Indiana Jones, Benjamin Gates, Rick O'Connell, Allan Quatermain, Nathan Drake, Dirk Pitt, Jack Colton… Si les aventuriers iconiques ne manquent pas, les exploratrices ont été plus rares à trouver leur place sur grand écran. Mais il y a tout de même un nom qui résonne comme une invitation au voyage, sur les traces de trésors et d’artefacts légendaires : Lara Croft.
Né en 1996 dans le jeu vidéo culte Tomb Raider imaginé par Core Design / Eidos, le personnage gagne immédiatement sa place comme icône pop majeure d’une culture gaming émergente. Bottes à mi-mollets, short marron, débardeur bleu, double holster (pour accueillir deux flingues massifs), cheveux noués en une longue natte : Lara Croft est immédiatement reconnaissable et son aura, comme son succès, dépassent vite l’univers vidéoludique.
Hollywood s'intéresse très vite (dès 1998) à cette héroïne devenue badass et girl power, dont les aventures exotiques et les quêtes archéologiques offrent un vaste terrain de jeu pour des adaptations sur grand ou petit écran. Alors qu’une nouvelle version est en cours de tournage chez Prime Video, JustWatch revient sur les différentes transpositions (et leurs visages) de l’univers Tomb Raider.
Lara Croft : Tomb Raider (2001)
Quand Paramount Pictures lance le projet d’adaptation du jeu vidéo à la fin des années 90, la plupart des comédiennes hollywoodiennes sont considérées ou approchées pour incarner Lara Croft. Pamela Anderson, Demi Moore, Sandra Bullock, Cameron Diaz, Catherine Zeta-Jones, Kirsten Dunst, Jennifer Love Hewitt, Milla Jovovich, Jennifer Lopez, Charlize Theron, Liv Tyler ou Denise Richards figurent sur la liste des potentielles candidates. C’est finalement Angelina Jolie -star montante depuis son Oscar pour Une vie volée (1999) et ses rôles dans Bone Collector (1999) et 60 secondes chrono (2000)-qui se voit confier la responsabilité de donner vie à l’aventurière. Le risque est alors double : décevoir les fans -Hollywood et les adaptations de jeux vidéo, c’est loin d’être « quali » à l’époque- et abîmer son image d’étoile montante.
Au-delà de la ressemblance avec son modèle de pixels (je me souviens encore du reveal de la toute première photo, qui avait convaincu tout le monde), Angelina Jolie est crédible dans le rôle et fait la plupart de ses cascades à l’écran, alors que le réalisateur Simon West (Les Ailes de l’enfer, 1997) restitue le mélange de modernité et d’exotisme du jeu, en gravitant entre le manoir Croft, le Cambodge et la Sibérie sur les traces de L’Œil-Qui-Voit-Tout et du Triangle de Lumière. Avec 115 millions de dollars de budget, Lara Croft : Tomb Raider (2001) veut se donner les moyens d’être le premier blockbuster tiré d’un jeu vidéo réussi. Et sans être un instant classic façon Les Aventuriers de l'arche perdue (1981) ou La Momie (1999), le boulot est plutôt bien fait. 25 ans après, certains effets visuels et l’approche très MTV de la musique et du montage « piquent » un peu, certes, mais c’est à l’époque un succès (275 millions de dollars au box-office mondial) qui inspirera les adaptations vidéoludiques qui suivront comme Resident Evil (2002).
Lara Croft : Tomb Raider, le berceau de la vie (2003)
Le succès du premier opus permet de lancer très rapidement une suite, dont l’action se déroule entre l’Angleterre, la Grèce, la Chine et l’Afrique, sur les traces d’un nouvel objet légendaire. S’il est plus maîtrisé, plus dépaysant et plus sexy, aussi, Lara Croft : Tomb Raider, le berceau de la vie (2003) tombe -selon moi- dans le même piège que Le Retour de la Momie (2001), qui versait dans la surenchère sans parvenir à retrouver la fraîcheur du film original (même si le majordome campé par Chris Barrie est toujours aussi sympathique). A ce titre, cette séquence surréaliste où Lara Croft donne un coup de poing dans le rostre d’un requin agressif (qui grogne sous l’impact !) avant d’être secourue par un sous-marin est l’illustration parfaite de cette approche résolument « too much ».
