
Vous avez aimé Obsession ? Il faut absolument regarder cet épisode de Supernatural !
Il y a presque une vingtaine d'années, la série fantastique Supernatural (2005-2019) était à son apogée et proche de la conclusion de son arc majeur. Sorte de méta-agrégateur de légendes urbaines et croyances ésotériques réunies en un légendaire inspiré qui lui est propre, la série d’Eric Kripke, futur papa de The Boys (2019-2026), lorgnait déjà sur les démons intérieurs de son créateur : la critique sociale sur et le goût pour la parodie empreinte d’un certain cynisme. Au fil des saisons, la quête des deux frères Sam et Dean Winchester s’est parfois muée en discours acerbe sur la société américaine et ses errements, ou en une critique au vitriol de l’industrie du spectacle.
En saison 4, un épisode s’est même aventuré sur le trope classique de l’arroseur arrosé dans une farce caustique qui mêle discours de raison et grosses blagues potaches, comme la série aime le faire. Un certain épisode où un puits à souhait exauce réellement les vœux prononcés, et explore les conséquences de ces vœux, du plus drolatique au plus terrible. Un scénario au final très proche du synopsis de Obsession (2026), le phénomène horrifique de l’année, puisqu’on y voit un homme amoureux d'une femme qui ne l’aime pas utilisant un objet magique pour obtenir les faveurs de cette dernière et entrer dans une relation qui devient excessive et dangereuse.

Mourir à petits voeux
Dans Obsession (2026), le personnage de Bear, amoureux transi de la jeune Nikki, voit malencontreusement le vœu qu’il formule en utilisant un gadget occulte acheté dans une boutique se réaliser. Ce qu’il pensait être un attrape-touriste fonctionne et le petit groupe d’amis va voir sa vie entièrement chamboulée, puisque Bear souhaite que son amie Nikki l’aime « plus que n’importe qui au monde ». L’idylle naissante se transforme rapidement en cauchemar, puisque Nikki devient totalement obnubilée malgré elle par le jeune homme, au détriment de son bien-être et de son intégrité personnelle.
Dans Supernatural, en 2008, les scénaristes Ben Edlund et Lou Bollo imaginaient déjà ce scénario. Wesley Mondale (incarné par Ted Raimi, frère du réalisateur Sam Raimi) jette une pièce à l’effigie d’une divinité primordiale païenne dans une fontaine, faisant le souhait que son amour pour Hope Lynn Casey soit partagé, et qu’elle l’aime « plus que tout ». Comme Bear, le vœu est exaucé, mais il déchante rapidement, tant celui-ci se retourne contre lui. Hope devient possessive, violente, envahissante, et vampirise totalement la vie rêvée de Wesley.

Deux salles, deux ambiances
Par la suite, les scénarios et le ton général des deux œuvres s’éloignent. Obsession fait le choix de l’horreur à l’état brut et fait plonger ses personnages dans une fatalité absolue, là où Supernatural, qui aborde des thèmes forts mais sous un ton plus fantastique et léger, opte pour une sortie plus douce-amère. Grâce aux frères WInchester, spécialistes en occulte et en exorcismes, Wesley renonce à son vœu et tous les souhaits des habitants de la petite bourgade qui avaient été exaucés aussi sont tout simplement annulés. L’état général du monde revient tel qu’il était avant le vœu original de Wesley. Hope n’a plus aucun souvenir de ce qu’il s’est passé.
Une « happy end » bien différente de la fin sans concession de Obsession qui pousse bien plus loin la question des conséquences dans un dernier tiers encore plus pervers de renversements successifs et toujours plus sordides. Néanmoins, malgré une finalité diamétralement opposée et une portée bien différente, les deux œuvres se rejoignent sur la critique qu’elles portent sur leur personnage principal et le vœu initial formulé, soulignant toutes deux l’aspect immoral de la démarche. Les deux productions mettent en avant une déviance masculine et une victime féminine. Et si Obsession va plus loin dans ce qu’il montre, ne s’adressant pas au même public à la même époque, le hors champ de Supernatural induisait déjà les mêmes comportements toxiques instigateurs du drame et l’horreur de retirer le libre-arbitre des victimes.

Jean Genie
Mais peut-on vraiment conclure qu’Obsession est un plagiat de Supernatural ? Non. Le mythe du vœu déviant qui se retourne contre celui ou celle qui le fait est vieux comme le monde et le cinéma a maintes fois abordé le sujet. On se souvient notamment des films du Leprechaun (1993) ou des Wishmaster (1997) qui jouaient déjà sur la déformation des souhaits. Curry Barker, réalisateur de Obsession, a aussi cité le livre La Patte de Singe de 1902 de W.W. Jacobs ou un épisode des Simpsons (1989-2026) comme source d'inspiration.
De plus, l’épisode de Supernatural propose, pour ponctuer le fil rouge autour de Wesley et Hope, toute une kyrielle de vœux incongrus, pour autant de situations humoristiques qui racontent toutes quelque chose des déviances humaines. On se souvient notamment de ce jeune garçon qui se faisait battre par des camarades de classe et qui se retrouve à les persécuter lorsqu’il acquiert une force surhumaine, ou de cet ado devenu invisible pour espionner les vestiaires féminins et dont le cas est présenté comme une énième enquête de fantôme. L’épisode est truffé de situations incongrues, mais la palme du plus grand n’importe quoi revient sans conteste à cette petite fille qui fait le souhait que son ours en peluche prenne vie, mais qui ne se doute pas de la dépression existentialiste de ce dernier, celui-ci sombrant dans l’alcoolisme et tentant de se suicider au regard de sa condition… Un décalage et une justesse de ton qui fait toujours mouche, comme souvent la série en avait le secret.

































