numérisées et assemblées pour créer les plans hybrides du film.
Sa suite, Space Jam : Nouvelle Ère (2021), avec LeBron James, ne parviendra pas à reproduire l’engouement du premier film, malgré des effets numériques plus modernes et un scénario à base d’IA malveillante. À voir aussi, Les Looney Tunes passent à l’action (2003) de Joe Dante, avec Brendan Fraser et un Daffy Duck revanchard qui se la joue héros d’aventure et d’espionnage, ou le plus classique mais plutôt efficace Tom et Jerry (2021) avec Chloë Grace Moretz et Michael Peña.
Plus on avance dans le temps et plus les incrustations deviennent crédibles et visuellement convaincantes. Mais on perd souvent la candeur qui faisait le sel des pionniers. Ou alors il faut faire un pas de côté. C’est le cas de Pokémon Détective Pikachu (2019) de Rob Letterman, avec Ryan Reynolds, qui prête sa voix au plus reconnaissable des Pokémon. Plutôt que d’adapter les aventures du célèbre dresseur Sacha comme dans la série animée, le film fait le pari de s’inspirer du jeu vidéo du même nom et prend tout le monde de court.
Dans ce film, un jeune homme s’associe à un Pikachu détective amnésique et doué de parole pour élucider la disparition mystérieuse de son père dans la ville de Ryme, où humains et Pokémon cohabitent. Un scénario prétexte, mais une proposition singulière plastiquement, puisque c’est le premier film en prises de vues réelles de la franchise Pokémon, et qu’il mise sur un photoréalisme total (pelage, textures, éclairages) plutôt que sur le trait 2D. Le résultat ancre les créatures dans un univers urbain crédible qui influencera par la suite bien d’autres productions, comme la saga Sonic (2020) avec James Marsden et Jim Carrey.
Mes amis, quelle traduction de titre une fois encore ! Blue & Compagnie en version originale et IF : Les Amis imaginaires (2024) en France prennent les choses différemment. John Krasinski prend le risque de ne pas convoquer dans son film de personnages préexistants et crée un film original et personnel avec Ryan Reynolds et Cailey Fleming. On y suit une jeune fille qui découvre qu’elle peut voir les amis imaginaires abandonnés de tout le monde. Elle se lance alors avec son voisin dans une mission pour les réunir avec leurs enfants.
Le film mise sur des créatures animées en images de synthèse très texturées (peluche, fourrure, matières), qui sont intégrées dans un New York filmé une fois de plus de façon réaliste. Le casting vocal est par ailleurs plutôt impressionnant, puisqu’on retrouve au micro Steve Carell, Matt Damon, Emily Blunt ou George Clooney. À voir aussi, Il était une fois (2007) de Kevin Lima, avec Amy Adams, Patrick Dempsey et James Marsden, pour sa longue introduction animée, hommage aux classiques Disney, qui bascule en prises de vues réelles par la suite. Amy Adams pousse même le vice en conservant les mêmes gestes et postures que son double dessiné.






































