
Lizzie Borden, coupable ou innocente ? L’histoire vraie derrière Monstre saison 4 sur Netflix
Après Jeffrey Dahmer, les frères Menendez et Ed Gein, Ryan Murphy féminise sa série d’anthologie en s’intéressant à une autre grande figure du true crime américain : Lizzie Borden. Une quatrième saison pour l’anthologie Monstre qui met cette fois en avant l’affaire - très connue outre-Atlantique - de cette jeune femme accusée d’avoir tué son père et sa belle-mère à coups de hache, en 1892.
Monstre : L'histoire de Lizzie Borden (2026) met en scène Ella Beatty dans le rôle-titre, aux côtés de Charlie Hunnam (le père), Rebecca Hall (la belle-mère), Vicky Krieps (la domestique) et Sarah Paulson dans un petit rôle. Billie Lourd (Emma, la sœur) et Jessica Barden (Nance O'Neil) complètent la distribution. Les huit épisodes sont disponibles sur Netflix depuis le 17 septembre 2026.
Derrière la fiction se cache une affaire criminelle qui continue de fasciner plus de 130 ans après les faits. Lizzie Borden a-t-elle réellement tué ses parents ? Pourquoi a-t-elle été acquittée ? Et quelle est la part de vérité dans la version proposée par Monstre ?
Lizzie Borden a-t-elle vraiment tué son père et sa belle-mère ?
Petit rappel des faits. Le 4 août 1892, à Fall River, dans le Massachusetts, Andrew Borden, notable local aussi riche que réputé pingre, est retrouvé mort sur le canapé de son salon. Sa seconde épouse, Abby, gît à l'étage, dans la chambre d'amis. Les deux victimes ont été frappées à coups de hache : une vingtaine de coups pour Abby, une dizaine pour Andrew. Lizzie, 32 ans, donne l'alerte. Sa sœur Emma est absente, et seule la domestique, Bridget, se trouve dans la maison avec elle. Lizzie affirme avoir passé un moment dans la grange au moment des faits, ce que personne n'a pu confirmer. Sur le plan judiciaire, la réponse est claire : non coupable. Lizzie Borden est jugée en juin 1893 à New Bedford et acquittée, après un procès qui a passionné l'opinion américaine. Elle était pourtant devenue la principale suspecte dès les premiers jours de l'enquête, en raison de circonstances troublantes. Elle se trouvait dans la maison au moment des meurtres, et ses déclarations sur ses déplacements de la matinée ont suscité des interrogations. Les enquêteurs ont aussi découvert dans la cave une hache dont le manche était cassé, et plusieurs témoignages ont alimenté les soupçons sur ses vêtements et son comportement après les crimes.
L'accusation ne disposait toutefois d'aucune preuve directe. Personne n'a vu Lizzie commettre les meurtres, et les analyses des différentes haches saisies n'ont pas permis d'établir qu'une d'elles était l'arme du crime. Ses vêtements ne portaient pas non plus de traces de sang permettant de l'identifier comme meurtrière. Une partie de ses déclarations les plus compromettantes, recueillies lors de l'enquête préliminaire, où elle s'était contredite à plusieurs reprises, n'a en outre pas été admise comme preuve. Elle était déjà suspecte et n'avait pas d'avocat à ce moment-là. La défense a ainsi pu s'appuyer sur les failles de l'enquête et sur l'absence de preuve matérielle.

Pourquoi Lizzie Borden a-t-elle malgré tout été soupçonnée ?
Le mobile supposé a nourri les soupçons. Les relations entre Lizzie et sa belle-mère étaient décrites comme difficiles, et la famille connaissait des tensions liées à l'argent et aux biens immobiliers. Deux épisodes ont particulièrement pesé. L’acide prussique d’abord : selon un pharmacien, Lizzie aurait tenté d'acheter ce poison très dangereux la veille des meurtres. Ce témoignage a été jugé irrecevable au procès, faute de lien établi avec les crimes. Autre épisode : la robe brûlée. Trois jours après les meurtres, alors que la police fouillait la maison, Lizzie a été vue en train de brûler une robe, qu'elle disait tachée de peinture. Un geste suspect pour une partie de l’opinion publique.
Pour autant, aucune de ces circonstances n'a suffi à établir sa culpabilité. Le procès reposait essentiellement sur un faisceau d'indices, et le jury a estimé qu'ils ne permettaient pas de la condamner. Le 20 juin 1893, après une délibération d'environ 1h30, Lizzie Borden est déclarée non coupable. Au-delà des preuves, le contexte a pesé. Lizzie était une femme de bonne famille, active dans sa paroisse, et l'idée qu'elle ait pu commettre un tel massacre paraissait impensable à beaucoup, y compris dans un jury composé uniquement d'hommes. La défense a largement joué sur cette image. D'autres pistes ont été évoquées : la domestique Bridget, un oncle de passage, un rôdeur inconnu. Aucune n'a jamais été étayée, et aucun autre responsable n'a été condamné. L'affaire reste officiellement non résolue.

Que raconte vraiment Monstre sur Lizzie Borden ?
C'est précisément cette zone d'ombre qui intéresse Ryan Murphy et Ian Brennan. Dans Monstre : L'histoire de Lizzie Borden, Ella Beatty incarne Lizzie, tandis que Vicky Krieps joue Bridget « Maggie » Sullivan, Charlie Hunnam interprète Andrew Borden (le père) et Rebecca Hall sa femme Abby. Sarah Paulson apparaît aussi dans la série sous les traits de la tueuse en série Aileen Wuornos. Pour fabriquer les huit épisodes, la série a dû prendre de nombreuses libertés avec les faits historiques. Elle imagine notamment une relation amoureuse et criminelle entre Lizzie et Bridget Sullivan. Or, aucune preuve historique ne permet d'établir une relation sentimentale entre les deux femmes, ni la participation de Bridget aux meurtres. La domestique était bien présente dans la maison le matin du 4 août 1892, mais son implication dans les assassinats relève de la fiction de la série.
Monstre ajoute également d'autres éléments qui ne figurent pas dans le dossier historique, notamment le meurtre d'une voisine présenté comme une sorte de « répétition » avant les crimes des Borden. Cette affaire a bien existé, mais elle n'a pas été commise par Lizzie et Bridget. La série établit aussi un lien avec la tueuse en série Aileen Wuornos qui n'a évidemment jamais rencontré Lizzie Borden : il s'agit d'un choix narratif permettant à la fiction de relier deux figures féminines devenues célèbres dans l'histoire criminelle américaine. Ainsi, si Monster reprend les grandes lignes de l'affaire (les deux meurtres, l'enquête, le procès et l'acquittement) elle propose avant tout une interprétation dramatique de ce qui aurait pu se passer derrière les portes de la maison Borden.
Une chose, en revanche, demeure incontestable : Lizzie Borden a été acquittée en 1893, et personne n'a jamais été condamné pour les meurtres de son père et de sa belle-mère. C'est précisément cette absence de réponse définitive qui a permis à l'affaire de devenir l'un des grands mystères du true crime américain.