L’intrigue en elle-même semble aussi trop similaire à Lara Croft : Tomb Raider (2001) : un artefact (la Boîte de Pandore), des retrouvailles avec un rival / love interest (Gerard Butler succède à Daniel Craig), de riches méchants qui veulent mettre la main sur le trésor pour s’accaparer sa puissance… Rien de très nouveau, même si Angelina Jolie propose une approche mature du personnage, désormais plus froide et désabusée. Confié au réalisateur Jan de Bont (Speed, 1994), dont ce sera le tout dernier film, et au légendaire compositeur Alan Silvestri, le long métrage propose une aventure plus old school que le précédent, entre Indiana Jones et James Bond avec quelques échos de Mission: Impossible (la scène des wingsuits entre les immeubles). L’échec au box-office et le souhait d’Angelina Jolie de passer à autre chose mettront un terme à cette (courte) franchise.
Re\visioned: Tomb Raider (2007)
Alors que notre archéologue préférée prend un repos bien mérité après ses deux premières aventures cinéma, un projet animé méconnu mais intéressant voit le jour en ligne, sur la plateforme de jeux vidéo GameTap (2006-2015). Baptisée Re\visioned: Tomb Raider (2007), cette web série supervisée par Ricardo Sanchez développe dix épisodes autour de Lara Croft, sous la forme d’une anthologie dont les sept histoires et les styles graphiques sont différents. Les auteurs aux manettes (des illustrateurs, animateurs ou auteurs comme Peter Chung, David Álvarez, Brian Pulido, Cully Hamner, Warren Ellis, Ivan Reis, Gail Simone, Louie del Carmen, Michael A. Stackpole, Jim Lee ou Christos N. Gage), ont la liberté d’y livrer leur vision personnelle du personnage.
C’est ainsi que l’aventurière, doublée par Minnie Driver (Will Hunting, 1997), va être confrontée à un pharaon ressuscité et une momie aztèque, explorer une cité engloutie, se rendre en Antarctique à la recherche d’une potion de guérison, affronter des créature mi-humaines mi-animales dans un monastère… ou replonger dans son enfance, pour dévoiler comment une jeune fille de 12 ans est devenue l’aventurière que l’on connaît. Si vous avez aimé la proposition de Animatrix (2003), cette collection -qu’on peut retrouver sur Youtube en cherchant un peu- pourrait vous plaire !
Tomb Raider (2018)
Quinze ans après Lara Croft : Tomb Raider, le berceau de la vie (2003), il est temps de relancer le personnage sur grand écran. Entre-temps, le jeu vidéo s’est réinventé sous la bannière de Square Enix, avec le reboot Tomb Raider (2013) et une Lara Croft repensée comme une héroïne plus humaine et plus sombre, dont l’histoire doit primer sur le physique. On oublie ainsi les mensuration sculpturales et le mini-short de ses premières itérations pour un design bien plus réaliste, qui offre une nouvelle jeunesse à l’aventurière, portée vocalement et en performance-capture par la comédienne Camilla Luddington (bien connue des fans de Grey’s Anatomy où elle incarne le Dr. Jo Wilson depuis 2012).
