
Mythe ou Histoire ? La vérité derrière Robin des Bois
Peu de personnages légendaires ont autant été revisités que Robin des Bois, le héros anglais ayant trouvé refuge dans la forêt de Sherwood, et qui, avec l’aide de sa bande de joyeux compagnons, vole aux riches pour donner aux pauvres. Et avec autant d’adaptations, le public finit forcément par avoir un préféré, ou du moins un film-référence qu’il sera difficile de détrôner (coucou Kevin Costner !).
Robin du côté obscur
Dernièrement, c’est Hugh Jackman qui été choisi pour incarner le personnage dans On l’appelait Robin des Bois, une réécriture du mythe à mille lieux de ce que l’on a pu connaître auparavant. Ici, pas de Belle Marianne, de Richard Coeur de Lion ou de Sheriff de Nottingham. Pas de serpent sournois non plus, ni de refrain entêtant chanté par Robin et Petit Jean (« Oo-de-lally, Oo-de-lally, quel beau jour vraiment… »). Cette adaptation peint un portrait extrêmement brutal, sombre et sanguinaire d’un Robin qui n’en a finalement que le nom (nom qu’il n’assume d’ailleurs plus du tout, au même titre que Petit Jean qui se fait désormais appeler Edouard). Résultat : on est face à un film qui divise énormément la presse, et encore plus les spectateurs, que j’ai vu quitter la salle en grand nombre lors de ma séance !

Le nom de Robin des Bois attire toujours autant, puisqu’il est généralement synonyme de combats d'épée, de démonstrations de bravoure, de romance, et surtout d’aventures. Le Robin version Hugh Jackman est plus proche d’un Attila le Hun que du gentil renard au chapeau vert avec lequel nous avons grandi, et vient donc ajouter encore plus de doutes et de questionnements sur le mythe Robin des Bois, qui a été revu et corrigé par le cinéma depuis 1908.
Pour Justwatch, je reviens aujourd'hui sur la véritable histoire pour tenter de démêler le vrai du faux, de sa première apparition dans des récits moyenâgeux aux différentes itérations cinématographiques de sa vie et de ses combats.
Robin des Bois a-t-il existé ?
C’est la question la plus évidente. Si de nombreux historiens se sont penchés sur le sujet, la communauté s’accorde facilement sur le fait que le mythique justicier aux collants verts n'était pas une seule personne, mais plutôt un personnage composé à partir de plusieurs figures historiques mais aussi de récits, de ballades et de rumeurs qui ont toutes contribué à la création du personnage que l’on connaît aujourd’hui.
Bien sûr, de nombreuses recherches se sont penchées sur certains noms qui auraient pu correspondre à la description de Robin des Bois. Ainsi, il aurait pu être Robert de Wetherby ou encore Robert Hod, deux hors-la-loi originaires du Yorkshire et activement recherchés par la couronne, à la même époque. Robert Wetherby a été exécuté en 1225 après avoir été traqué par les hommes du Sheriff de Nottingham ; peu de temps après, la couronne aurait récupéré tout l’argent détenu par un certain Robert Hod.

Il a même été suggéré que Wetherby et Hod (qui peut aussi s'écrire Hood) étaient en réalité la même personne, puisque les deux événements ont eu lieu pratiquement au même moment. Si cette théorie s'avérait être juste, cela voudrait dire que Robin des Bois n’aurait en réalité jamais vécu pendant le règne du Prince Jean ou de Richard Coeur de Lion, deux figures emblématiques de la légende qui étaient en vie… un siècle auparavant !
Au fil des siècles, il est fait mention de plusieurs personnages du nom de Robin Hood, un patronyme qui agit presque comme un nom commun, et non plus comme un nom propre. Un Robin Hood est donc devenu un terme employé par des un hors-la-loi, et ce nom (ainsi que Robehod, Robinhood et Robbedhood) a été retrouvé à de nombreuses reprises dans des registres datant du XIIIème siècle. Quant au nom de Robin de Loxley que nous connaissons notamment grâce à l’impact qu’Hollywood a eu sur ce récit, aucune preuve de son existence n’a été retrouvée.
Robert était un nom très courant, et Loxley un petit village dans le sud du Yorkshire. La British Library détient néanmoins le Sloane Manuscript, un document attestant de la naissance de Robin des Bois dans le village de Lockersley (devenu Loxley). Cependant, cet ensemble de registres n’est qu’une énième version de la vie et des exploits d’une figure nourrie de mythes, de chansons, de pièces de théâtre,qui relève probablement de l’imagination de conteurs, poètes et écrivains ayant tous vécu à différentes époques, et apportant à chaque fois leur propre pierre à l'édifice.

