
Les 8 séries incontournables de création originale Canal+
Leur nom figure parmi les œuvres fondatrices qui ont façonné l’identité des créations originales de Canal+. Véritable soft power, ces séries ont largement dépassé les frontières françaises et rencontré un écho international important : Engrenages (Spiral) a été diffusée et adaptée dans de nombreux pays, tandis que Les Revenants (The Returned) a rencontré un joli succès critique et public à l’international, au point de donner naissance à un remake américain et de s’imposer comme une curiosité majeure du fantastique télévisé européen.
À travers ces succès, Canal+ a construit un véritable laboratoire de la série française moderne, mêlant ambition narrative et exigence de réalisation. De la chronique judiciaire au thriller politique, du fantastique intimiste aux fresques historiques, la chaîne a imposé une signature singulière qui a redéfini les standards de la fiction télévisée hexagonale. Voici une sélection des huit séries incontournables de Canal+ !
C’est le porte-drapeau des séries françaises : Le Bureau des légendes (2015-2020) a forgé la réputation des productions estampillées Canal+, et plus largement françaises, à l’international. Sa formule repose sur une vision réaliste du fonctionnement de la DGSE, en rendant visible le quotidien d’agents clandestins opérant sous fausse identité à l’étranger, les « légendes ». Créée et showrunné par Éric Rochant et portée par Mathieu Kassovitz dans le rôle de Malotru, la série est impressionnante de réalisme, loin des clichés du genre, et menée par une écriture tendue. On y suit des infiltrations, des négociations, des interrogatoires, inspirés de témoignages d’anciens agents. Donnant à voir une vision non spectaculaire de l’espionnage, la série privilégie un rythme lent avec des personnages parfois peu charismatiques mais pour autant infiltrations, interrogatoires, réunions stratégiques sont bien présents.
Avec ses 5 saisons, la série s’est largement imposée comme une référence du thriller d’espionnage, souvent comparée aux grandes productions américaines. Son succès s’est écrit à l’international puisqu’elle a été vendue dans plus de 100 territoires, le New York Times l’a classée parmi les meilleures séries internationales et les Américains l’ont même adapté : The Agency a vu le jour en 2024, produit par Paramount+(et George Clooney !), avec Michael Fassbender dans le rôle-titre.
Ref absolue de tous les sériephiles, la pionnière Engrenages (2005-2020) a forgé la réputation des séries Canal+ et posé les bases de son ambition sérielle. Le système judiciaire français y est décortiqué : on suit policiers, juges et avocats dans des enquêtes criminelles imbriquées avec cette mécanique implacable où chacun est pris dans des compromis moraux. Côté casting, la série révèle notamment Caroline Proust dans le rôle de Laure Berthaud, capitaine de police déterminée et imparfaite. On y voit aussi Audrey Fleurot dans son premier rôle d’envergure.
La longévité de la série — huit saisons d’une égale qualité — témoigne de son impact. Brute, réaliste, parfois violente, avec une écriture complexe, Engrenages est souvent considérée comme l’une des premières séries françaises à adopter un ton aussi sombre et minimaliste. Le succès s’est conjugué à l’international puisqu’environ 70 pays l’ont diffusé, dont la BBC. C’est une des toutes premières fictions françaises modernes à séduire autant un public non francophone.
Avec Les Revenants (2012-2015), Canal+ a surpris ses abonnés en changeant totalement de registre : l’œuvre est à la frontière du fantastique et du drame intimiste. Comme son titre l’indique, la série met en scène le retour à la vie de personnes décédées, avec cette particularité qu’elles sont intactes, bien loin de l’imagerie zombiesque habituelle. L’arène est dingue : une petite ville de montagne cernée par un barrage. Et la musique (signée Mogwai) joue à plein son rôle en apportant du mystère à l’atmosphère sonore de la série. Au casting : Clotilde Hesme, Anne Consigny, Frédéric Pierrot et Céline Sallette, entre autres, forment une distribution chorale.
Si la première saison a été unanimement saluée pour son atmosphère hypnotique et son originalité (on n’est pas loin de Twin Peaks), la seconde est plus lente et divise davantage, certains spectateurs dont je fais partie regrettant l’absence de réponses claires. Ça n’a pas empêché les Américains de s’intéresser à cette production au point d’en faire un remake. Plutôt rare pour une série fantastique française.
Kad Merad à contre-emploi : rien que pour voir dans une autre énergie l’acteur jusqu’alors connu sur petit écran pour la présentation de deux saisons du Burger Quiz et sur grand écran surtout pour des comédies bon enfant (Bienvenue chez les Ch’tis en tête)... la série Baron noir (2016-) mérite qu’on s’y attarde ! La série suit l’ascension et les manœuvres politiques de Philippe Rickwaert, un député du Nord prêt à tout pour revenir au sommet après une chute brutale.
