
Projet Dernière Chance et 5 films pour sauver le monde
« Il n’y a pas de plan B », martèlent régulièrement les scientifiques, rappelant à une Humanité incontrôlable que rien ne nous sauvera à part notre propre capacité à (re)devenir raisonnables. De son côté, le cinéma entretient l’espoir que nous pourrons -peut-être- un jour être sauvés de nous-mêmes ou de catastrophes planétaires, via des super-héros mais aussi des missions de science-fiction aussi spectaculaires qu’improbables. La preuve par six.
C’est LE succès-surprise de ce début d’année. Adapté du roman de Andy Weir (Seul sur Mars), Projet Dernière Chance (2026) est passé en quelques semaines du statut de film passé sous les radars à celui de champion du box-office -et potentiel outsider aux Oscars 2027. Ce petit miracle, on le doit au tandem Phil Lord / Chris Miller qui nous offrent un vrai bijou, à la fois épique et intimiste, qui évoque les plus belles heures de la SF des années 80. On y suit la mission menée par un scientifique (Ryan Gosling) pour étudier un organisme dévoreur d’étoiles, qui menace notre Soleil. Dans cette aventure, il va croiser une créature rocailleuse, qu’il baptiste Rocky, elle aussi en mission. Les deux êtres vont alors faire équipe pour sauver leurs univers respectifs… Au-delà de la mission, le film est une ode à l'amitié, même improbable, qui convoque tendresse et émerveillement. C’est peut-être de ça dont l’Humanité a le plus besoin en ce moment ?
Considéré comme le film de science-fiction le moins crédible par la NASA (et en même temps, peu importe !), Armageddon (1998) fait partie de ces plaisirs coupables qui fonctionnent tout le temps. Sur moi en tout cas. Si le film de Michael Bay repose sur un postulat aussi énorme que l’astéroïde qui menace la Terre (une équipe de spécialistes en forage est envoyée sur le rocher pour y placer une charge nucléaire), il enfile tellement de poncifs qu’il en devient réjouissant. L’arrivée au ralenti sur le tarmac, les fusées baptisées Liberté et Indépendance, le cabotinage de Bruce Willis, l’amourette entre Ben Affleck et Liv Tyler, les seconds rôles tous plus caricaturaux les uns que les autres, les plans de différents pays du monde débordant de clichés (2CV et bérets de mise pour la France !)… Tout est risible et donc parfait dans ce blockbuster qui m’arrache des larmes stupides sur les moments de sacrifice ou les répliques cheesy (« Je voulais saluer la fille de l’homme le plus courageux que j’ai jamais rencontré » ou « Tu vois ce monsieur à la télé ? C’est ton père. » ). Chaque fois que je tombe sur le film, je reste devant. C’est la preuve qu’il a réussi quelque chose dans sa démesure. Quant aux scènes de destruction, elles sont impressionnantes et rappellent que nous sommes bien peu de chose… Même Notre-Dame de Paris !
La même année, Hollywood propose un projet-concurrent dans un affrontement commercial et narratif comme le cinéma aime parfois en imaginer. Deep Impact (1998), c’est un peu l’anti-Armageddon. La menace est la même -un astéroïde se dirigeant droit sur notre planète bleue- mais le traitement, choral et surtout humain, suit le parcours de plusieurs protagonistes à mesure que la catastrophe se rapproche : un jeune homme qui a découvert la menace (Elijah Wood), une journaliste (Tea Leoni), le Président des Etats-Unis (Morgan Freeman), l’équipage d’une mission visant à essayer d’arrêter le monstre rocailleux (emmené par le toujours parfait Robert Duvall)… Le film de Mimi Leder (Urgences, The Morning Show) est resté dans l’ombre du tandem Michael Bay / Bruce Willis, et c’est bien dommage car le traitement est touchant mais également spectaculaire, avec un impact d’astéroïde qui m’a profondément marqué (un tsunami de plusieurs centaines de kilomètres de haut, c’est quelque chose !). Bref, entre deux visionnages d’Armageddon, donnez-lui sa chance !
Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi, mais j’aime beaucoup ce film. Fusion - The Core (2003) prend le contrepied de la menace intersidérale en plaçant la catastrophe au coeur du noyau terrestre : la Terre s’est « arrêtée », provoquant des catastrophes électromagnétiques à la surface et menaçant l’Humanité d’un retour à l’âge de pierre avant que la couche d’ozone ne se désagrège. Bref, une vraie fin du monde dont les prémisses sont plutôt impressionnantes à l’écran malgré un budget loin des blockbusters du genre. Comment relancer le noyau ? En pilotant un sous-marin (ou plutôt un sous-terrien) indestructible à travers les couches terrestres jusqu'au centre de la Terre où seront placées des charges nucléaires ! Improbable, certes, mais une fois la suspension d’incrédulité installée, on vibre pour cet équipage composé -excusez du peu- de Aaron Eckhart, Hilary Swank, Tchéky Karyo, Delroy Lindo, Stanley Tucci et Bruce Greenwood, épaulés en surface par Alfre Woodard et Richard Jenkins. On a connu moins talentueux pour sauver le monde !
Voilà un film catastrophe qui vous hante. Par sa musique, son ambiance et la manière dont Danny Boyle et son fidèle scénariste Alex Garland retranscrivent la fascination que l’on peut avoir pour le Soleil. Dans le vaisseau Icarus II, un équipage (Cillian Murphy, Chris Evans, Rose Byrne Michelle Yeoh, Cliff Curtis, Hiroyuki Sanada, Benedict Wong…) est chargé de rejoindre l’astre pour tenter de le rallumer, alors que ses rayons faiblissent : en chemin, ils captent le signal de la mission Icarus I, disparue sept ans plus tôt. Oscillant entre science-fiction, mystique et visions horrifiques, Sunshine (2007) est un spectacle aussi unique que ses plans sur les flammes solaires, quelque part entre Interstellar, Solaris, Ad Astra et Event Horizon. Sept ans avant Christopher Nolan, Danny Boyle nous a livré une vision unique de l’espace, faite de lumière et de surbrillance, parfois aveuglante. La séquence où l’un des protagonistes se lance dans une course contre la montre pour rejoindre une partie de l’habitacle, uniquement portée par sa respiration haletante et l’Adagio en D Mineur de John Murphy reste pour moi un monument de la SF. Et je pèse mes mots !
Que puis-je dire sur Interstellar (2014), dont l’impact sur le public depuis sa sortie est à rapprocher de l’aura qu’un 2001, l’odyssée de l’espace (1968) a pu avoir sur tous les cinéphiles, notamment Christopher Nolan ? Sur une Terre à l’agonie, qui rend ses dernières récoltes, un ancien astronaute devenu fermier assiste à des phénomènes étranges liés à la gravité, qui le conduisent dans une base secrète. C’est là que se prépare la dernière chance de l’Humanité, une mission pour rejoindre un trou de ver et tenter de trouver une nouvelle planète habitable aux confins de l’espace. Au-delà de ses séquences ahurissantes (les vagues géantes de la planète Miller, les étendues glacées de la planète Mann, la rotation incontrôlée du vaisseau…), le film interroge le temps, l’amour (la relation à travers l’espace-temps entre Matthew McConaughey et ses enfants est déchirante), notre dualité entre espèce et individu… C’est une œuvre profondément humaine -la plus humaine de son réalisateur- qui me bouleverse à chaque visionnage.













