D’ailleurs, la Belle Marianne ainsi que Frère Tuck n'apparaissent dans les écrits qu'à partir du XVIème et du XVIIème siècle, notamment dans des pièces de théâtre. La romance entre les deux amants a donc été rajoutée par la suite, et a contribué à faire de Robin des Bois pas seulement un personnage abstrait que l’on mentionne dans une ballade et que l’on peut modifier et réinventer à notre guise, mais un personnage à part entière, digne d’amour, de confiance et de loyauté de la part de celle qu’il aime et de ses compagnons. Jusqu'à devenir cette figure de bravoure et d'héroïsme emblématique que nous connaissons tous.
Comment est mort Robin des Bois ?
Comment mettre fin aux jours d’un homme dont on ne sait toujours pas dire s’il a réellement existé ou non ? Et si Robin des Bois n’ est réellement qu’une légende, pourquoi le récit de sa mort n'a-t-il pratiquement jamais changé, alors que sa vie n'est qu'un ensemble de récits proposant différents points de vue ?
La mort de Robin des Bois faite suite à une traîtrise de la part de sa tante, la prieure de l’abbaye de Kirklees : Robin est vieux et malade, et demande donc à la prieure de le saigner afin de la guérir. Mais l’amant de cette dernière, un certain Sir Roger de Doncaster, aurait persuadé la femme de le saigner à mort. Dans une autre version du récit, Doncaster aurait également poignardé Robin alors qu’il se vidait de son sang.

Robin, se voyant affaibli, souffle une dernière fois dans sa corne afin d’avertir Petit Jean qui, alors qu’il était assis sous un arbre, entend le faible souffle de son ami et accourt pour lui venir en aide. Mais il est déjà trop tard, et Robin, avec l’aide de son fidèle compagnon, tire une dernière flèche à travers la fenêtre, l’impact désignant l’endroit où il souhaite être enterré. Une tombe ainsi qu’une plaque au nom de Robin des Bois sont encore visibles à Kirklees Hall.
Cette fin dramatique et relativement inexplicable n’a que très peu été abordée par Hollywood. Jusqu'à On l’appelait Robin des Bois, la version cinématographique la plus notable de cet événement pouvait être vue dans La Rose et la Flèche (1976), dans lequel Sean Connery incarne un Robin des Bois ne se voyant pas vieillir, et une Audrey Hepburn saisissante en Lady Marianne. C’est d’ailleurs cette dernière quimettra fin à ses jours et à ceux de Robin, en l'empoisonnant après qu’il ait été blessé sur le champ de bataille.
Une légende ancrée dans le monde réel
Robin des Bois, comme beaucoup de héros mythiques, -au même titre que nos super-héros de comic book préférés- semble être un personnage ancré dans le monde réel, évoluant et répondant aux épreuves des différentes époques qui tentent de le maintenir en vie.
Si On l'appelait Robin des Bois dépeint un anti-héros violent et cruel, cela ne tient pas seulement de l'imagination de son réalisateur, Michael Sarnoski, puisque des ballades attestant de la violence extrême du personnage existent réellement. Mais des balades faisant le récit d’un homme bon, volant aux riches pour donner aux pauvres, ou d’un homme capable de tuer et de se défendre si nécessaire, sont tout aussi réelles.
Kevin Costner a donné vie à un homme aussi vaillant et romantique que le Renard des studios Disney dans Robin des Bois, Prince des Voleurs (1991). Taron Egerton a trouvé, sa place dans un film mettant en lumière le soulèvement d’un peuple contre un régime autoritaire. Russell Crowe incarne un archer combattant les Français lors d’une crise politique majeure, qui résonne avec notre époque. Et Hugh Jackman s’inscrit dans un film dont l'excès et le déchaînement de barbarie réécrivent et réinventent une histoire que l’on pensait acquise, deux maux qui semblent également définir notre temps.
C’est aussi une vision réaliste et désenchantée du Moyen-Âge, qui n’est ici pas aussi édulcorée et fantasmée que ce à quoi Hollywood nous avait habitués. Dès lors, voir tomber un personnage aussi emblématique d’un si haut piédestal n’a rien de facile pour un public qui a grandi avec un personnage qui, jusque-là, semblait définir l'héroïsme, l'espoir et l’altruisme.















