Créée par Éric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon, tous deux fins connaisseurs du milieu politique, la série se distingue par son réalisme et sa précision quasi documentaire. Rickwaert y apparaît comme un animal politique pur, qui navigue entre alliances, trahisons et calculs électoraux. Face à lui, Niels Arestrup joue le mentor ambigu et Anna Mouglalis une figure présidentielle froide et déterminée. Dès sa sortie, la série a été saluée de manière unanime, notamment la qualité de son écriture. Et le jeu de Kad Merad lui a valu une nomination aux Emmy Awards.
1899, en pleine crise politique sous la Troisième République, sur fond d’Affaire Dreyfus. La découverte d’un corps de femme dans la Seine déclenche une enquête qui va révéler un enchevêtrement de corruption policière et de luttes politiques. Dans Paris Police 1900 (2021), l’enquête dépasse le fait divers pour révéler les fractures profondes de la société française à l’époque. Créée par Fabien Nury, la série adopte une approche à la fois romanesque et très documentée, où se croisent policiers, prostituées, politiciens et figures historiques dans une fresque dense et sans concession.
Ambitieuse visuellement, et portée par une reconstitution impressionnante du Paris de la Belle Époque, la série se distingue par sa noirceur et son regard frontal sur des sujets rarement traités avec autant de dureté à la télévision française. On est à mi-chemin entre le polar et la chronique historique, et bonne nouvelle, il y a eu deux suites : Paris Police 1905 (2022), qui prolonge l’intrigue quelques années plus tard avec les mêmes personnages, cette fois plongés dans une enquête autour d’un meurtre au Bois de Boulogne, avec l’essor de la police des moeurs. La fresque se conclut aujourd’hui avec Paris Police 1910 (2026), dans laquelle une femme de la bourgeoisie se retrouve ligotée tandis que son mari et sa mère son assassinés.
Difficile de faire plus récréatif que Le Flambeau : Les Aventuriers de Chupacabra (2022). La suite de La Flamme (2020), toujours dans l’idée de caricaturer les émissions de téléréalité — ici Koh-Lanta après Bachelor — pousse encore plus loin le délire absurde et référencé. Imaginée par Jonathan Cohen, la série détourne avec jubilation les codes du jeu d’aventure : épreuves ridicules, alliances improbables, stratégies absurdes et candidats complètement à côté de la plaque.
Portée par un casting impressionnant où défilent Pierre Niney, Leïla Bekhti, Adèle Exarchopoulos, Kad Merad, Laura Felpin ou encore Géraldine Nakache, la série joue à fond la carte de l’humour méta, multipliant les ruptures de ton. Plus ambitieuse que La Flamme dans ses moyens comme dans sa mise en scène, elle assume un côté « blockbuster comique » où tout est prétexte à la parodie. Hilarant !
Autre ambiance. Avec D’argent et de sang (2023), Canal+ s’attaque à l’un des plus grands scandales financiers français des années 2010 : la fraude à la taxe carbone. Adaptée du livre-enquête de Fabrice Arfi, la série plonge dans un système tentaculaire mêlant escrocs flamboyants, traders, intermédiaires et hauts fonctionnaires dépassés par l’ampleur du phénomène. On y suit notamment l’ascension fulgurante de petits malfrats propulsés dans une mécanique de fraude internationale, face à un magistrat déterminé à démanteler ce réseau hors norme.
Portée par Ramzy Bedia, impressionnant dans un registre dramatique inattendu, ainsi que Vincent Lindon et Niels Schneider, la série a une énergie de thriller, avec une dimension documentaire tout en dressant le portrait social d’une époque marquée par la dérégulation et l’appât du gain. La griserie et la chute d’un système y sont très bien captés dans un mélange de polar dans l’univers de la finance.
Canal+ avait déjà fait une incursion dans l’univers de l’hôpital avec la très réussie H (1998-2002), portée par Jamel Debbouze, Eric Judor et Ramzy Bedia. Mais avec Hippocrate (2018-), la chaîne change de ton tout en restant dans le même univers. Créée par Thomas Lilti, lui-même ancien médecin, la série s’éloigne de la comédie pour proposer une immersion brute et réaliste dans le quotidien de l’hôpital public. On y suit des jeunes internes plongés dans un système sous tension, confrontés à la pénurie de moyens, la surcharge de travail et des décisions médicales lourdes de conséquences. Portée par Louise Bourgoin, Karim Leklou, Zacharie Chasseriaud et Alice Belaïdi, la série privilégie une approche quasi documentaire, où chaque fait et geste répond à une précision clinique.
Loin des codes spectaculaires des séries médicales américaines, Hippocrate s’attache avant tout à l’humain à travers des soignants tout autant engagés qu’épuisés. Saluée pour sa justesse et sa sobriété, la série s’est imposée comme l’une des représentations les plus crédibles du monde hospitalier à la télévision française, et résonne particulièrement avec les crises contemporaines du système de santé.





