Si l’on pense initialement que la comédienne britannique pourrait incarner Lara Croft sur grand écran, elle qui l’a également accompagnée dans les jeux Rise of the Tomb Raider (2015) et Shadow of the Tomb Raider (2018), c’est Alicia Vikander qui lui est préférée. Oscarisée pour Danish Girl (2015) et plébiscitée pour son rôle dans Ex Machina (2015), l’actrice suédoise se lance dans une préparation intense pour être crédible dans le treillis de l’aventurière : pendant sept mois, elle s’entraîne de manière drastique tout en suivant un régime diététique très précis à raison de cinq repas par jour (!). Résultat : 10 kilos de muscles en plus, et une silhouette digne de Lara Croft, qui reprend vie devant la caméra du spécialiste du survival Roar Uthaug (futur réalisateur de Troll / Troll 2 pour Netflix). Malheureusement, si l’ambition visuelle de Tomb Raider (2018) est notable et que la comédienne est parfaite dans le rôle, on s’ennuie ferme. Comme Uncharted (2022), peut-être que Tomb Raider se joue plus qu’il ne se regarde, finalement ?
Tomb Raider : La légende de Lara Croft (2024-2025)
Resté sans suite, Tomb Raider (2018) permet à Netflix de revisiter la franchise par le prisme d’une série d’animation. Comme elle l’a fait avec Castlevania (2017-2021), Fast & Furious : Les espions dans la course (2019-), La Colo du Crétacé (2020-), Pacific Rim : The Black (2021-), Arcane (2021-2025), Cyberpunk: Edgerunners (2022-), Skull Island (2023-) ou Terminator Zero (2024-), la plateforme de streaming aime régulièrement utiliser ce médium pour approfondir des univers « pop » portés par une solide fanbase. L’ambition de Tomb Raider : La légende de Lara Croft (2024-2025), déclinée en deux saisons de huit épisodes chacune, est de poursuivre l’histoire racontée dans la trilogie vidéoludique éditée entre 2013 et 2018 et de faire un lien avec le personnage des années 90.
Produit par Legendary Television et développé par les artistes de Powerhouse Animation Studios, Inc. (déjà à l'œuvre sur Castlevania et Skull Island), le programme cherche avant tout à creuser -enrobé dans des aventures spectaculaires et exotiques- la personnalité et la psychologie de son héroïne, marquées par la solitude et le poids de l’héritage de son père. A la fois forte et vulnérable, Lara Croft doit beaucoup à l’interprétation vocale de Hayley Atwell (Agent Carter, Mission : Impossible - Dead Reckoning) qui apporte une vraie profondeur au personnage. Le ton mature, le respect de la mythologie Tomb Raider, l’animation solide et la volonté de ne pas (plus) sexualiser Lara ont fait de la série une réussite. Et même la meilleure adaptation de l’univers pour un grand nombre d’abonné.es.
Untitled Tomb Raider Project (prochainement)
La donne pourrait toutefois changer avec le projet ambitieux porté par le concurrent Amazon Prime Video. En confiant une série en prises de vues réelles à la géniale Phoebe Waller-Bridge (créatrice des pépites Fleabag et Killing Eve, elle a donné la réplique à Indiana Jones en personne dans Le Cadran de la Destinée), la plateforme pourrait offrir à Lara Croft l’écrin live action qu’elle mérite. Avec l’ambition de créer un univers étendu cohérent et respectueux du lore Tomb Raider et embrassant la modernité qui sied au personnage.
Gardé très secret -on ignore le titre tout comme le nombre de saisons et d’épisodes-, le projet sera emmené par Sophie Turner : après avoir campé Sansa Stark dans Game of Thrones (2011-2019) et Jean Grey dans X-Men Dark Phoenix (2019), la comédienne ajoute un nouveau rôle iconique à sa filmographie, et se révèle totalement crédible en Lara Croft sur le premier cliché dévoilé par la production. Elle sera entourée, entre autres, de Sigourney Weaver et Jason Isaacs, dont la présence confirme l’envergure donnée au projet. On souhaite à Prime Video de réussir avec ce Untitled Tomb Raider Project d'une aussi belle manière que l’adaptation du jeu vidéo Fallout (2024-).



















































































































